Sauvage
Divagations |
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http://pages.infinit.net/sauvage/1c.htm
par Tory | le 2008-06-29 02:59:22 | PERMALIEN
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La route de la servitude
Cet ouvrage de Friedrich Hayek, avec son titre racoleur, est assez décevant. Mais c’est quand même une œuvre importante de par son nombre de rééditions et de traductions. En fait, elle compte beaucoup dans la seconde moitié du vingtième siècle parce qu’elle a énormément influencé des décideurs, des gouvernements et, bien entendu, les économistes néo-libéraux et leurs acolytes sociaux politiques, les néo-conservateurs. Prix Nobel de sciences économiques en 1974, "ultra-libéral, Hayek montre que seul le marché peut réguler l'économie et justifie ses idées sur la liberté individuelle par la croyance en l'existence d'un ordre spontané ". "En avril 1947, il cofonde la Société du Mont Pèlerin, association internationale d'intellectuels désireux de promouvoir le libéralisme. Il en est président de 1947 à 1961 et y reste très influent jusqu'à sa mort." Il est aussi l’auteur de la Constition de la liberté (1960).
On retrouve dans La route de la servitude quelques idées intéressantes. La première, en ordre d’importance est que "l’individualisme est une attitude d’humilité à l’égard du processus social…" Autrement dit, il faut savoir se modérer lorsque vient le temps d’adopter des mesures qui visent à transformer ou modifier la société, car les structures sociales sont complexes et lourdes, et elles peuvent bouleverser bien des aspects de la constitution sociale. La deuxième est que toute la tradition philosophique, à partir de l’Antiquité latine, nous a laissé comme principe de la liberté, l’individualisme, et que celui-ci n’est pas nécessairement égoïste. La troisième est que "l’indépendance, la confiance en soi, le goût du risque, l’aptitude à défendre ses opinions contre la majorité, la disposition à aider son prochain (assez critiquable) –sont celles sur lesquelles repose essentiellement la société individualiste." La quatrième et dernière est que l’argent est la plus grande invention qui permet à l’homme, sorti des anciennes sociétés traditionnelles, de s’émanciper et de se libérer du joug et des contraintes que lui imposaient les anciennes formes d’organisation. Il faut dire, avec les derniers événements et les ratés du système financier, que l’argent virtuel se retourne contre la société, en générale. Même si pour d’auncuns c’est une opportunité de s’enrichir au dépend des travailleurs. À la rigueur l’on pourrait lui allouer cette dernière proposition, un peu exagérée : "le pouvoir coercitif de l'État transforme toute question économique ou sociale en question politique".
Paranoïa
Une secte, les libertariens se réclament de ce type d’ouvrage paranoïde. Pour eux, l’État détruit peu à peu les libertés sacrées, en entrant sur le marché et en modifiant les irritants du libéralisme. Laissons ce genre de délire de côté et revenons au livre en question. Premièrement, il semblerait que Hayek est vécu un véritable traumatisme le jour ou le national-socialisme a pris le pouvoir en Allemagne. Il prétend que le socialisme était déjà pratiqué avant 1933. Que les sociaux démocrates s’étaient introduits partout dans toutes les officines. Il serait plus juste de dire que c’est avec Bismarck que la société allemande a connu ce que dénonce Hayek, le planisme ou la planification, pour employer un autre terme. La bureaucratisation et les mesures sociales sont plutôt le fait du gouvernement prussien. Il suffit de lire Kafka pour avoir une idée de ce qui en résultait. Deuxièmement, l’auteur pratique des amalgames douteux. Comme celui-ci : "il considère qu'il n'existe pas de différence de nature, mais seulement de degré entre le communisme et son imitateur le nazisme". Comme si l’hitlerianisme était une forme de socialisme. C’est davantage d’un capitalisme d’État qu’il s’agit. Mais laissons-lui quand même l’idée que cela était une forme de société hautement planifiée .
Erreurs d’interprétation
Les courants politiques et économiques qui se réclament de Hayek se trompent énormément sur certaines idées de l’auteur. Ou bien, c’est de la mauvaise foi, car ils ne veulent pas parler des mesures sociales qui sont proposées dans La route de la servitude. En voici quelques-unes : "il n’y a, en effet, aucune raison pour qu’une société ayant atteint un niveau de prospérité comme celui de la nôtre, ne puisse garantir à tous le premier degré de sécurité, sans mettre par cela notre liberté en danger". (Ailleurs il parlera, au contraire d’une forme de besoin de sécurité qui mine la liberté. Il n’apparaît pas toujours clair dans ses démonstrations ou, plutôt, il semble se contredire.) Il poursuit : "il n’y a pas de raisons non plus pour que l’État ne protège les individus contre les hasards courant de la vie, contre lesquels peu de gens peuvent se garantir eux-mêmes. En organisant un système complet d’assurance sociale, l’État a une excellente occasion d’intervenir, quand il s’agit vraiment de risques susceptibles d’être couverts par l’assurance". (Nous l’avons dit précédemment, c’était une mesure adoptée par Bismarck pour faire échec aux socio-démocrates.) "Dans les cas de catastrophes naturelles, l’État peut également apporter son aide, sans aucun inconvénient. Chaque fois que la communauté peut agir pour atténuer les conséquences des catastrophes contre lesquelles l’individu est impuissant, elle doit le faire." "Il y a enfin un problème de la plus haute importance, celui de la lutte contre les fluctifications de l’activité économique et les vagues périodiques de chômage massif qui les accompagnent. C’est bien là un des plus graves et plus délicats problèmes de notre temps. Sa solution exigerait un effort de planisme, pris au sens positif, mais elle n’implique pas, ne devrait pas impliquer, le genre de planisme qui supprimerait le marché." (Il aurait peut-être été en faveur d’une allocation de citoyenneté universelle, un minimum garanti qui proviendrait des impôts et des taxes. Mais on se doute qu’il refuserait l’idée d’un salaire minimum, car cela fausserait les lois de l’offre et de la demande.) Et finalement, "la protection nécessaire contre les fluctuations économiques ne mène pas au genre de planisme qui constitue une menace pour notre liberté".
On voit bien toute l’obsession de l’auteur envers la planification qui viendrait interférer avec le marché qui est pour lui une "croyance en l'existence d'un ordre spontané"… On constate avec ses exemples que les thuriféraires du libéralisme ont bien mal lu Hayek.
Pour ne pas être trop partial dans notre lecture mentionnons les propositions de l’auteur qui semble être des critiques assez justifiées. Il y a le fait que des monopoles, comme nous le disions dans un précédent texte, qui se sont constitués au début du vingtième siècle. "La croissance des cartels et des syndicats a depuis été encouragée par une politique systématique." Et une des raisons qui explique cette formation de monopole est évidemment aux yeux de notre auteur la tendance des États à intervenir dans la vie économique. "Ce fut en Allemagne qu’avec l’aide de l’État la première grande expérience de planismescientifique et d’organisation consciente de l’industrie mena à la création de monopoles géants, qu’on fit passer pour des résultats d’une croissance organique inévitable(…)." Encore qu’ici Hayek ne semble pas admettre qu’il est dans la nature des choses économiques que divers secteurs qui demande des investissements importants soient poussés à vouloir protéger leurs marchés en contrôlant les prix afin que leurs opérations soient rentables. Un peu plus loin ilévoque ce que Garlbraith nomma la technostructure. "Et l’on se convainc de plus en plus que pour faire un planisme efficace, il faut en retirer la direction aux politiciens, et la confier à des experts, à des fonctionnaires permanents, ou à des organismes autonomes." Ici Hayek anticipa sur la mise au point du New Deal aux Etats-Unis. Rappelons qu’un bureau de planification, avec plus d’un millier de spécialistes se constitua pour mettre au point les différentes politiques d’interventions économiques de l’État américain. Ce que l’auteur ne pouvait savoir c’est que cela fut une grande réussite même s’il y eut quelques erreurs qui furent commises. Mais dans l’ensemble l’interventionnisme eut des résultats grandement satisfaisants.
Passons au besoin de sécurité qui pousse une multitude de gens à préférer un emploi fixe à l’aventure de l’investissement et de la création d’entreprises. "Désormais, ce n’est plus l’indépendance qui situe un homme, mais la sécurité. (…) ce processus a été hâté par un autre effet de l’enseignement socialiste, à savoir par le dénigrement systématique de toute activité économique comportant des risques, par l’opprobre moral jeté sur le bénéfice qui paye le risque (de choisir de faire des affaires) (…). L’école et la presse ont inculqué à notre jeune génération l’habitude de considérer toute entreprise commerciale comme suspecte, tout profit comme immoral." Ici on ne peut que lui donner raison. Mais c’est quand même une chance que seulement une minorité choisit l’entreprenariat, car sinon il y aurait saturation de vendeur qui ferait faillite. D’autant plus que pour une bonne quantité de personnes se vouer à l’activité économique prend trop d’énergie et que la vie ce n’est pas uniquement avoir des employés et faire des profits.
Ailleurs il saisit bien la nature et les objectifs du socialisme. "Le socialisme, dans l’acception courante du terme, promet non pas une répartition absolument égalitaire, mais une répartition plus juste et plus équitable que la répartition actuelle. Le but est donc non pas l’égalité dans le sens absolu, mais une plus grande équité." À partir de là tout semble devenir confus. Hayek est pour une meilleure répartition de la richesse, mais pas de la manière communiste qui engendre une forme de totalitarisme. Mais de quelle façon alors ? C’est un mystère puisqu’il préfère que l’État ne prenne pas une grandeur démesurée.
Que les salaires soient déterminés par l’offre de travail et sa demande, sous forme d’équilibre. On se doute que pour lui l’État ne doit pas faire du business. C’est bien ici que nos positions s’opposent puisque c’est la meilleure manière de fournir aux gouvernements des subsides qui permettront d’offrir des services gratuitement aux citoyens. Chose que l’entreprise privée ne peut pas faire. À notre sens, lorsque cela est possible, il est avantageux que ce soit l’État qui exploite des secteurs rentables par l’effet de monopole public plutôt que se soit le fait d’entrepreneurs et d’actionnaires qui formeront eux aussi des oligopoles avec clientèles captives.
Parmi les bienfaits du commerce notons celui-ci : "La transformation progressive d’un système rigidement hiérarchique en un régime où l’homme peut au moins essayer de modeler son destin, où il a l’occasion de connaître plusieurs genres de vie et de choisir entre eux, cette transformation est étroitement liée au développement". On ne peut pas dire que son analyse n’est pas originale. Terminons sur les défauts des spécialistes. "L’influence de ces scientifiques-politiciens ne s’est pas souvent exercée en faveur de la liberté: "l’intolérance de la raison" fréquente chez les spécialistes, l’impatience caractéristique de l’expert envers les comportements et les actes du non-initié, le mépris souverain pour tout ce qui n’est pas organisé d’après des schémas scientifiques par des esprits supérieurs (…)."
Les faussetés
Si on passe maintenant aux propositions critiquables, c’est à un florilège que l’on a droit. "Dans une société où l’on a le goût de la liberté, on ne trouvera pas beaucoup de monde pour la troquer volontairement contre la sécurité économique". Comme si on pouvait opposer la sécurité et les politiques qui la favorisent à la liberté qui serait supérieure. Il faut rappeler que l’on ne peut être que très difficilement libre lorsque l’on a pas le stricte nécessaire pour assurer notre subsistance. Il faut ajouter qu’une société qui préconise la sécurité pour une grande partie de ses membres ne s’en porte pas plus mal. "L’interdépendance de tous les phénomènes économiques, nous l’avons vu, ne permet guère d’arrêter le planisme à un point voulu. Une fois le libre jeu du marché entravé, le dirigeant du plan sera amené à étendre son contrôle jusqu’à ce qui embrasse tout." C’est évidemment une vue de l’esprit, car la planification en régime capitalisme de libre marché atteint un point où on ne voit plus l’utilité de poursuivre l’interventionnisme.
Dans la série des propositions qui servent à faire peur par la dramatisation : "la démocratie veut l’égalité dans la liberté et le socialisme veut l’égalité dans la gêne et dans la servitude". Notons, par contre, que cette phrase est de Tocqueville. À propos de la concurrence : "dans la concurrence, la chance joue autant que l’intelligence et la prévoyance". Il faut dire que la concurrence concerne surtout les petits secteurs à faible capitale. Et lorsqu’il est question de la grande production de masse et les secteurs lourds, la concurrence est souvent absente. Voici une autre de ces exagérations : "Comme dans la vie moderne nous sommes dépendants à chaque instant, à chaque pas, de la production des autres hommes, le planisme économique implique la réglementation presque totale de toute notre vie." Encore là, Hayek vivait à une période charnière où l’Allemagne nazie était un très mauvais exemple de planification.
Pour terminer : "La concurrence peut supporter une certaine dose de réglementation, mais elle ne saurait être alliée au planisme* (…)". L’avenir nous prouvera sûrement le contraire.
Quelques précisions
Il faut maintenant parler des objectifs du socialisme ou d’une économie plus humaine et plus respectueuse des besoins.
"Le socialisme se définit au contraire comme la maîtrise exercée par l’ensemble de la société sur ses propres priorités, auxquelles le calcul économique est désormais subordonné". Qu’entend-t-on par priorité ? Il faut prioriser certains besoins comme la santé et l’éducation, car ceux-ci sont la pierre angulaire qui permet que toutes les autres activités soient assumées avec une certaine efficacité. Avant de pouvoir travailler dans une société moderne il faut un certain niveau d’éducation morale, civique et professionnelle. Le secteur privé ayant tendance à négliger ces domaines ou a en faire une entreprise générant des profits, il faut absolument un secteur public qui s’occupe de ses tâches essentielles et primordiales. Ce qui nous amène au fait que "l’éventuelle supériorité d’un socialisme ne peut résider finalement que dans le rôle dominant accordé à la logique des besoins".
A contrario il faut mentionner que le capitalisme a une tout autre façon de fonctionner "Sous le capitalisme, c’est l’exigence de maximisation du profit qui détermine vers quels secteurs l’économie va porter l’effort d’investissement (…)." Illustrons-le simplement avec un exemple concret. Le marché des télécommunications a, assez récemment, trouvé un besoin à combler dans la vente des téléphones cellulaires. On doit dire que ce produit rend certains services aux consommateurs. Mais celui-ci reste dans la majorité des cas un besoin presque inutile ou devient un luxe. La maximisation du profit porte les opérateurs à stimuler la demande de ce bien qui génère, au final, une bonne marge de profit. Mais l’on doit s’avouer que ce sont des ressources qui pourraient être allouées à autre chose de plus productif ou générateur d’une autre forme de bien-être. De ce point de vu, on peut dire que le marché est aveugle. Il n’est pas capable de prioriser les besoins fondamentaux. C’est la raison pour quoi il y a une place dans l’activité humaine pour le socialisme, qui, lui, tente de définir un mieux être qui ne répond pas à la logique de la maximisation des profits.
Il faut aussi souligner quelque chose d’important en ce qui a trait au travail. Bien que ce soit pour nous-mêmes que nous travaillons, il n’en demeure pas moins que nos tâches sont beaucoup plus valorisantes lorsque nous avons l’impression de participer au bien-être de la société, lorsque nous avons d’autres buts que personnels. En ce sens, beaucoup de personnes n’accepteraient pas de travailler à la construction d’automobiles parce qu’ils considèrent que, dans certains cas, il existe assez de véhicules et que ceux-ci pourraient très bien être limités par le développement du transport en commun.
Finalement, on peut dire que "le socialisme c’est la transformation du travail", vers un travail plus humain, plus noble et utile socialement.
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* Le bon planisme serait celui qui n’entrave pas la concurrence.
par Tory | le 2008-06-19 18:46:58 | PERMALIEN
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Léopardi
"Je me suis longtemps refusé à tenir pour vrai ce que je vais dire, car compte tenu de la singularité de ma nature et du fait que l’on tend toujours à juger les autres d’après soi-même, je n’ai jamais été porté a haïr les hommes, mais au contraire à les aimer. C’est l’expérience qui, non sans résistance de ma part, a fini par me convaincre; mais je suis sûr que les lecteurs rompus au commerce des hommes, reconnaîtrons la justesse de mes propos; tous les autres les trouverons excessifs, jusqu’au jour où l’expérience, s’ils ont l’occasion de faire réellement l’expérience de la société humaine, leur ouvrira les yeux à leur tour.
J’affirme que le monde n’est que l’association des coquins contre les gens de biens, des plus vils contre les plus nobles. Lorsque plusieurs coquins se rencontrent pour la première fois, ils se reconnaissent sans peine, comme par intuition, et entre eux les liens se nouent aussitôt; si d’aventure leurs intérêts s’opposent à leur alliance, ils n’en conservent pas moins une vive sympathie les uns pour les autres et se vouent une mutuelle considération. Quand un coquin passe un contrat ou engage une affaire avec un individu de son espèce, il agit le plus souvent loyalement sans songer à le tromper; a-t-il en revanche à traiter avec des honnêtes gens, il leur manque nécessairement de parole et, s’il y trouve avantage, s’efforce de les perdre. Il lui importe peu que ses victimes aient assez de cœur pour se venger, puisqu’il espère toujours, comme cela se vérifie presqu’à coup sûr, triompher de leur courage par la ruse. J’ai vu plus d’une fois des hommes d’une couardise extrême, ayant à choisir entre un coquin plus couard encore et un honnête homme plein de courage, embrasser par lâcheté le parti du coquin; mieux, c’est ce qui arrive régulièrement aux gens du commun placés en pareille situation, car les voies de l’homme de bien sont simples et communes et celles du scélérat multiples et obscures. Or, comme chacun sait, l’inconnu effraie davantage que le connu et l’on échappe aisément à la vengeance des gens de cœur, car la peur et la lâcheté suffisent (…) ( pour les calmer ). Mais ni la peur, ni la lâcheté ne peuvent garantir des persécutions secrètes, des guet-apents, ni même des coups attendus qui proviennent d’un ennemi sans scrupule. Si généralement, dans la vie courante, le véritable courage intimide fort peu, c’est qu’étant dénué de toute imposture, il n’est entouré d’aucun de ces menaçants apprêts qui rendent les choses réellement terrifiantes; et souvent on ne le prend même pas au sérieux. Les coquins au contraire se font craindre parce qu’à force d’imposture ils se voient bien souvent prêter du courage.
Rares sont les coquins qui restent pauvres, car pour ne citer qu’un exemple, si un homme de bien tombe dans la misère, nul ne vient le secourir et nombreux même sont ceux qui s’en réjouissent; mais si c’est à un scélérat que cela arrive, toute la ville se lève pour l’aider."
par Tory | le 2008-06-11 17:10:51 | PERMALIEN
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"Je n’y sais autre chose que me résigner et me dire que les mouches sont nées pour être mangées par les araignées, et les hommes pour être dévorés par les chagrins." Voltaire
"Nous oscillons, nous sommes ballotés sans cesse entre la privation, qui est souffrance et la plénitude, qui est ennui." Schopenhauer
par Tory | le 2008-06-10 21:42:31 | PERMALIEN
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La richesse et le pouvoir
"Les penseurs grecs s’occupaient bien d’économie (oikos : maison, nomos : ordre), mais pour eux l’activité économique était seconde, servile, suspecte. Elle était subordonnée à la politique : l’art d’administrer la cité."
Par contre, le travail agricole était valorisé, puisqu’il permettait d’assurer le nécessaire. Ce qui posait problème, et était aussi méprisé, c’était de faire de sa vie une entreprise d’enrichissement. Le citoyen devait se libérer de l’asservissement pour pouvoir accéder à la liberté politique et à la parole et ainsi se livrer à des activités qui deviennent des fins en soi, plutôt que de se maintenir dans des activités laborieuses qui ne sont, en fait, que des moyens et n’ont aucune valeur réelle, puisqu’elles n’apporteront que le superflu. Le minimum d’activités mercantiles, pour le maximum d’épanouissement humain.
"Au Moyen-Age, dans l’atmosphère chrétienne, l’économie était soumis à la morale; la richesse matérielle, l’argent, le désir du lucre risquaient d’empêcher l’homme de faire son salut. L’intérêt du capital, appelé usure, était condamné.
Avec la Réforme et la Renaissance, et surtout avec la formation des États, la richesse devient une étape nécessaire à l’aquisition du pouvoir." Elle deviendra, par la suite, une obsession.
par Tory | le 2008-06-10 19:41:33 | PERMALIEN
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La Rhétorique (Aristote)
" La colère s’adresse toujours à un individu ; mais la haine peut être ressentie contre les classes (la xénophobie, l’homophobie et le racisme).
Le temps peut guérir la colère; la haine est incurable.
La colère est un désir de faire de la peine; la haine est un désir de faire du mal; celui qui est en colère veut être témoin de cette peine; cela n’importe aucunement à la haine.
Celui qui est en colère ressent de la peine; celui qui hait n’en ressent aucune.
En maintes circonstances, l’homme en colère peut éprouver de la pitié; l’autre jamais; le premier souhaite que celui qui excite sa colère éprouve en retour de la peine; l’autre, qu’il cesse d’exister."
La colère serait une émotion, parfois très irrationnelle, mais souvent juste et saine lorsqu’elle à une véritable cause.
La haine, étant plutôt un sentiment négatif, un ressentiment, s’apparente au mépris de soi inconscient et redirigé sur un bouc émissaire.
par Tory | le 2008-05-29 14:41:50 | PERMALIEN
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Propagande
Certaines élites pestent contre la démocratie parce qu’elle entrave parfois leurs projets.
Dans la toute première édition de l’Encyclopoedia of Social Sciences, parue dans les années 30, le plus prestigieux de ces chercheurs, Harold Laswell, précisait sa pensée sur les rapports des médias et de la démocratie.
" Il importe surtout, de ne pas succomber au dogmatisme démocratique, c’est-à-dire à cette idée selon laquelle les gens ordinaires seraient en mesure de déterminer eux-mêmes leurs besoins, leurs intérêts et qu’ils seraient donc en mesure de choisir par eux-mêmes ce qui leur convient. Cette idée est complètement fausse. La vérité est plutôt que d’autres doivent décider pour eux. L’ennui, c’est que nous sommes ici en démocratie et qu’il est impossible de contrôler la populace par la force. Mais à défaut du recours à la force pour contrôler la populace, on peut parfaitement bien contrôler par la propagande et la persuasion ".
par Tory | le 2008-05-18 20:33:53 | PERMALIEN
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C.S. Lewis
"Les Anglais prennent leur sens de l’humour tellement au sérieux qu’une déficience dans ce domaine est presque la seule à leur inspirer de la honte. L’humour est la panacée qui console de tout et qui excuse n’importe quoi dans la vie."
par Tory | le 2008-05-18 20:24:29 | PERMALIEN
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Merleau-Ponty (Humanisme et terreur)
"L’on ne devient pas révolutionnaire grâce à la connaissance intellectuelle mais par suite d’indignation. La connaissance intellectuelle vient ensuite étoffer et préciser cette protestation vague."
par Tory | le 2008-05-03 22:08:14 | PERMALIEN
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Le capitalisme financier
Les deux grands exégètes de l’oeuvre de Marx, en particulier du Capital, que furent Rosa Luxembourg et Lénine peuvent grandement nous aider dans la compréhension des aboutissants qui résultèrent dans le marxisme et la littérature secondaire. La tentation est parfois grande de vouloir invalider Lénine en raison de sa vie d’homme politique despotique. Mais ce qu’il faut admettre et comprendre c’est que ce personnage avait de grandes convictions doublées d’une bonne érudition. Lorsque, comme c’est son cas, on croit bien saisir la portée des phénomènes contemporains et de pouvoir agir sur les événements historiques il est tentant de croire que l’on a raison et qu’il faut être rigide dans l’application des politiques qui vise à la transformation de la société. Aussi je voudrais revenir sur les analyses judicieuses du capitalisme financier que l’on retrouve dans la brochure de Lénine, L ‘impérialisme stade suprême du capitalisme.
La grande qualité de ce court ouvrage réside dans l’effort de documentation qui est louable, puisqu’il puise à une trentaine de sources pour étayer sa thèse. D’entrée de jeu Lénine tient à se distinguer de la position que prirent ses contemporains dans l’analyse et l’appréciation du développement du capitalisme à la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième. Selon sa perspective nous pouvons affirmer avec lui que d’une certaine économie de marché nous sommes passés au capitalisme dans les années dix-neuf cent.
D’une certaine façon si l’économie respectait la loi de l’offre et de la demande ainsi que le principe de la diversité des acteurs dans l’offre et la mise en marché des produits ce n’est plus le cas au moment où se manifesta la financiarisation de l’économie. La période qui est charnière se produit en 1900, suite au ralentissement de l’activité économique et à une crise, en quelque sorte. À partir de cet événement toutes les grandes compagnies, dans les divers secteurs stratégiques mettent la main sur les petits producteurs et fusionnent en de grands groupes ou cartel. Colérativement à ces vastes mouvements de recapitalisation le secteur bancaire fusionne en 4 ou 5 institutions dans chaque pays pour monopoliser des sommes colossales de capitaux prêts à être investi dans l’entreprise impérialiste et coloniale de l’ouverture et de la domination des marchés étrangers. Bien sûr ce mouvement ne date pas hier, mais son affermissement se produit en corrélation avec la financiarisation du capitalisme arrivé à un stade supérieur. L’impérialisme peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Premièrement L’épuisement des matières premières. Secondement par la relatifvepetitesse des marchés intérieurs véritablement solvables. C’est-à-dire que encore au début du vingtième siècle il n’y a pas encore de véritable classe moyenne capable consommée assez pour maintenir les marges de profit constantes. Il en résulte troisièmement la baisse tendancielle du taux de profit à mesure que se développe la concurrence. D’où le mouvement de fusion. Quatrièmement, la présence d’une couche de parasite rentier qui exige de bénéficier de forts dividendes. Cinquièmement, en vue du positionnement géopolitique des grandes puissances : Allemagne Angleterre, Etats-Unis et France, et en moindre mesure le Japon.
Il en ressort des conséquences de l’impérialisme moderne, pour Lénine, que "la guerre de 1914-1918 a été de part et d'autre une guerre impérialiste (c'est-à-dire une guerre de conquête, de pillage, de brigandage), une guerre pour le partage du monde, pour la distribution et la redistribution des colonies, des "zones d'influence" du capital financier ". Et que donc, il en va de soi que le capitalisme s'est transformé en un système universel d'oppression coloniale et d'asphyxie financière de l'immense majorité de la population du globe par une poignée de pays "avancés". Ce qui nous oblige à affirmer que"le capitalisme a assuré une situation privilégiée à une poignée d'Etats particulièrement riches et puissants, qui pille le monde entier".
Le système financier
Cette partie de l’analyse est tout à fait actuelle. Parlant des banques et des institutions prêteuses, tout comme des grands trusts et cartels, voir des oligopoles et monopoles, Lénine avec une grande justesse fait ressortir l’interconnection et l’interdépendance des conseils d’administration. C’est ainsi qu’une banque place ses hommes au sein du conseil des grandes entreprises qu’elles ont comme client. On y voit aussi d’anciens politiciens qui viennent faire la liaison avec les gouvernements pour s’entendre sur les politiques d’état qui accordent les parts de marché intérieures aux cartels. Ce qu’on appelle aujourd’hui le lobbying. Un exemple probant nous est fourni par une compagnie de chemin de fer. Suite à l’échec du développement immobilier d’envergure par un gros contracteur, la banque saisit la propriété des lots de terrains. Par la suite elle plaça un homme sur le conseil de la compagnie ferroviaire et un homme la représenta au gouvernement. Un nouveau réseau se mis en branle pour desservir le nouveau quartier que formait l’ancien développement immobilier sus nommé. La banque fit alors de gros bénéfices en revendant les terrains avec une forte plus-valus.
La concentration
"Le processus de concentration extrêmement rapide de la production dans des entreprises toujours plus importantes constitue une des caractéristiques les plus marquées du capitalisme." "On voit par là que la concentration, arrivée à un certain degré de son développement, conduite d'elle-même, pour ainsi dire, droit au monopole. Car quelques dizaines d'entreprises géantes peuvent aisément s'entendre, et, d'autre part, la difficulté de la concurrence et la tendance au monopole naissent précisément de la grandeur des entreprises. Cette transformation de la concurrence en monopole est un des phénomènes les plus importants - sinon le plus important - de l'économie du capitalisme moderne."
L’écrit de Lénine fourmille d’informations et de détails du premier ordre. Elle constitue ainsi une bonne introduction à la compréhension de l’économie moderne. Et pas besoin de dire que beaucoup d’économistes, s’ils n’étaient pas mus par des préjugés en défaveur du corpus marxiste, gagneraient à s’ouvrir les yeux sur une réalité très sombre au sein de leur discipline.
par Tory | le 2008-04-20 17:48:15 | PERMALIEN
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L'exemple classique d'une défense sans scrupule et sans pitié des intérêts de pays capitalistes exportateurs nous est fourni par la manière dont l’Angleterre en usa envers l'industrie textile des Indes Orientales. Cette industrie avait été très florissante jusqu'au début du XIXe siècle et elle envoyait même en Europe ses articles de qualité. L'Inde n'avait pas besoin de la camelote anglaise et elle la refusait. Mais l'Inde devait devenir un marché pour les cotton goods britanniques, dont il y avait pléthore en Angleterre depuis les guerres européennes. Une commission d'études fut chargée d'examiner la question de la vente des cotonnades aux Indes. Elle aboutit à la conclusion que, pour atteindre le but proposé, il fallait d’abord détruire l'industrie textile hindoue. Le gouvernement britannique fit sien l'avis de la commission et une campagne d'anéantissement fut entreprise contre la rivale haïe de l'industrie anglaise : par le moyen de taxes douanières et fiscales, on la réduisit au chômage. Les tisseurs hindous furent acculés à la famine. Le but était atteint : les cotonnades anglaises remplirent les vides laissés par l'industrie indigène agonisante.
par Tory | le 2008-04-15 20:33:05 | PERMALIEN
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L’esprit du capitalisme
La grande œuvre du fondateur de la sociologie allemande, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, pose certains problèmes pour notre compréhension actuelle. Certains chapitres sont restés comme intacts et lumineux dans leur démonstration, tandis que d’autres, surtout un en particulier, nous semble devenu incompréhensible à force de détails et d’éruditions. Je crois bien avoir, par ailleurs, trouver une solution à ce problème. Il suffit de lire en parallèle Le bourgeois de Werner Sombart. J’utiliserai donc ces deux sources pour entrer dans l’esprit du capitalisme.
J’aimerais commencer par une sorte d’anecdote. Bien avant le travail effectué dans les fabriques, on recrutait des familles de paysans pour qu’ils viennent chercher le matériel à utiliser pour confectionner divers articles à la maison, dans l’espoir que de rémunérer le travail à la pièce permettrait d’augmenter la productivité, la cadence. Ce fut à certains points un échec qui s’explique assez simplement. Comme les individus n’avaient que des besoins figés, fixes et non évolutifs, c’est-à-dire que leurs choix de consommation étaient fort limités, ils n’avaient aucun intérêt à travailler davantage. Si on augmentait le tarif à la pièce, rien n’y faisait non plus, les gens produisaient moins d’unité, car l’appât du gain et la volonté de s’éreinter au travail ou de se réaliser n’existait que très rarement, contrairement à ce qu’on croit aujourd’hui. (La recherche du gain pur et simple était étrangère à l'économie pré-capitaliste)
Ce qu’il faut comprendre c’est qu’il a fallu un changement radical d’attitude envers le travail, ce qu’on nomme une forme d’éthique, pour que les gens acceptent de passer davantage de temps et de mettre beaucoup plus d’effort à la tâche. Ce changement d’attitude demande une modification d’éthos, une nouvelle éthique, de nouvelles dispositions, bref ce qu’ont appelé Weber et Sombart, un nouvel esprit du capitalisme. Il y a bien eu finalement une époque pré-capitaliste et un esprit particulier de l’homme, disons du Moyen Age :
" Avant tout, on cherche, autant que possible, à se procurer des aises. Toutes les fois qu'on pouvait " fêter ", on le faisait. On ne mettait pas plus d'empressement à s'adonner au travail que l'enfant n'en met à fréquenter l'école : on travaillait lorsqu'on ne pouvait pas faire autrement, lorsqu'il était vraiment impossible de se soustraire à la besogne. On ne trouve pas trace de véritable amour pour le travail économique comme tel (avant une certaine époque) "
Il est important de comprendre et d’aller explorer le passé lointain de nos ancêtres afin de découvrit que l’époque que nous vivons est bien arbitraire, d’y voir que nous nous comportons d’une certaine manière qui n’est pas uniquement la seule valable. Il faut parfois sortir des conditions anthopologiques qui sont les nôtres, car elles peuvent être excessives, voir dangereuses. Elles peuvent nous mener dans une impasse. Pour cette raison j’aimerais parler un peu du capitalisme et de son histoire.
L’attitude anti-capitalisme de l’aristocratie
C’est un secret pour personne que la noblesse n’aimait pas trop se salir les mains ou se mettre trop longuement à la tâche. Comme elles n’avait pas à se soucier de sa simple subsistance, elle développa à peu près partout et à toutes les époques une certaine réticence envers le travail rémunéré. "Le seigneur méprise l'argent. Il est malpropre, comme sont malpropres toutes les activités à l'aide desquelles on le gagne." "Mener une existence seigneuriale, c'est vivre pleinement et largement et faire vivre beaucoup d'autres autour de soi; c'est passer ses jours à la guerre ou à la chasse et ses nuits dans le cercle joyeux de gais compagnons, en jouant aux dés, ou dans les bras de jolies femmes; c'est bâtir châteaux et églises, déployer une grande magnificence et beaucoup d'éclat dans les tournois et autres circonstances analogues, étaler un grand luxe, dans la mesure, souvent même au delà, des moyens dont on dispose." On est bien loin ici de la figure austère du bourgeois calculateur.
Il nous faut traiter rapidement de la consommation statuaire. À l’époque pré-capitaliste les besoins sont fixes et statués ou déterminés en fonction du rang social, du groupe dans lequel nous faisons partie. "Le besoin lui-même ne dépend pas de l'arbitraire de l'individu, il a acquis avec le temps, au sein des divers groupes sociaux, une certaine forme et une certaine étendue qui ont fini par être considérées comme fixes et immuables. C'est l'idée de l'entretien conforme à la position sociale, idée qui avait dominé toute l'économie pré-capitaliste." Autrement, il ne convient pas à un individu de basse extraction de sur-travailler pour posséder une distinction comme un vêtement de luxe, apenage des classes très favorisées. "L'entretien conforme à la position sociale constitue une des bases de l'édifice philosophique du thomisme: il faut que les rapports entre l'homme et le monde extérieur soient soumis à une limitation, subordonnés à un critère. Cette mesure n'est autre que l'entretien conforme à la position sociale." Les classes sociales étant très accentuées au Moyen Age, on comprend que ceci entrainait un véritable frein pour le développement de l’économie en général, car comme il ne serait y avoir d’ascension sociale dans ses conditions, le besoin de travailler se faisait ainsi peu sentir, puisqu’il s’agissait de posséder le strict nécessaire en conformité avec la position occupée dans la hiérarchie sociale. Pour que le capitalisme devienne généralisable il faut un esprit qui insite au labeur, à la thésaurisation et aussi un prestige et une incitation à la consommation.
Le bourgeois
Pour mieux saisir ce qu’est l’esprit du capitalisme, il faut jeter un coup d’œil sur l’apparition d’un personnage important et déterminant, au 14ième siècle, en Italie : le bourgeois. Il sera considéré, pour la suite de l’analyse, comme étant un type humain doué de qualités psychiques particulières, plutôt que comme étant "le représentant d'une classe sociale".
Comment faire pour tracer le portrait d’hommes d’un passé si lointain et combien révolu ? C’est évidemment en utilisant les sources écrites de l’époque. Nous possédons justement un ouvrage du grand humaniste Léon-Battista Alberti (1404-1472), del governo della famiglia, qui nous donne un aperçu des préoccupations des hommes du Quattrocento. "On doit à Alberti les célèbres livres sur le gouvernement de la famille, dans lesquels on trouve déjà tout ce que Defoe et Benjamin Franklin diront plus tard en anglais. Mais les livres de famille d'Alberti nous sont encore précieux pour cette autre raison que, d'après ce que nous savons, ils ont déjà été beaucoup admirés et lus par ses contemporains, qu'ils ont été, dès leur apparition, considérés comme un traité classique que d'autres pères de famille ont, dans leurs chroniques et mémoires, reproduit soit en totalité, soit en extrait." Nous sommes donc autorisés à penser que cette ouvrage et bien d’autres encore, qui constituaient des œuvres d’édification et d’instruction "reflètent une manière de voir générale, celle notamment du monde des affaires".
Que nous dit ce traité ? En premier lieu il discute de la rationnalisation de la conduite économique. L’homme doit s’occuper de ses affaires, il peut en parler et même se vanter de ses bon coups. Ce qui est assez inusité chez les gens de fortune, si on se souvient que l’économie au Moyen Age, chez les couches aisées est une économie de dépense, où il importait assez peu que l’on dépense davantage que ce que nous apportait nos revenus. "Cette recommandation constituait à l'époque une nouveauté inouïe, du fait que c'étaient des grands, des riches qui commençaient à penser ainsi. Qu'un petit portefaix ne songe qu'à ses sous ou qu'un petit boutiquier passe sa vie à chercher à équilibrer ses recettes et ses dépenses, rien de plus naturel. Mais le riche, le grand! Que l'homme qui pouvait dépenser autant, sinon plus, que le seigneur de jadis, fasse des problèmes d'administration économique l'objet de ses réflexions et préoccupations, voilà ce qui était nouveau, d'une nouveauté inouïe!" D’où le précepte suivant : "que vos dépenses ne dépassent jamais vos revenus".
Ce qui nous amène à l’esprit d’épargne. Autrement dit dépenser moins que ce que l’on possède. Il s’agit de "l'épargne conçue comme une vertu. Le maître de maison économe devient l'idéal des hommes riches, en tant qu'ils sont devenus bourgeois ". Et on trouve cette jolie maxime : "un sou épargné me fait plus d'honneur que cent sous dépensés". Ainsi que celles-ci : "redoute, comme un ennemi mortel, toute dépense superflue" ; " autant la prodigalité est mauvaise chose, autant l'épargne est bonne, utile et digne d'éloges"; "l'épargne ne nuit à personne et est utile à la famille"; "nulle dépense ne doit dépasser la limite de ce qui est absolument nécessaire".
L’économie domestique porte ainsi sur trois choses qui nous appartiennent : notre âme, notre corps et surtout notre temps. Ce qui anticipe la fameuse phrase de Benjamin Franklin : "le temps, c’est de l’argent". Ce qui donne comme conseils : "je m'efforce toute la vie de faire des choses utiles et honorables" ; "je ne me sers de mon corps, de mon âme et de mon temps que d'une façon rationnelle. Je m'attache à en conserver le plus possible et à en perdre le moins possible" ; "il s'agit seulement de bien répartir votre temps. Celui qui sait ne pas perdre son temps, peut faire à peu près tout ce qu'il veut : et celui qui sait bien employer son temps, ne tarde pas à devenir maître de toutes les besognes qu'il doit accomplir".
Tout au long des siècles suivants nous verrons un assez grand nombre de traités du même genre chez différentes nations. Mais le point culminant du parfait petit bourgeois sera les écrits et l’attitude de Benjamin Franklin. "Le bon sens et la modération de cet Américain sont tout simplement stupéfiants. Chez lui tout devient une règle, tout est exactement pesé et mesuré, chacune de ses actions respire la sagesse économique".
Écoutons le : "Si tu aimes la vie, ne gaspille pas le temps, car le temps est la substance de la vie... Que de temps inutile nous dépensons à dormir, sans penser que le renard qui dort n'attrape pas de poules et qu'on aura encore l'occasion de dormir en toute éternité, une fois au tombeau...". "Mais si le temps est la plus précieuse des choses, le gaspillage de temps est le plus criminel des gaspillages... Le temps perdu ne se retrouve pas, et toutes les fois que nous disons que nous avons le temps, nous nous trompons : le temps dont nous disposons est toujours trop court"
"Toute la sagesse de Franklin se résume dans ces deux mots: application et tempérance (" industry and frugality "). Il n'y a pas d'autres voies qui conduisent à la richesse. " Ne gaspille ni temps ni argent; fais de l'un et de l'autre le meilleur emploi possible ". "
Finalement, comme le bourgeois est celui qui conclut des affaires avec son capital amassé, qu’elle doit être son attitude en toute chose ? Qu’est-ce qui l’aide à réussir dans sa vie de commerçant, de négociant ou d’industriel ?
"On doit vivre correctement : telle devient pour le bon commerçant la suprême règle de conduite. On doit s'abstenir de tout écart, ne se montrer que dans une société convenable; on ne doit être ni buveur, ni joueur, ni coureur de femmes; on ne doit manquer ni la sainte messe, ni le sermon du dimanche; bref, on doit se montrer, même dans son attitude extérieure, et cela pour des convenances commerciales, bon "bourgeois", car cette manière de vivre selon la morale est de nature à relever et à affermir le crédit de l'homme d'affaires."
L’esprit du capitalisme
Beaucoup de malentendus ont suivi la publication de L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. La première des erreurs d’interprétation fut de croire que Weber faisait d’écouler la naissance du capitalisme moderne de la Réforme protestante. Il le dit clairement ainsi : "j’ai qualifié d’absurde la supposition selon laquelle on pourrait faire dériver le système économique capitaliste de motivations religieuses en général, ou de l’éthique de la profession-vocation propre à ce que j’ai appelé le protestantisme ascétique (puritanisme)." Par contre, il est plus juste de dire les choses de cette manière : "l’éthique de la profession-vocation propre à la Réforme a fait partie sans aucun doute des éléments qui ont favorisé le développement économique", qui se sont en quelque sorte trouvés à être des "forces motrices de ce développement". Il y a une raison à tout cela. Le capitalisme a existé à différentes époques de l’histoire. On retrouve un capitalisme antique comme un capitalisme féodale, selon Weber. Alors que pour Sombart il est préférable de caractériser les formes de capitalisme qui précédèrent la modernité de pré-capitalisme, et de dire qu’à ces époques il manquait l’esprit pour donner toute l’ampleur aux mécanismes de déploiement économique.
Bref résumé
Pour la religion catholique, à une certaine époque (environ 1200) fut instauré l’obligation de la confession. Par cet acte particulièr le croyant avait la possibilité de demander le pardon pour ses péchés mineurs. Ce qui relâchait la tension que pouvait faire naître la peur d’être réprouvée et condamnée à l’enfer. Il suffisait dans la vie d’un homme de multiplier les bonnes actes de vertu pour parvenir à contre-balancer les actes impies répréhensibles et condamnés par la religion. Pour ce qui en est du protestantisme c’est une toute autre histoire. Car quand bien même le croyant aurait mené une vie presque parfaite selon les préceptes moraux, il n’est aucunement assuré de la rédemption. La damnation vient frapper toute personne sans raisons valables. Dieu décide de manière abitraire de la prédestination du croyant. Ce qui à l’origine crée une angoisse certaine.
En d’autres mots : "nous ne pouvons pas savoir si nous sommes prédestinés, nous ne pouvons pas savoir si après notre mort nous serons sauvés ou damnés. Seul Dieu décide, selon son bon plaisir. (…) Notre sort ne dépend pas de nos œuvres. C’est-à-dire que ce n’est pas parce que nous accomplirons de bonnes œuvres, des œuvres de charité, que nous serons sauvés. Dieu décide de façon gratuite." Comment savoir, sous ces conditions, si "nous avons retenu l’attention de Dieu, si nous sommes sur la voie de la rédemption ?" La réponse est dans toute l’histoire des idées, une des plus stupides façons de régler un problème fondamental. C’est par notre réussite économique, notre enrichissement que dieu portera attention à nos oeuvres. Ou si on aime mieux : la preuve que dieu est avec nous et nous a choisi se manifeste par notre réussite monétaire et entreprenariale. Seulement, il y a autre chose qui se surajoute. C’est l’austérité et le contrôle de soi. Il ne faut pas à mesure de l’enrichissement dépenser inconsidérément. Au contraire, on doit vivre avec le stricte nécessaire et ainsi thésauriser. Économiser pour pouvoir se bâtir un capital qui pourra être réinvesti dans une nouvelle entreprise ou pour faire augmenter les affaires au sein d’une entreprise déjà existante. Donc, c’est par notre vocation, profession, métier, avec loyauté et probité, ardeur et austérité, en produisant un travail de qualité qu’on en vient probablement à être sur la voie de la rédemption. C’est en quelque sorte l’attitude par excellence qui donna un nouveau tremplin au développement du capitalisme moderne.
par Tory | le 2008-04-02 16:09:52 | PERMALIEN
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L’hypermodernité
Pour Gilles Lipovetsky nous serions passés à une nouvelle époque de l’histoire. Après la modernité et la postmodernité nous serions présentement entrés dans une nouvelle ère qui se nomme, par convention, hypermodernité. Afin de mieux y voir clair, il nous faut revenir un peu en arrière.
La modernité
Si l’on suit la périodisation anglo-saxonne, la modernité se divise en trois sous-périodes. La première, l’époque moderne antérieur commence en 1492, et se termine en 1792. La seconde, l’époque moderne 1, débute en 1792, et se termine en 1920 avec la signature du traité de Versailles. Enfin la dernière, l’époque moderne 2, débute en 1920 jusqu’à nos jours. Elle est aussi appelée l’époque contemporaine. Pour d’autres auteurs, la modernité s’achève quelque part à la fin des années 50 ou 60, pour donner lieu à la postmodernité.
La modernité se caractérise par un long processus de retrait des conditions socio-économiques qui avaient court au Moyen Age. Une quasi découverte particulière et qui sera destinée à un grand avenir et qui jouera un rôle fondamental dans le bouleversement des structures de pensée est l’invention de l’imprimerie. Avec celle-ci l’individu apparaît comme un agent qui peut maintenant se soustraire de la tradition et de l’interprétation collective et commune des connaissances. C’est justement à partir de la traduction de la bible en allemand et à sa diffusion qu’apparait les mouvements de dissidence que furent le luthérianisme et le calvinisme. Désormais l’individu moderne pourra contester la parole sacrée et l’interpréter selon ses préocupations et ses besoins. Naîtrons alors toute une panoplie de sectes qui tenteront de touver un sens dans l’interprétation des Saintes Écritures. Mais surtout qui produiront et élaboreront un ascèse intramondaine qu’ils utiliseront pour gourverner leur existence comme sujet économique capitaliste. Ce qui nous amène à un nouvel agent : le bourgeois. Pour Sombart, cette personne est particulièrement important, car il est le représentant le plus typique de l’esprit de la modernité, "en tant que variété humaine, douée d'un certain ensemble de facultés morales et intellectuelles". Parler du bourgeois, c’est faire "l’histoire morale et intellectuelle de l'homme économique moderne".
Et ce qui caractétise en dernier lieu la modernité c’est l’émergeance des États-nations comme "espaces géographiques définis et disposant de marchés unifiés de taille adéquate pour la modernisation économique".
Donc la modernité apporte un certain nombre de changements. Économique, avec le développement du capitalisme. Politique, avec la formation des États-nations et des empires coloniaux. Au sein de la religion, suite à la Réforme. Dans la pensée, avec l’humanisme qui succède lentement à la scolastique. Dans les sciences, avec la promotion de l’observation des faits et l’empirisme. Et dans les arts, suite à la Renaissance italienne.
Le progrès
Avant l’époque moderne le futur n’était pas un horizon envisageable. Dans les récits de l’antiquité, on situait l’age d’or dans un passé lointain. Et, bien sûr, le présent et le futur étaient condamnés comme déchéance face aux anciennes conditions de vie idéales. Il est admis que ce serait le christianisme qui aurait introduit la préoccupation d’un futur sous la forme d’un royaume des cieux. Ce que l’on nomme eschatologie, c’est l’ensemble des récits portant sur le sort ultime de l’homme et de son univers. La modernité s’inscrit ainsi dans la continuité de ces récits puisqu’elle invente l’idée du progrès infini. D’un progrès sécularisé qui offrira aux hommes de meilleures conditions grâce aux innovations techniques et aux progrès des sciences. Le futur devient le "lieu du bonheur et la fin des souffrances". L’organe, si on peut dire, qui présidera à l’instauration de ce monde meilleur serait la Raison, qui crée "les conditions de la paix, de l’équité et de la justice". Plus tard la Raison deviendra instrumentale et permettra de générer une maximisation de l’efficacité et du rendement accru. Mais avec les conflits sanglants du 20ième siècle, l’optimisme propre aux Lumières et au scientisme a perdu son caractère positif. Avec Foucault on en vint à considérer que les techniques modernes de discipline, qui consistaient à côntroler les hommes, à les normaliser et à les standardiser, si elles avaient réussi à les rendre plus productifs, avaient néanmoins dressé les individus et, par conséquent, asservit leurs facultés pour mieux les dépersonnaliser. Sous ce point de vu juste, mais périmé, nous étions tous dévoyés par la technique et le libéralisme marchand. Ici s’arrête ce constat d’une autre époque, puisque à quelque part à la fin des annés soixante, nous sommes entrés dans une autre période : le postmodernisme.
La postmodernité
Plusieurs inventions peuvent être considérées comme étant les vecteurs de la postmodernité. Ce serait, en premier lieu, l’augmentation exponentiel du stockage de l’information par la découverte des semi-conducteurs. Secondement,ce serait par la modification des moyens de mettre en marché les produits de consommation standardisé. Après la guerre, l’économie fonctionnait très différemment du fonctionnement actuel. "C’était l’ère de la production de masse. Sur chaque grand marché de produits, quelques grands producteurs se partageaient les clients et pouvaient répercuter les hausses de salaire sur les prix. L’emploi était stable, les inégalités faibles, le système prévisible." Par la suite, "il y a eu mondialisation parce qu’il y a eu de nouvelles technologies - de l’information, mais aussi du transport avec les cargos et les conteneurs. Il y a eu déréglementation parce que de nouvelles industries ont poussé à l’ouverture pour se faire une place. Au fond, ce sont les nouvelles technologies qui sont à la racine du changement".
Vient par la suite la publicité. Bien qu’elle se généralise dans les années cinquante, c’est un peu plus tard que seront appliqués des moyens sophistiqués pour atteindre le consommateur par une publicité mieux adaptée aux classes d’individus et à leur cordes sensibles. À partir de ce moment, c’est vers un hédonisme bien affirmé et sans complexe que s’oriente les techniques de mise en marché. Pour Gilles Lipovetsky, c’est par "la logique de la séduction, du renouvellement permanent (…) qu’à émergé le monde postmoderne." C’est donc de la mode qu’il s’agit. Et on se demande qu’est ce qu’un phénomène aussi futile vient faire dans cet histoire très sérieuse qui parle de transformation de l’être humain. Outre le fait que la mode vient diriger notre attitude devant les produits de consommation, elle met en échec les anciennes tendances qui, elles, préconisaient la tradition. C’est vers une nouvelle phase du capitalisme que s’oriente la société puisque toute forme de produit devient obsolet lorsqu’une nouvelle ligne de produit apporte un nouvel attrait ou une nouvelle tendance. Si la modernité avait commencé à orienter l’individu vers le futur et déconsidérer progressivement le passé et ses traditions ce n’est seulement qu’à partir de la postmodernité que seront complètement reléguées aux oubliettes les anciennes grandes structures de sens. Désormais, et c’est justement la signification de l’individualisme, c’est par la réflexion personnelle que s’oriente les choix et les décisions importantes que doivent prendre les individus. Ce qui fait que de la morale nous sommes passés à l’éthique. Mais ce n’est pas sans heurt. Paradoxalement, il coexiste deux logiques à l’ère postmoderne. L’une, l’individualisme, l’autre "la désagrégation des stuctures de normalisation" produisent le contrôle de soi ou l’anomie individuelle, le "surinvestissement prométhéen ou le manque de volonté total." C’est deux logiques génèrent des habitudes de vie contradictoire comme la phobie de la minceur ou l’obsession de la santé tout comme l’opposé, soit l’obésité et des comportements alimentaires néfastes.
Ce qui veut dire que s’il y a des gains d’autonomie il y a aussi de nouvelles formes de dépendance. "L’hédonisme postmoderne est bicéphale, destructurant et irresponsable pour certain nombre d’individus, prudent et responsable pour la majorité". Il semblerait qu’une libération des anciennes stuctures sociales vers plus d’autonomie individuelle et de recours à la raison soit assez bénéfique pour certains, mais qu’il y aurait d’autres candidats qui souffriraient de l’absence de contrôle et de la disparition des normes traditionnelles d’encadrement. c’est comme si la postmodernité avait amené un grand rêve de libération trop ambitieux ou peut-être trop rapidement.
L’hypermodernité
Il est normal que dans le passage d’une période à une autre qu’il y ait continuité sous certains rapports et coupure radicale sur d’autres rapports. On pourrait parler de reconfiguration, puisque certaines contraintes disparaissent pour laisser la place à de nouvelles formes ou structure sociale. Il en est de même pour les valeurs, certaines s’effacent, d’autres perdurent, comme les droits de l’homme ou l’égalité.
En ce qui à trait à la consommation la deuxième phase qui correspondait à la taylorisation postmoderne à fait place à une troisième période : l’hyperconsommation hypermoderne. Celle-ci fonctionne de moins en moins sur le modèle des affrontements symboliques ou de la consommation statuaire. On ne consomme plus pour se démarquer et établir notre rang social. "Chacun consomme pour se faire plaisir plutôt que pour rivaliser avec autrui". "L’époque contemporaine voit s’affirmer un luxe de type inédit, un luxe émotionnel, expérientiel, psychologisé, substituant la primauté des sensations intimes à celles de la théâtralité sociale". D’un Narcisse postmoderne, libertaire et jouisseur nous sommes passés à l’hypernarcissisme qui se veut responsable, organisé, performant et flexible. "La reponsabilité a remplacé l’utopie festive et la gestion, la contestation : tout se passe comme si nous ne nous reconnaissions plus que dans l’éthique et la compétitivité, les régulations sages et la réussite professionnelle". Mais peut-on vraiment dire que Narcisse est véritablement gestionnaire si on considère que l’hyperconsommation a détruit le vieux réflexe de l’épargne. C’est plutôt à une généralisation de l’endettement que l’on assiste. Est-il aussi si performant ? On a qu’à penser au phénomène de dépression et de fatigue au travail. Est-il responsable ? Dans ce cas-ci évoquons cette espèce de schyzophrénie dans laquelle certains gestes de consommation exige le prix le plus bas, qui enfreint les exigences environnementals et les droits du travail, alors que comme citoyens ils demandent que soient respectées les règles de l’échange juste.
Durant la période précédente (postmoderne) il existait encore des idéaux de conquête sociale globale. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ce qui compte c’est la défense des intérêts corporatistes, tels les pensions de vieillesse et les salaires. On ne croit plus à l’amélioration des conditions générales. C’est tout le rapport au présent qui a changé avec la précarisation de l’emploi et la peur du chômage. Devant un avenir incertain, on ne peut être qu’inquiet. Le sujet hypermoderne est rongé par l’inquiétude et l’insécurité.
Pour certains "la crainte s’est imposée à la jouissance, l’angoisse à la libération". Pour d’autres, je crois et j’espère que c’est beaucoup mieux.
par Tory | le 2008-03-06 08:28:41 | PERMALIEN
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Du conflit comme élément fondateur d’une communauté
Il peut paraître paradoxal que le conflit puisse fournir les éléments propices à la cohésion et à l’esprit communautaire. C’est pourtant ce que proposent certains chercheurs en sciences sociales. Ils rejettent ainsi "catégoriquement l’idée qu’il soit possible ou même souhaitable que les sociétés modernes établissent une espèce de consensus autour de la vie droite fondée sur des valeurs ou de normes éthiques positives communément acceptées". L’idée est surprenante à plus d’un point de vue, mais chose certaine il faut s’entendre sur l’intensité des conflits et mentionner que certains conflits de basse intensité et résolvable aisément se prête bien à la cohésion, alors que d’autres conflits, de grandes intensités, ont souvent fait voler en éclat les sociétés, pour ne pas dire ensanglanter certaine période de l’histoire. C’est justement à la politique que revient l’activité civilisatrice qui consiste à trouver l’entente au sein des conflits. En d’autres mots, "la cohésion des divers groupes procède de leur pratique politique, non de leur entente sur des principes fondamentaux". Cette formule est un peu exagérée. Car il y a bien certains principes qui doivent être partagés. Le principale serait que l’on soit forcé d’admettre la nécessité d’opérer des accommodements pour arriver à une relative paix sociale. "L’avènement de la démocratie s’est généralement produit non parce que les gens souhaitaient cette forme de gouvernement, ni parce qu’un large consensus s’était formé autour de valeurs fondamentales, mais parce que divers groupes s’étaient longtemps pris à la gorge avant de s’avouer, finalement, incapable d’avoir le dessus et d’admettre la nécessité d’un accommodement."
Deux types de conflits
Au sein de la société de marché, un grand nombre de conflits porte sur la répartition de richesse du "produit social entre classes, secteurs ou régions". Ils sont divisibles, puisque chacune des parties prenantes peut céder une certaine proportion de leurs revendications. Ce sont des conflits de type "plus ou moins" qui se prête bien à la négociation. La fameuse lutte des classes en fait partie. On parle dans ce cas de possibilité de bricolage.
La deuxième catégorie de conflits est de type "ou-ou", non divisible et "caractéristique des sociétés déchirées par des rivalités ethniques, linguistiques ou religieuses". Ce sont des conflits marqués par l’intransigeance et les préjugés.
La période d’après-guerre, qui apporta une grande prospérité, était donc propice au règlement des conflits de type plus ou moins. Depuis peu, on assiste à la résurgence des conflits non divisible (ou-ou). Par conséquent, l’idée de départ, qui prétendait que les conflits pouvaient créer de la cohésion, s’applique surtout aux conflits du premier type (plus ou moins).
par Tory | le 2008-01-12 18:36:16 | PERMALIEN
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Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie

Si avec la publicité et le marketing on cherche à vendre un produit, avec la propagande les instances politiques ou les pouvoirs en place tendent à implanter des valeurs et des idées. En fait, le but visé est de transformer la perception qu’ont les citoyens face à des événements ou à des personnalités publiques que l’on met en scène pour servir des objectifs précis. Ce sera donc par la manipulation des informations qui font appel aux émotions et aux sentiments que l’on essaiera, grâce aux connaissances en psychologie sociale, de faire en sorte que la masse des individus accepte certains projets par assentiment. Pour Edward Bernays, neveu de Freud, et habile interprète des découvertes de Gustave Le Bon, sur la psychologie des foules, la manipulation est souhaitable en démocratie puisque les masses manifestent une certaine cécité qui doit être corrigée par la propagande de toute sorte.
" La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays ". Le pouvoir de ce gouvernement "s’exerce davantage sous la forme d’interactions coordonnées a posteriori par la convergence d’intérêts que celle d’un complot savamment organisé". "Le plus souvent, nos chefs invisibles ne connaissent pas l’identité des autres membres du cabinet très fermé auquel ils appartiennent "
par Tory | le 2007-12-30 07:05:44 | PERMALIEN
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The Market Experience
Dans The Market experience, Robert Lane traite de l’institution du marché et de ses effets sur la somme totale de bonheur humain, délaissant ainsi les marqueurs traditionnels socio-économiques que sont le PNB par habitant, le taux de chômage, le niveau de scolarisation, l’alphabétisme, etc. Il sera amené, de cette manière, à prendre en compte l’amour-propre, l’amitié, la satisfaction au travail, la gratification et, globalement, le bonheur que peuvent ressentir les individus face au marché et au libéralisme. La question est donc de prendre conscience et d’évaluer quels sont les effets du marché sur les relations personnelles et sur la dimension psychologique de la personnalité.
Son analyse se veut avant tout modéré, et il est bien loin de reprocher au marché de "subvertir toutes les relations humaines ou de miner les fondements éthiques de la société" comme bien des contempteurs de la modernité et du capitalisme l’ont trop souvent formulé. Pour lui les effets bénéfiques sur l’amour propre sont indéniables, à condition de posséder un travail gratifiant. Il ne croit pas non plus aux thèses de la marchandisation des relations humaines ou à la déqualification.
Ce qu’il faut, pour lui, c’est rompre avec la primauté du marché. Par un étrange constat, il croit que le travail créatif "décroît lorsqu’il est directement rémunéré". Et "il semble ainsi que le marché ne soit pas capable d’exploiter un certain nombre d’énergies créatrices très précieuses qui ne se manifesteront qu’à condition de n’être pas suscitées par des gratifications monétaires."
Pour ce qui en est de la dimension complexe du bonheur, de la vie familiale, de l’amitié, de la maîtrise de notre vie et du sens qu’on lui donne, il semblerait que ceux qui échouent dans ces domaines soient tentés de compenser sur le marché du travail, en espérant réussir et parvenir par un moyen détourné à une forme de contentement qui pourrait venir remplacer le bonheur. Le marché en vient dans ce cas à nous détourner des activités essentielles, en promettant, en faisant miroiter plus que ce qu’il ne donne réellement. Mais cette course à l’enrichissement monétaire n’est pourtant pas que néfaste. Keynes disait bien que "la possibilité de gagner de l’argent et de se constituer une fortune peut canaliser certains penchants dangereux de la nature humaine dans une voie où ils sont relativement inoffensifs. Faute de pouvoir se satisfaire de cette façon, ces penchants pourraient trouver une issue dans la cruauté, dans la poursuite effrénée du pouvoir et de l’autorité personnelle, et dans d’autres formes de l’ambition égotiste". Lane serait peut-être d’accord avec lui en substance, mais il n’en demeure pas moins que la quête des richesses détourne de l’accomplissement du bonheur, de la recherche de la beauté et de la vérité, qui, elles, ne se nourrissent pas des mêmes ingrédients que l’on retrouve sur le marché.
par Tory | le 2007-12-21 17:48:17 | PERMALIEN
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La reproduction
L’industrialisation forcée de l’URSS, sous la gouverne de Staline, fut précédée par un débat à caractère économique, pour tenter de déterminer qu’elle serait "la bonne politique en matière d’investissement et de choix industriels ". On en vint ainsi à préconiser l’industrie lourde, la mécanisation et, bien sûr, l’armement. Tout ceci se fit au détriment de la production des biens de consommation. Cette préférence pour les biens d’investissement productif remonte au tome 2 du Capital. Dans son analyse de la reproduction du capital social, Marx opère une distinction entre reproduction simple et reproduction élargie du capital. Dans la section un (la reproduction élargie), il considère comme biens d’investissement "les moyens de production destinés par leur forme à la consommation productive". Alors que dans la section deux (la reproduction simple), il inclut les "simples moyens de consommation, marchandises destinées par leur forme à la consommation individuelle de la classe capitaliste et de la classe ouvrière".
Même s’il ne le dit pas explicitement, il apparaît que la reproduction élargie, celle des biens d’investissement productif, est prioritaire et préférable pour le développement économique, alors que la simple consommation individuelle contribue peut à l’accroissement de la richesse économique. Théoriquement, l’idée est valable, mais on sait avec l’expérience, aujourd’hui, qu’une économie qui ne développe pas l’offre de biens de consommation n’atteindra pas le stade optimal.
Sauf qu’il y a sûrement un juste milieu à atteindre entre la situation qui fut celle de l’Union Soviétique, soit la pénurie de biens de consommation ordinaire, et la nôtre, où le gaspillage de la production jetable atteint des niveaux sans précédent
par Tory | le 2007-12-08 18:07:33 | PERMALIEN
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La corruzione
Machiavel employait un terme précis, la corruzione, non pas pour évoquer l’état de corruption, le népotisme ou toute forme de détournement des richesses au profit d’une minorité, mais il entendait par ce mot illustrer la dégradation ou la ruine de l’esprit public (nous ajouterions, aujourd’hui, l’esprit civique). Et de quelle façon la corruzione opère ? Disons que c’est par la "concentration exclusive de l’effort individuel sur les intérêts personnels".
par Tory | le 2007-11-27 20:37:31 | PERMALIEN
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Eris
Hésiode, le poète grec, considérait, dans sa Théogonie, l’Eris, la Lutte, comme étant purement destructrice et éternel facteur de dissention. Mais il corrigea son point de vue dans son ouvrage suivant. Dans Les travaux et les jours, au tout début du poème, il distingua deux types de lutte : l’une qui "fait grandir la guerre et les discordes funestes, la méchante !" ; l’ autre qui est "bien plus profitable aux hommes. Elle éveille au travail même l’homme au bras indolent(…) : tout voisin envie le voisin empressé à faire fortune. Cette lutte là est bonne aux mortels".
par Tory | le 2007-11-23 21:28:09 | PERMALIEN
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Deux siècles de rhétorique réactionnaire
À la fin des années quatre-vingt, Albert Hirschman se met à l’écriture d’un livre, dans un premier temps, sous la forme d’un pamphlet : Deux siècles de rhétorique réactionnaire. Le but principal était de réagir contre les positions néo-conservatrices agressives qui tentaient de miner la politique économique sociale. Pour les décideurs étatsuniens, il était temps d’en finir avec le keynésianisme et les politiques interventionnistes. C’est ainsi que toute une panoplie de chercheurs, avocats intéressés, provenant des officines et des instituts économiques engagèrent une lutte à finir pour disqualifier tout ce qui s’apparentait de près ou de loin à l’État-providence.
Périodisation
En 1949, le sociologue T.H. Marshall fit une célèbre conférence dans laquelle il distinguait trois dimensions importantes de la citoyenneté : la dimension civile, la dimension politique et la dimension sociale. Pour lui, ces conquêtes de la citoyenneté se firent par étape. Réservant en gros un siècle pour chacun de ces avancés qui sont ou qui furent des luttes pour instaurer des droits nouveaux. D’une certaine manière la modernité commence aux 18ième siècle avec la "bataille pour l’instauration des droits civils". Donc la liberté de parole, la liberté de penser, le libre choix de pratiquer sa religion, l’égalité devant la loi, bref, les droits de l’homme et la doctrine du droit naturel, tel qu’ils furent conquis durant la révolution américaine et la révolution française. La deuxième étape se joue au 19ième siècle et ce sera le droit au suffrage pour une couche de la société de plus en plus nombreuse, en attendant le suffrage universel. Ce sont alors l’élaboration des droits politiques, la possibilité de participer à l’exercice du pouvoir. Viens par la suite, au 20ième siècle, l’appropriation des droits sociaux : l’instruction, la santé, la sécurité et le bien-être économique, l’assurance-chômage et la retraite. On explique, par ailleurs, cette dernière conquête de l’humanité ainsi : au sortir de la deuxième Guerre, comme il fallait soulager de la misère et sortir d’un régime de privation, la priorité fut mis sur la protection sociale. Il faut dire que le redémarrage rapide de l’économie permit justement de créer assez de richesse pour qu’elle soit redistribuée.
Il faut ajouter ceci. Comme il fallait s’y attendre, à chacune des trois périodes, les gouvernants et les possédants qui se trouvaient dans une position relativement confortable s’opposèrent avec violence à toute forme de réforme en utilisant, et c’est ce qui est vraiment intéressant, toujours les mêmes arguments. Soit, en fait, pour Hirschman, trois thèses réactionnaires. Il est à noter que ces luttes entre la conservation des privilèges et entre les réformes se firent avec beaucoup d’acharnement, de violence et de souffrance, puisqu’il est établi que "les grands progrès de la civilisation sont des processus qui conduisent presque à leur perte les sociétés où ils se produisent". Il faut aussi dire que les conservateurs, ceux qui craignent le changement, s’ils mettent toujours en garde les réformistes du danger que peut produire toute forme d’ambition qui prétend changer les choses en place, n’ont jamais aucune solution institutionnelle de remplacement.
Les trois thèses pour disqualifier les tenants des réformes sont les suivantes : 1- L’effet pervers : "toute action qui vise directement à améliorer un aspect quelconque de l’ordre politique, social ou économique ne sert qu’à aggraver la situation que l’on cherche à corriger. 2- La thèse de l’inanité : "toute tentative de transformation de l’ordre social est vaine", rien ne changera. 3- La thèse de la mise en péril : "le coût de la réforme envisagée est trop élevé, en ce sens qu’elle risque de porter atteinte à de précieux avantages ou à des droits précédemment acquis".
La thèse de l’effet pervers
L’effet pervers suppose que les structures sociales sont éminemment complexes et que la relative stabilité atteint à une certaine époque tient pratiquement du miracle. Ce qui fait que toute action qui voudrait changer ou améliorer la situation risque de perturber l’état d’équilibre et d’engendrer des effets contraires à ce qui était voulu au départ. D'une certaine manière, "les mesures destinées à faire avancer le corps social dans une certaine direction le feront effectivement bouger, mais dans le sens inverse. L’exemple par excellence étant la révolution française qui, souhaitant instaurer la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, s’est rapidement transformé en son contraire : la Tyrannie et la Terreur. Évidemment, dans ce cas-ci il ne s’agissait uniquement de réforme, mais de "reconstruire la société tout entière".
"Cette thèse marque un tournant décisif d’ordre idéologique, le passage des Lumières au romantisme, de la foi optimiste dans le progrès au pessimisme". C’est l’exact opposé de la main invisible, en économie, qui venait remplacer le rôle que la Providence jouait dans les sociétés présécularisées. Incidemment, chez Adam Smith des comportements comme l’intérêt personnel, qui peut paraître répréhensible selon le christianisme, concourt au "bien public en favorisant la prospérité générale." Pour Edmond Burke, qui réagit fortement devant la Révolution de France, c’est l’exact opposé : des intentions vertueuses, les réformes sociales, en particulier le droit de vote, dégénère en résultat désastreux. C’est ce même Burke qui écrivit que "le métier de perruquier ou de chandelier ne peut être pour personne un titre d’honneur –pour ne rien dire d’occupations plus serviles encore (…). C’est l’État qui est opprimé quand on leur permet (…) de le gouverner.
Cent ans plus tard (au 19ième siécle), avec les progrès de La psychologie des foules, Gustave Le Bon prétendra que les foules sont peu aptes au raisonnement, ce qui augure très mal pour la démocratie basée sur le suffrage étendu. Il dira même "que la démocratie parlementaire, sensible à la pression constante des intérêts particuliers, pousse à l’augmentation incessante des dépenses publiques".
Pour ce qui en est des droits sociaux, au 20ième siècle, les économistes, qui ont remplacé la main invisible par le marché autorégulé, considéreront que "toute mesure prise par les pouvoirs publics en vu de modifier les rapports de marché, par exemple le niveau des prix et des salaires, apparaît automatiquement comme une ingérence nuisible dans de bénéfiques mécanismes d’équilibre".
Mais qu’en est-il au juste de cet argument de l’effet pervers ? Est-ce que les conséquences malheureuses d’une réforme peuvent être reprises en charge et corrigées ? Oui, évidemment. Car les réformes politiques et sociales sont "un processus répétitif et cumulatif, qui permet d’incorporer constamment les leçons d’hier dans les décisions d’aujourd’hui. C’est ce processus d’apprentissage qui fait que les risques d’effets pervers ont de bonnes chances d’être repérés et réduits, voir éliminés".
La thèse de l’inanité
La thèse de l’inanité postule que les structures profondes de l’ordre social reste inchangés quoi que l’on fasse. S’il y a eu modification ce n’est qu’accessoirement et qu’au niveau de la façade. Rien n’est en fait changé. Pour cette raison il est évidemment inutile de vouloir réformer ou réagencer les fondements qui demeurent toujours intacts. Cette thèse à quelque chose de démoralisant et de démobilisant. Elle est aussi très efficace pour refroidir l’idéalisme en politique et l’interventionnisme économique. À la fin du 19ième siècle, Pareto et Mosca diront tous deux à peu près la même chose. "Toute société, quelle que puisse être son régime politique déclaré est divisée en deux couches, les gouvernants et les gouvernés ou l’élite et la non-élite." Introduire le suffrage universel ne change rien à la donne La majorité ne gagne aucun pouvoir réel en instaurant un régime démocratique parlementaire. En fait, "toute société organisée se compose d’une énorme majorité qui ne dispose d’aucun pouvoir politique et d’une petite minorité qui détient tout le pouvoir, à savoir la classe politique". Mosca ira même jusqu’à se moquer des grands penseurs de la politique (Aristote, Montesquieu, Machiavel) en soulignant que les distinctions entre les différents régimes politiques sont inutiles, que ce soit démocraties, monarchies, républiques ou aristocraties, rien ne permet de faire de pareilles nuances inutiles, car il n’y a que deux classes : les gouvernants et les gouvernés. Poussant encore plus loin le cynisme il déclarera que ce sont "les amis du député qui le font élire. En tout état de cause, une candidature est toujours l’œuvre d’un groupe que réunit une visée commune, d’une minorité organisée qui impose fatalement ses volontés à la majorité désorganisée". Ainsi, "le fondement juridique ou rationnel de tout système politique qui recourt aux élections pour assurer la représentation des masses populaires est un mensonge". En voici assez pour ce qui concerne le système de représentativité. Quand est-il des hommes, des représentants ? " Les tripotages liés à la manipulation des élections par la classe politique porteraient atteinte à la moralité des candidats aux mandats électifs, de sorte que les hommes de caractère, découragés, finiraient par se désintéresser de la chose publique."
La thèse de la mise en péril
Les tenants de la thèse de la mise en péril sont beaucoup moins catégoriques. Ils ne contestent pas le bien fondé et la bonne volonté dont fait preuve l’esprit des réformes. Ils croient, par contre, qu’il ne vaut pas la peine de prendre de chance en modifiant les progrès déjà atteints sous prétexte de nouveaux progrès sociaux hypothétiques. Pour eux la société aurait atteint un point d’équilibre optimale que l’on ne devrait aucunement tenter d’améliorer, car les libertés que l’on possède, nos droits, pourraient être entravés par l’établissement d’une nouvelle réforme ou d’un projet de grande envergure.
Pour bien comprendre la nature de cet argument, il faut revenir à l’époque du débat sur l’élargissement du droit de vote aux couches laborieuses, en Angleterre. En 1832, un projet de réforme vu le jour qui accordait le droit de vote à tout chef de famille occupant des locaux urbains d’une valeur imposable minimale de dix livres sterling. Ce qui privait de droit de vote 90 pour cent des hommes. Ce n’était donc que la partie la plus aisée des classes moyennes(industriels, commerçants, membre de professions libérales) qui se trouvait concernée par ce projet timoré. Ce fut donc de nouveaux droits pour une infime catégorie d’individus. C’est l’étape suivante qui posa un réel problème. Les aristocrates et les bourgeois craignaient qu’en donnant le droit de vote aux déshérités, aux pauvres et aux travailleurs salariés ils risqueraient de perdre leurs privilèges de propriétaires possédants. Ils voyaient les choses ainsi. "Le pillage des riches consécutif au suffrage universel violerait en soi une (ancienne) liberté fondamentale (établie), le droit de propriété." Ils s’imaginaient qu’une réforme établissant de nouveaux droits risquerait de mettre en péril les anciennes libertés, chèrement acquises.
On comprend assez bien où veulent en venir les tenants de la thèse de la mise en péril. La société est dans un état d’équilibre optimal que l'’n ne doit aucunement tenter de réformer. Car dans cette situation, la richesse est distribuée en leur faveur, et c’est bien ainsi. Surtout, ne changeons aucunement les choses.
L’autosubvertion et les 3 thèses progressistes
Arrivé à ce stade des recherches et de l’ouvrage de Hirschman se produit une tangente dans sa réflexion. L’ouvrage fut conçu, au départ, pour étayer et critiquer les positions néo-conservatrices réactionnaires. Mais il appert, dès lors, que les trois thèses peuvent être retournées et renversées. Ce qui nous donne les trois arguments progressistes. À l’incompatibilité qui caractérise la thèse de la mise en péril, les progressistes opposeront l’idée d’un soutien réciproque. Et du danger de l’action et du changement on passe au méfait de l’immobilisme. Ce qui donne ceci :
"(Thèse réactionnaire (l’effet pervers)) L’action envisagée aura des conséquences désastreuses. //// (Progressiste) Renoncer à l’action envisagée aura des conséquences désastreuses.
(Thèse réactionnaire (mise en péril)) La nouvelle réforme mettra en péril la précédente //// (Progressiste) La nouvelle réforme et l’ancienne se renforceront l’une l’autre.
(Thèse réactionnaire (inanité)) L’action envisagée a pour objet de modifier des structures fondamentales permanentes (ou lois) de l’ordre social; elle sera donc totalement inopérante et vaine. ////(Progressiste) L’action envisagée s’appuie sur de puissantes forces historiques qui sont déjà à l’œuvre; il sera donc totalement vain de s’y opposer."
Pour Hirschman, ces trois couples de thèses ne sont que des positions extrêmes, des cas limites qu’il faut tempérer. Pour lui ce sont des rhétoriques de l’intransigeance.Elles sont donc antidémocratiques.
Au contraire, "une démocratie affirme sa légitimité dans la mesure où ses décisions sont déterminées par une discussion complète et publique entre ses principaux groupes, organes ou représentants. Par discussion il faut entendre dans ce contexte un processus de formation d’opinion : le principe en est que les participants n’ont pas, au départ, de position définitive et qu’ils sont disposés à procéder à un échange de vues constructif, c’est-à-dire à modifier éventuellement leurs opinions initiales à la lumière des arguments des autres participants et aussi de tout élément d’appréciation nouveau apporté par le débat".
par Tory | le 2007-11-13 20:56:19 | PERMALIEN
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Le bonheur
Il semblerait que ce serait faire montre d’une grande sagesse que de s’avouer que le bonheur est "rebelle à toute quête directe", et qu’il ne serait accessible que comme sous-produit de certaines activités comme la pratique de la vertu, par exemple.
par Tory | le 2007-11-05 16:57:34 | PERMALIEN
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La défection et la prise de parole
Que ce soit comme membres d’organisations, comme citoyens, consommateurs, époux ou épouses, nous adhérons à des relations sous certaines conditions que d’aucuns appellent contractuelles. Dès que surgit un problème quelconque, qui tarde à se résoudre, il y a deux possibilités qui s’offrent à l’individu qui se sent léser ou injustement traité : la défection ou la prise de parole. Si on prend l’exemple du consommateur fidèle à un produit ou à un service, il suffit que l’on ait l’impression de ne plus en avoir pour son argent pour que nous cessions automatiquement de vouloir conclure un marché. C’est alors la défection qui s’exprime en allant à la recherche d’un produit autre, compétitif ou supérieur. Mais il y a l’autre possibilité. La prise de parole. Celle-ci consiste "à se plaindre ou à orchestrer la plainte ou la protestation : elle est le moyen le plus direct de récupérer la qualité qui s’est dégradée ". À la différence de la défection, qui est un acte exclusivement privé, "mais aussi typiquement silencieux", et ne nécessitant aucune concertation, la prise de parole "est coûteuse en termes d’efforts et de temps". "De surcroît. Pour être efficace, la prise de parole requiert souvent une action collective et s’expose ainsi à toutes les difficultés bien connues d’organisation, de représentation et de comportement de cavalier seul" (les gens préfèrent agir par eux-mêmes pour une multitude de raisons, comme celle de l’orgueil, qui est de ne pas vouloir admettre que l’on est en difficulté). Comme la défection "n’exige aucune coordination avec d’autres" et aucune recherche de l’entente et du compromis, il en résulte la thèse suivante : "la possibilité de faire défection risque(…) d’empêcher l’art de la prise de parole d’atteindre son plein développement". Et "plus la pression s’échappe par la défection, moins elle nourrit la prise de parole".
Exemples
"Ainsi comme il est aisé de se défaire de ses actions à la bourse, il est difficile aux actionnaires d’avoir une véritable influence sur la direction d’une entreprise en élevant la voix ; lorsqu’il est facile de se dégager d’un mariage par le divorce, on fera moins d’efforts pour arranger les choses par la "voice", c’est-à-dire par la communication et des tentatives de conciliation."
Il existe bien d’autres situations où s’applique le modèle de défection et de prise de parole. Le domaine de la politique en est un complexe. Car il est aussi aisé, dans ce cas précis, d’élaborer une critique constructive que de faire défection. Mais on soupçonne, qu’étant donné la lourdeur et l’inertie qui caractérisent les partis politiques, que la défection est beaucoup plus fréquente. On a qu’à penser avec quelle facilité un candidat peut passer d’une formation à l’autre, sans trop renier ses principes de base et ses positions sur différents dossiers. La remise en question du programme politique d’un parti, de sa plateforme, n’étant presque toujours que cosmétique, et le fait que ce soit, en fait, un exercice risqué, encourage donc à la dissidence et à la fuite vers d’autres horizons. Il est bien connu que les structures de toutes sortes sont très difficiles à faire évoluer.
par Tory | le 2007-10-21 17:31:18 | PERMALIEN
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Sur la télévision
La télévision occupe une place importante, au point d’être devenue le loisir par excellence. Comme certaines écoutent jusqu’à huit heuresde télévision par jour, -et on se demande où prennent-t-ils le temps pour s’immobiliser aussi longtemps devant le petit écran-, il faut avouer que ce sédentarisme passif est plutôt inquiétant. Ce qui inquiète encore plus c’est le type d’émission qu’écoute la moyenne des téléspectateurs: émissions de variétés, journaux télévisés à sensation et spectaculaires, film plébéscisé par le "box office", canaux à téléroman, sport, et bien d’autres divertissements qui sont loin de fournir les outils essentiels aux citoyens, afin qu’ils comprennent le monde dans sa complexité et qu’ils puissent bénéficier d’une culture autre que la culture de masse.
Si dans un premier temps la télévision, étant en grande majorité financée par les gouvernements, avait un but assez noble, soit de montrer aux gens ce qui est digne d’intérêt, de leur faire assister aux différents domaines de la création, tout en étant ludique, ce n’est malheureusement plus le cas, aujourd’hui. La recherche des cotes d’écoute, pour pouvoir financer les dépenses qu’occasionnent l’exploitation du média télévisuel, grâce aux contrats de publicité, pousse les diffuseurs à fournir du temps d’antenne qui sera à même de captiver, d’intriguer, de divertir une masse de gens qui demande que leurs champs d’intérêt soient représenter à l’écran. Il est évident que ce champ d’intérêt est assez pauvre finalement. Que veulent les gens au juste ? De l’inédit, du nouveau, du spectaculaire, de "l’human interest" (pour pouvoir entretenir la fibre morale et la sympathie occasionnelle et virtuelle). Et les médias, en général, ont bien compris ce qui passionnent la majorité des auditoires légèrement incultes. Ils fournissent donc ce que les gens attendent. Il n’est plus question de former les populations ou de leur faire voir ce qui devrait et pourrait les intéresser. Il suffit de les divertir et d’occuper leur temps de loisir qui devrait normalement être constitué de la lecture de journaux ou de livre important, riche en information ou en formation.
Nous sommes en présence d’un cercle autogénérateur qui ne fonctionne pas. Car il faut éduquer et former les individus pour qu’ils soient à même de découvrir ce qu’ils aiment et ce qui est digne d’intérêt. Sinon chaque personne sera reléguée dans le degré zéro de l’humanité : le sommeil, la nourriture, le travail, les loisirs de divertissement futile ou de consommation.
Il faut faire découvrir aux populations légèrement ignares l’obligation de travailler à autre chose que leur travail, leur revenu, leur niveau de vie ou leur consommation.
Il vaut la peine de travailler et de s’investir dans la formation, dans la découverte, dans la création ou dans quoi que ce soit qui permet que le cerveau fonctionne, un peu. Juste un peu, c’est déjà beaucoup.
L’infospectacle
"Si le téléspectateur est de plus en plus attentif au traitement d’informations particulières par les journaux télévisés, il s’interroge rarement sur la structure même de cette émission. Or, pour Pierre Mellet, la forme est ici le fond : conçu comme un rite, le déroulement du journal télévisé est une pédagogie en soi, une propagande à part entière qui nous enseigne la soumission au monde que l’on nous montre et que l’on nous apprend, mais que l’on souhaite nous empêcher de comprendre et de penser."
Cette assertion semble grandement exagérée, mais elle mérite d’être analysée.
Qui au juste souhaite nous empêcher de comprendre et de penser ? C’est une question embarrassante. Parce que, en fait ce ne sont pas des personnes qui manipuleraient la forme de l’information, mais ce serait plutôt la logique structurelle et organisationnelle du médium télévisuel qui tenderait à occulter certaines choses. Une des caractéristiques propres aux téléjournaux c’est la fragmentation des nouvelles et son caractère évident qui en découle, le manque d’analyse. Ce que l’on nous montre n’est qu’un fragment, qu’une parcelle d’un phénomène plus global qui ne sera jamais explicité et démontré. Pour cette raison précise, il est donc bien vrai que l’on nous cache ce qui se passe réellement et qu’on se voit empêcher de penser le monde dans sa complexité.
"Il n’y a rien à comprendre, le "journalisme" ne s’applique désormais plus à nous apprendre le monde. Le présentateur ne donne pas de clé, il ne déchiffre rien, il dit ce qui est. Ce n’est pas une "vision " de l’actualité qui nous est présentée, mais bien l’Actualité." Dans cet ordre d’idées, on mentionne que le journalisme, à la télévision, montre des "news" et pratiquement jamais de "views". Les "views" étant des points de vue ou des analyses. Étant donné le manque de hiérarchisation entre les différentes nouvelles et la disparition de l’ordre des priorités, on voit maintenant apparaître, en ouverture des téléjournaux, des faits divers ou des résultats sportifs, bref ce qui est de l’anecdote alors que celle-ci devrait toujours être reléguée en fin d’émission, afin de conserver la priorité pour les questions sensibles et importantes pour les citoyens. "Les sujets ne semblent choisis que pour leur insignifiance | |