Le Stoïcisme (suite)

17 03 2010

L’époque héllénistique débute avec le règne de Phillipe II de Macédoine, père d’Alexandre le Grand. La Grèce se trouve soumise et sa flotte navale est complètement détruite. Elle est aussi interdite de battre monnaie.  C’est aussi le moment où fleurissent les petits socratiques, les Épicuriens et les Stoïciens. Pour ce qui en est de Pyrron (socratique), le sceptique, il «déclare qu’il faut repousser toute opinion, toute croyance, pour pouvoir parvenir à l’indifférence heureuse, à l’ataraxie, à la sagesse silencieuse». Les Épicuriens et les Stoïciens, eux, partagent une devise commune : vivre en accord avec la nature; mais elle se pose différemment. Pour les Épicuriens, sensualiste et  hédoniste, il est demandé à l’homme de se soumettre «à la sensation, donnée comme criterium du vrai et du bien». Tandis que pour Zénon, il faut acquiescer «à l’ordre des événements qui expriment la volonté de Dieu, et c’est ainsi que le stoïcisme se développe comme un matérialisme et comme un rationalisme éthique». Les ressemblances entre les deux courants s’arrêtent là, puisqu’ils se sont posés et définis en s’opposant. Ils sont tout de même d’accord pour diviser la philosophie en logique, physique et morale. Peu importe l’ordre de cette division, «il n’y a qu’un art convenable, un art suprême, c’est la vertu».

Pour la suite, je tenterai de dire quelques mots sur la logique; ce qui est en soi très difficile. Un peu plus sur la physique (3e texte), dans la mesure du possible. Et je m’attarderai davantage sur la morale (4e texte), parce que c’est elle qui est fondamentale.
La logique

Pour Cicéron et pour les commentateurs modernes, la logique des Stoïciens serait malhabile et surtout inutile. Selon Jean Brun, c’est un peu injuste d’affirmer cela. Si on pense à Aristote, il faut dire que les deux logiques ont des fondements empiriques, c’est-à-dire basés sur l’observation. Donc, en premier lieu sur les sens. «Aristote a une vision du monde plutôt statique et nettement hiérarchisée; statique en ce sens que le mouvement n’est que la traduction de l’incomplétude dans la mesure où il n’est qu’un passage de la puissance à l’acte (le mouvement est un passage vers un lieu, une position qu’occupe chaque chose et chaque être : la fumée monte au ciel, parce que c’est son lieu originel), hiérarchisée en ce sens que chaque individu est défini par un ensemble d’attributs et qu’«il n’y a pas de changement d’un genre dans un autre», en vertu du principe d’identité (A est A); chaque individu, comme les objets dans une maison, possède une place dans le monde pour laquelle il a été fait et sa vertu réside dans l’habitude que lui confère un équilibre au sein de la hiérarchie où il est intégré (…).» Les sens vont donc permettre des «qualités attributives» aux objets et aux êtres. Ces qualités sont généralisées et forment des concepts de la raison : le mot grand subsume tout ce qui peut être dit grand, et «rien n’est dans l’entendement qui ne soit auparavant passé par les sens». L’entendement parvient ainsi à «se prononcer sur des qualités susceptibles de le conduire à un concept autorisant des définitions, des classifications (empiriques) et des raisonnements».

On voit, par ce fait même, apparaître la proposition logique élémentaire : S est P (où S est le sujet et P le prédicat ou l’attribut). Ce qui implique que «la science aristotélicienne porte finalement sur le général, sur les caractères communs d’un certain nombre d’individus, d’où la formule célèbre «il n’y a de science que du général, d’existence que du particulier»; connaître c’est d’abord classer (…)».

Le stoïcisme, pour sa part, utilise une autre forme d’empirisme : zoocosmique. Pour eux, le monde est un vivant. Dieu et le monde y sont confondus. Vivre, pour l’homme, c’est «vivre en harmonie avec la vie universelle», donc, tension et symphatie. Ce qui a des implications sur la logique. Cet empirisme en est un «de la compénétration de l’homme et du monde : sentir c’est avoir les sens et l’âme modifiés par ce qui est extérieur, cette modification peut-être en harmonie avec ce qui la provoque, et dans ce cas on est dans le vrai, ou elle peut être en désaccord, et dans ce cas on est dans l’erreur et (surtout dans) la passion». Ce qui fait que ce n’est pas un empirisme de l’Être. Pour Aristote, il y a emboîtement des concepts : Socrate est un homme, or tous les hommes sont mortels, donc Socrate est mortel. Pour les Stoïciens, c’est plutôt «des implications de relations temporelles : si cette femme a du lait c’est qu’elle a enfanté».

Pour bien faire comprendre ce qui s’en suit, il faut reproduire une longue citation : «pour Aristote le temps est avant tout le temps de la génération et de la corruption, pour les Stoïciens le temps est, non seulement l’expression de la sagesse divine, mais aussi l’expression du dynamisme de la vie universelle et de son harmonie. La sagesse est donc soumission au temps, c’est-à-dire à la vie, au monde et à Dieu; elle s’appuie sur une connaissance de la nécessité; le général, cher à Aristote, n’est qu’un mot pour les Stoïciens, car ce qui existe ce sont des individus, dont pas deux ne sauraient être identiques, c’est pourquoi à une logique de l’inhérence (qui est essentiellement lié à qqch. ou qqn.; qui lui est nécessaire) les Stoïciens ont substitué une logique de la cohérence. Connaître les relations temporelles, les rapports de nécessité entre un antécédent et un conséquent, c’est là la première tâche de l’homme qui veut vivre selon la raison, c’est-à-dire selon la nature. Comme le dit fort bien Victor Brochart, opposant aristotélisme et stoïcisme : «un rapport de succession constante ou de coexistence est substitué à cette existence substantielle, (qui, elle, implique) l’idée d’entités éternelles et immuables (la logique d’Aristote), admise par tous les socratiques. En d’autres termes, l’idée de loi remplace l’idée d’essence.»»

Par ailleurs, toutes conceptions du monde impliquent et nécessitent une théorie de la connaissance, une épistémologie. Voyons ce qu’il en est.

Tout d’abord, disons que même si les Stoïciens ne sont pas essentialistes, ils doivent tout de même se poser la question de savoir comment faisons-nous pour atteindre l’essence des choses et comprendre leurs interrelations globales. Ce qui nous oblige à dire quelques mots sur la représentation.

En grec, il y a un terme difficile à traduire : Phantasia. La fantasia serait, en fait, l’imagination. Mais Jean Brun préfère le terme de représentation. Tout de même cela nous porte à penser que derrière la représentation, il y a aussi une forme d’imagination.  «Un texte du Pseudo-Plutarque distingue en effet soigneusement l’imagination (phantastikon), «mouvement vain, affection qui se produit dans l’âme, mais sans qu’il y ait un objet pour la frapper, comme lorsque quelqu’un se bat contre des ombres et contre le vide, de la représentation (phantasia).  La représentation a un objet pour substrat : le représentéalors que l’imagination ne repose sur rien, elle est attirée vers l’imaginaire (phantasma) comme cela arrive chez les mélancoliques et chez les fous. J’en profite pour mentionner que si on a une quelconque prétention à essayer de comprendre et de connaître les choses en profondeur, il nous faut un minimum de compréhension du grec ancien (bien que certaines personnes ont cette connaissance avec l’expérience et la maturation, sans l’étude), mais aussi du latin (pour ce qui en est des termes significatifs : sentiments, tendances, états psychologiques, actes). En voici la preuve, toujours selon notre auteur. La représentation aurait quelque chose à voir avec le terme lumière. «(…) tout comme la lumière, la représentation se manifeste d’elle-même à chacun de nous et nous révèle ce qui l’a produite.»

Il faut dire aussi qu’il y a deux théories complémentaires de la connaissance chez les Stoïciens. La première, soutenue par Stein, est que «une des conditions essentielles de la représentation est l’activité de l’âme». Pour  Sextus Empiricus : «la représentation est selon les Stoïciens une empreinte dans l’âme…». Il se produirait, à ce moment, une tension psychique qui prouve qu’il y a activité de l’âme. Kant dirait plutôt que les catégories de l’entendement accueille la sensation et la transforme en compréhension. «Ainsi donc la représentation ne serait autre chose qu’un déploiement de l’activité interne de l’âme à l’occasion d’une sensation. La deuxième, soutenue par Émile Bréhier «prend le contre-pied d’une telle interprétation». Pour lui la tension est un épiphénomène, dans laquelle la représentation est un état passif. Il peut être admis que c’est Kant qui a approché le plus possible de l’exactitude dans la compréhension de cette problématique. Par ailleurs, il semblerait que, pour trancher entre ces deux positions, il faille introduire le terme pathos (passion, d’où pathologique : relatif aux maladies, mais qui, je crois, peut aussi être relatif à des caractéristiques de la passion subite). «Ainsi donc, à la lettre, le pathos c’est une modification qui implique bien un mouvement intérieur, sorte de réponse à un appel, et c’est pourquoi tous les Stoïciens sont d’accord pour dire que le pathos relève de la tendance et de mouvement (kinésis, kinesthésie : sensation interne de la position et des mouvements du corps.), mais qui implique également une sollicitation extérieure, ou plutôt un moteur, et c’est pourquoi le représenté est appelé «ce qui nous mû».»

Ce qui nous permet de revenir sur l’individu et les tensions psychiques intérieures. «(…)il n’existe que des individus (et non l’Homme) parce qu’il n’existe pas deux individus semblables», car chacun est mû par une tension psychique différente. «Dès lors il semble qu’il soit possible de définir la représentation à partir de cette notion de tension (concentration) en disant qu’elle est une modification de la tension intérieure de l’âme par un objet extérieur possédant lui aussi une tension qui lui est propre.» Il en résulte que la représentation n’est pas complétement objective. Elle n’est pas toujours parfaitement harmonieuse : elle est compréhensive ou non compréhensive. La compréhensive «est un critère des choses», elle en émane, elle «vient de ce qui existe et selon ce qui existe. Pour la non compréhensive, on dit qu’elle n’est pas conforme à la sensation (et le représenté), elle n’est pas claire ni distincte. Ce qui nous donne deux autres explications complémentaires : une représentation est compréhensive parce que l’âme lui donne son assentiment ou l’âme lui donne son assentiment parce qu’elle est compréhensive. La réponse finale se situe entre le fait qu’il y ait interrelation entre deux tensions, et harmonie: «la représentation (…) est passive, mais si l’assentiment intervient, elle devient active en passant au stade de la compréhension qui est le premier véritable acte de l’âme».

Comme la raison est une partie du divin et que le monde l’est aussi, l’assentiment doit se porter sur l’ordre des choses du monde, fondé en raison, et l’accepter tel qu’il est pour arriver à cesser dans souffrir.  «La raison n’est pas autre chose qu’une part de l’esprit divin plongé dans le corps des hommes.» «Pour vivre en harmonie avec la nature il faut s’accorder à elle, et cet accord  implique une résonance à ce qui est, la prise de conscience d’une sympathie (…)». 

Avant de continuer, il faut préciser un peu. La compréhension de la théorie de la connaissance des Stoïciens est notre compréhension. Rien ne nous assure d’une ultime exactitude. Ces résultats sont le fruit de travaux philologiques («science qui a pour objet la connaissance des civilisations passées et de leurs langues par l’étude des documents écrits qu’elles nous ont laissés») et étymologique*. C’est-à-dire qu’il faut connaître la racine terminologique des mots (les radicaux : «un radical (ou racine ou encore morphème lexical, lexème, bien que ces notions ne soient pas, dans le détail, identiques) est la plus petite et plus ancienne unité lexicale qui permette de former des mots apparentés. »). Celle-ci, la racine, avec le temps, va donner naissance à d’autres termes qui auront plus ou moins la même signification que la racine d’origine. Dans leurs juxtapositions (des radicaux), il y aura une nouvelle description des objets, des tendances, des sentiments, des actes, etc. La raison en est que ce qui donne naissance à un nouveau terme, l’étymon**, est polysémique (a plusieurs sens possible, va produire plusieurs sens). Et ce nouveau terme (néologisme) à lui aussi plusieurs acceptions, si on se place au début de la formation d’une langue. Ce qui fait que comprendre une théorie qui provient d’une civilisation, d’une langue, d’une société qui constituent le socle de nos origines, nous force à bien saisir l’origine de nos mots (1 sur 3 serait grecque*** (?), et c’est souvent les plus importants ou signifiants et savants), même si cette langue est morte, ce qui est en soi très difficile. Donc, ce que l’on comprend d’une philosophie ancienne peut être assez fidèle si on passe par les ouvrages très spécialisés qui reconstituent le sens des concepts philosophiques, et ce travail en est un monacale, de toute une vie.

Terminons en donnant des exemples de raisonnements logiques stoïciens et leurs caractéristiques.

La dialectique est l’œuvre de Crysippe et concerne ce qui peut être «exprimé par le discours». Il faut donc certaines qualités pour y arriver. -La circonspection : nous indique quand il faut approuver ou rejeter (assentiment, dissentiment). –La sagacité : «capacité d’opposer des arguments à ce qui n’est que vraisemblable afin de ne pas y céder. -La rigueur. –La gravité (?) : «aptitude (qui consiste à) rapporter les représentations à un raisonnement juste». Il y a deux différences importantes qui constitunt cette logique avec celle des péripatéticiens (Aristote). «Le concept général est un mot vide». Et ensuite, «cette logique ne s’attache pas à étudier les emboîtements possibles des concepts les uns dans les autres, mais elle cherche à définir des implications d’événements selon la vérité. Elle délaisse des «jugements d’attributions tel que Socrate est mortel» (elle abandonne le verbe être).  Ce qui permettra plutôt des propositions événementielles : il fait jour, Dion se promène.

Ce qui nous donne des propositions composées différentielles :

1) Conditionnelle : «dépend de la conjonction conditionnelle si elle annonce qu’une seconde proposition suivra la première : s’il fait jour il fait clair.»

2) Consécutive : «qui dépend de la conjonction puisque» : puisqu’il fait nuit il fait noir.

3) Coordonnée : «dépend de la conjonction et : il fait jour et il fait clair.»

4) Disjonctive : «une disjonction est introduite par ou bien :  il fait jour ou il fait nuit.»

5) Causale :  «régit par parce que : parce qu’il fait jour il fait clair.»

6) Comparative : «Il fait plus jour que nuit.»

Les Stoïciens ont quand même utilisés à l’occasion la forme du syllogisme aristotélicien : majeure, mineure et conclusion qui nous donne un savoir certain. «S’il fait jour il fait clair, or il fait jour donc il fait clair.» Il délaisse  cette logique basée sur l’ousia, la substance, l’Être et le est. Ils se basent plus sur la théologie que sur l’ontologie (ce qui en est de l’Être).

«Chrysippe distinguait cinq sortes» (de raisonnements) anapodictiques (qui n’ont pas besoin de démonstration). Ceux-ci font moins appel à la raison qui respecte le jugement qui se fait de manière rigoureuse. C’est plutôt de l’observation et du sens commun qu’il s’agit ici. Par ailleurs, la logique du Portique fait appel au nominalisme (je ne saurais me prononcer sur le fait que ce nominalisme est le même qui a été repris au Moyen Age par les théologiens philosophes, ce qui a donné des débats complexes). Nominalisme : «est une théorie de la philosophie scolastique médiévale. C'est une solution au problème des universaux posés par Porphyre en ces termes: «Les genres et les espèces existent-ils en soi ou seulement dans l'intelligence ? et, dans ce premier cas, sont-ils corporels ou incorporels ? Existent-ils à part des choses sensibles ou bien confondus avec elles ? » Le nominalisme répond qu'il n'y a de réalité que l'individuel. Développé dès l'antiquité par le philosophe cynique Antisthène, le nominalisme prend des développements considérables au Moyen Age, à la fin du XIe siècle, avec Roscelin qui l'applique à la théologie : Il discute le dogme de la Trinité et se prononce pour le trithéisme. Plus tard, au XIVe siècle, Guillaume d'Occam critique le réalisme de Thomas d'Aquin en montrant que les universaux ne sont que des «êtres de raison » (ce que l’on admet, aujourd’hui. La science tendra, par contre, à souligner et démontrer que ces universaux ont une certaine conformité avec les lois de la science et de l’expérimentation. Ce que l’on peut aussi déduire des découvertes de Kant).» «On associe souvent Guillaume d'Occam-1- au nominalisme médiéval. En fait, le terme nominalisme n’est apparu qu’à la fin du XVe siècle. Le franciscain philosophe et logicien, quant à lui, se considère comme un terministe, c'est-à-dire pratiquant la logique qui analyse le sens des termes.»

Il faut ajouter que la question des universaux («humanité», «animal», «beauté») et du nominalisme (n’est opérationnelle que le concept d’individu) nous est quand même connu aujourd’hui : «Cette thèse se répercute également en linguistique où l'on se demande si le signe est déterminé par le sens ou s'il est arbitraire.»

Donc Antisthène (petit socratique) et, simultanément, les Stoïciens s’accorderont sur ce point. Le nominalisme du Moyen Age correspond, dans une certaine mesure, puisqu’il faut dire qu’il y a aussi en jeu, chez ceux-ci, le débat de la trinité, aux conceptions des Stoïciens.
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* Étymologie est un mot composé savant grec, eτυμολογία / etumología, lui-même formé sur les radicaux eτυμος / étumos « véritable » et de la base -λογια -logia (dérivée de λόγος "logos" « discours, raison »). C'est donc, à l'origine, l'étude de la vraie signification d'un mot.

** «Quand, dans une langue, un même étymon a été hérité et emprunté ultérieurement, les deux mots obtenus sont nommés doublets. On en trouve un grand nombre en français : la plupart des mots français proviennent en effet du latin ; certains se sont transmis depuis le latin vulgaire en se modifiant phonétiquement, ce sont les mots hérités ; le même étymon a parfois aussi été emprunté postérieurement, dans le vocabulaire savant ; les deux mots issus du même seul étymon latin mais ayant suivi deux voies différentes se nomment respectivement doublet populaire et doublet savant. Leurs sens sont la plupart du temps différents, le doublet savant gardant une acception plus proche du sens étymologique. Ainsi le mot latin potionem donne potion dans la langue savante, mais poison dans la langue populaire.» Concernant les radicaux : «Dans l'analyse des langues modernes, on nomme parfois radicaux les éléments de mots composés. C'est le cas pour les mots savants formés à partir de prétendus radicaux grecs ou latins, comme télécommande, formé à partir de l'adverbe grec tèle, « au loin », et d'un déverbal du verbe commander, c'est-à-dire commande. Le verbe commander s'analyse quant à lui en deux pseudo-radicaux, com-, du latin cum, et mander, du latin mandare. Seul mandare est réellement un radical, et encore si on lui ôte le suffixe de formation d'infinitif -are. L'on obtient alors mand-, radical irréductible et, d'ailleurs, verbal, du mot télécommande». «Enfin, tous les mots ne sont pas construits à partir d'un radical identifiable, quel que soit l'angle d'approche que l'on adopte. On parle dans ce cas de mots immotivés. La plupart des mots-outils (les morphèmes grammaticaux libres comme hier, le ou de) sont immotivés.»

*** «Henriette Walter dans l’Aventure des mots français venus d’ailleurs relève: « À titre indicatif, les emprunts linguistiques français sont bien réels : ainsi sur les 35 000 mots d’un dictionnaire de français courant, 4 200 sont de toute évidence empruntés à des langues étrangères », dont les principales sont : l’anglais (au XXe siècle) (25 %), l’italien (16,8 %), le francique (13%), l’arabe (5,1 %).»

-1- «Guillaume d'Occam va plus loin que saint Thomas d'Acquin dans l'affirmation de la séparation de la raison et de la foi, en posant qu'il n'y a pas de hiérarchie entre la philosophie et la théologie, que la première ne peut devenir la "servante" de la seconde, car il n'y a aucun rapport entre elles. De même que la science et Dieu ne se rencontrent pas, Guillaume d'Occam considère que le pouvoir temporel est d'un autre ordre que le pouvoir spirituel. Il accuse à son tour le pape d'Avignon Jean XXII d'hérésie et de se mêler de ce qui ne le regarde pas pour l'élection de l'empereur du Saint Empire. Plusieurs siècles avant qu'elles ne soient mises en application en France, Guillaume d'Occam est un précurseur de la laïcité et de la séparation entre le religieux et le profane, la science et le sacré.» Par ailleurs, pour lui «la connaissance s'appuie sur les choses sensibles et singulières, l'utilisation des universaux de la métaphysique n'est pas nécessaire. Les universaux sont de simples mots pour permettre à la pensée de se constituer. Il en découle le fameux principe, dit du "rasoir d'Occam", selon lequel il ne faut pas multiplier les entités sans nécessité. Ce principe de parcimonie de la pensée, de l'élégance des solutions est un des principes de la logique et de la science moderne et fait de Guillaume d'Occam un précurseur de l'empirisme anglais (Hume)».

Citations de Guillaume d'Occam :

"Il ne faut pas multiplier les entités sauf nécessité."

"La pluralité (des notions) ne devrait pas être posée sans nécessité."

"C'est en vain que l'on fait avec plusieurs ce que l'on peut faire avec un petit nombre."

"Si une hypothèse est inutile, c'est-à-dire si on ne s'en sert pas dans l'élaboration d'une théorie, alors il ne faut pas le faire."

"Il n'est pas plus imparfait de former un complexe propositionnel et d'y souscrire que de connaître intuitivement ou abstraitement."

"Dieu fait fréquemment avec un plus grand nombre de moyens ce qu'il pourrait faire avec un nombre moindre."

"L'homme ne peut connaître ici-bas ni la divine essence, ni la divine quiddité, ni quoi que ce soit d'intrinsèque à Dieu, ni quoi que ce soit de la réalité de Dieu..."

"Ce franciscain qui vit plusieurs de ses propositions condamnées comme hérétiques et prit parti contre le pape pour l'empereur Louis de Bavière dans la question du pouvoir temporel de l'Église, a élaboré une doctrine de type nominaliste qui fit rapidement, quant à son orientation générale du moins, de nombreux disciples." (Lucien Jerphagnon, historien et philosophe / Histoire des grandes philosophies / 1980)

"Il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité". C'est en vertu de ce principe qu'Ockham pourchasse dans les moindres recoins de la philosophie et de la théologie les pseudo-essences et pseudo-causes que ses prédécesseurs avaient inutilement multipliées." (Lucien Jerphagnon, Histoire des grandes philosophies / 1980)
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Quelques radicaux ou presque radicaux grecs, qui vont former une terminologie savante.


«Les racines grecques sont très répandues dans les langues occidentales modernes. Leur déformation par l'usage est parfois telle qu'il n'est pas évident de les reconnaître.

Depuis la Renaissance, la langue française en fait grand usage en les associant entre elles pour la construction de mots savants et de néologismes.»


Les étymons suivants sont en quelque sorte les premiers qui nous sont présentés. Ils servent d’introduction pour nous inciter à aller voir un peu plus loin.

Hiér/archie : sacré et commandement. (C’est très étrange. Sans nécessairement savoir ce que signifie réellement la hiérarchie, soit un commandement sacré, certaines personnes en viennent à la considérer comme un bien précieux, comme quelque chose d’inviolable sous peine que tout va s’éffondrer : la sphère sacrée où tout est en ordre.)

An/archie : absence de, sans commandement. Climat trouble, désordre public occasionné par une absence d’autorité politique, par une législation lacunaire.

Démo/cratie : le pouvoir au peuple.

Arché/ologie : discours sur l’ancien.

Mythe : muthos, mythe, légende.

Acou/stique : entendre.

Astro/naute : navigateur. Internaute.

Nécro/pole : cité des morts. Nécro/phage : manger. Anthropo/phage : Homme

Aéro/dynamique :  air et force.

Dys/lexie : difficulté, (langage, parole, mot?)

Para/doxe : contre, à côté de l’opinion. Parapublic.

Leu/cémie : blanc.

Lipo/succion : graisse.

Litho/graphie : pierre, écrire. Graphologie.

Genèse : formation.

Gramma/ire : lettre.

Gigua/nto/machie : géant et combat. Toromachie. Gigantesque. Gigahertz.

Hypo/glyc/émie :  au-dessous et sucre. Hypothèse.

Hypno/se : sommeil.

Eu/thana/sie : mort. Thana/tologue.

Théo/logie : discours sur Dieu. A/théisme : sans Dieu.

Téléo/logie : discours sur la fin, la finalté.

Télé/scope : voir au loin. Téléphatie

Tachy/cardie : rapide et cœur.

Thérap/ie : prendre soin. Psycho/thérapie : prendre soin de l’âme.

Épi/taphe : tombeau.

Thermo/mètre : chaud et mesure. Thermos.

A/trophie musculaire : sans nourriture.

Topo/logie : lieu.

Typo/logie : modèle, caractère. Proto/type : premier modèle. Protozoaire.

Podo/logue : pied.

Péd/iatrie : enfant.

Encyclo/pédie : paideia : éducation.

Péri/ple : autour de. Périphérique.

Philo/sophie : aimer la sagesse. Phila/delphie : aimer et frère.

Xéno/phobie : étranger et peur. Agoras/phobie : foule et peur.

Phoné/tique : voix, son. A/phone : sans voix, muet.

Photo/graphie : lumière. Photon. Photosynthèse.

Physi/que : nature.

Australo/pithèque : singe. Pithéc/anthrope : homme singe; hominien fossile, découvert à Java en 1891 et constituant un des plus anciens représentants du genre homo.

Plouto/cratie : plus riche et pouvoir. Aristo/cratie : le pouvoir aux meilleurs.

Pneumo/nie : poumon. Pneuma/tique : air, souffle, esprit. Exemple d’un radical, ou presque radical, polysémique.

Poé/sie : faire.

Polém/ique : guerre.

Poli/tique : ville, cité. Méga/lopole : grande? cité. Méga/lo/manie : folie, délire des grandeurs.

Poly/valence : plusieurs. Polygone.

Mélan/colie : noire. Mélanome.

Mélo/die : chant. Mélo/dramatique. Mélo/mane : musique, folie, passion.

Carto/mancie : carte et divination.

Méno/pause : lunaison.

Méta/physique : au-delà.

Météor/ite : élevé dans les airs. Météorologie.

Mono/culture : seul. Monopole.

Morpho/logie : forme. Di/morphie : deux formes.

Mis/anthrope : haïr les Hommes. Miso/gynie : les femmes. Misologie : détester le raisonnement, les raisonnements, la pensée.

Pour faire ressortir l’omniprésence du grec dans la langue française, quand vient le temps d’utiliser des termes savants, voici le texte écrit en français par Xenophón Zolótas (1904-2004) (les mots-outils ne sont pas grecs):

«Kyrié, sans apostropher ma rhétorique dans l’emphase et la pléthore, j’analyserai elliptiquement, sans nul gallicisme, le dédale synchrone du cosmos politique caractérisé par des syndromes de crise paralysant l’organisation systématique de notre économie. Nous sommes périodiquement sceptiques et neurasthéniques devant ces paroxysmes périphrastiques, cette boulimie des démagogues, ces hyperboles, ces paradoxes hypocrites et cyniques qui symbolisent une démocratie anachronique et chaotique. Les phénomènes fantastiques qu’on nous prophétise pour l’époque astronomique détrôneront les programmes rachitiques, hybrides et sporadiques de notre cycle atomique. Seule une panacée authentique et draconienne métamorphosera cette agonie prodrome de l’apocalypse et une genèse homologue du Phénix. Les économistes technocrates seront les stratèges d’un théâtre polémique et dynamique et non les prosélytes du marasme. Autochtones helléniques, dans une apologie cathartique, psalmodions les théorèmes de la démocratie thésaurisante et héroïque, soyons allergiques aux parasites allogènes dont les sophismes trop hyalins n’ont qu’une pseudodialectique. En épilogue à ces agapes, mon amphore à l’apogée, je prophétise toute euphorie et apothéose à Monsieur Giscard d’Estaing, prototype enthousiasmant de la néo-orthodoxie économique et symbole de la palingénésie de son ethnie gallique.»

Un professeur grecque, qui enseignait la politique et l’histoire, aux connaissances encyclopédiques (mais qu’est-ce qu’il faisait dans un collège?) nous disait, sans présomption, ne pas avoir trop souvent recours au dictionnaire.

Les racines latines


Pensons, au couple anima/persona.  «Le mot persona vient du latin (du verbe personare, per-sonare : parler à travers) où il désignait le masque que portaient les acteurs de théâtre. Ce masque avait pour fonction à la fois de donner à l'acteur l'apparence du personnage qu'il interprétait, mais aussi de permettre à sa voix de porter suffisamment loin pour être audible des spectateurs.»  «Dans sa psychologie analytique, Carl Gustav Jung a repris ce mot pour désigner la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société, la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini afin de tenir son rôle social. Le moi peut facilement s'identifier à la persona, conduisant l'individu à se prendre pour celui qu'il est aux yeux des autres et à ne plus savoir qui il est réellement.»

Et une dernière : scrupule, de scrupulus (petite pierre); une petite pierre dans la sandale d’un légionnaire peut entraver toute la marche d’une armée.

À partir de ces trois exemples, on pourrait se permettre d’espérer trouver plusieurs racines qui nous donneraient des indications psychologiques sur la signification de nos termes modernes. C’est le but que je m’étais fixé, mais malheureusement, pour le moment, c’est un peu décevant. Allons-y quand même. Au fil des recherches, si je trouve, des étymons signifiants, j’y reviendrai.

Ad=     vers, en direction de, tendance (devant une consonne, celle-ci remplace le d) : adhérence, admettre, adventice, afférent (qui va de la périphérie vers le centre ; qui concerne, qui se rapporte à), amener.

Alb=     blanc : albinos, albumen.

Alti, alto= haut : altimètre, altitude, altocumulus.

Ambi= des deux côtés, double : ambidextre, ambivalent  (fait d’avoir, de présenter deux aspects qui s’opposent ou non de façon radicale).

Ambul= aller et venir, marcher : déambulatoire, ambulance.

Anté, anti=     avant : antédiluvien, antichambre, antidater, (pattes) antérieures.

Anxi(o)= qui inquiète ou tourmente :     anxiété, anxiolytique (qui fait cesser l’anxiété).

Aqu(a), aqui = eau : aquaculture, aqueduc, aquifère.

Auri= oreille : auriculaire.

Bin=     deux par deux, chaque fois deux : binaire, binauculaire, combinatoire, binocle.

Can(i)= chien : canicule, canidés, canine.

Cide= tuer :    homicide, suicide (sui : soi), infanticide, fratricide (fratri : frère).

Circon, circum= autour de, en rond :    circonvolution, circonscrit.

Co, col, com, con, cor=     avec, ensemble : coaguler, colluvion, comestible, conjonctif, corrosion, combat.

Coerc= enfermer, contenir : coercible, coercition.

Coher= être attaché ensemble :    incohérent, cohérent.

Cole= cultiver, habiter :    apicole, arboricole.

Contr= opposé : contradictoire, contresens.

Crass= épais, gras, grossier : crasse.

Cur, cure=     soigner, guérir : curatif, manucure, sinécure, cure.

Cur(s)= courir, parcourir : curseur, cursif, occurrence, récurrent, cursus.

Dé, des, dés, dif, dis= privation, séparation, suppression : déclivité, désarmer, dessiccation (élimination de l’humidité contenue dans les gaz, dans les solides; dessèchement), difformité, disjoindre.

Etc.




08 03 2010

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Le Stoïcisme

06 03 2010

 

Le Portique de l’époque hellénistique avait une philosophie qui se décomposait en morale, en physique et en logique. Comme il ne reste pratiquement rien de ce courant d’idées, la physique et la logique ont disparues pour ne laisser que la morale, repris par les auteurs Latins de la période impériale. Donnons, pour commencer, les noms des pricipaux protagonistes. Les premiers : Zénon de Cittium, Cléanthe et Chrysippe (300 av. J.-C.) Viens ensuite les Latins : Cicéron, adversaire (Ier s. av. J.-C.), Plutarque, adversaire (Ier s. ap. J.-C.), Sénèque (même époque), Epictète (même époque), Marc-Aurèle (IIe s. ap. J.-C.), Galien, adversaire (même époque), Alexandre d’Aphrodise, adversaire (IIe et IIIe s. ap. J.-C.), Sextus Empiricus, adversaire, empirisme (IIIe s. ap. J.-C.). Diogène Laërce, compilateur, (même époque) et Stobée, compilateur (V-VIe s. ap. J.-C.). Pour ce qui en est de Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle, on considère qu’ils ont une valeur littéraire certaine, mais ils sont moins importants au niveau philosophique.

On compte trois grandes périodes au sein du stoïcisme : l’ancien, le moyen (au IIe s. av. J.-C., "où le système perd de sa rigueur première et commence de se latiniser") et le stoïcisme de l’époque impériale, au Ier et IIe siècle ap.J.-C., essentiellement romain.

Pour la suite du texte, je cheminerai en utilisant le petit livre de Jean Brun, et je tenterai de conserver une certaine ordre chronologique. J’aurai aimé mettre la main sur l’ouvrage de Pierre Hadot dont le titre est une métaphore pour définir le stoïcisme : La citadelle intérieure.

Tout d’abord, on peut souligner une probable influence orientale sur la pensée des premiers stoïciens, mais cela semble difficile à prouver. Mais de quelle façon Zénon (336-264) se mit-il à la philosophie? Il aurait, dans un premier temps, feuilleté, chez un libraire, à Athène, les Mémorables de Xénophon. La légende rapporte qu’au même moment Cratès le Cynique (tradition fondée par Antisthène) passait par là. Ils firent sans doute connaissance et Zénon pris des leçons de Cratès par la suite. Selon une autre version, il aurait consulté l’oracle et à la question : quel était le meilleur genre de vie, il aurait "reçu comme réponse d’avoir commerce avec les morts". Ce qu’il fit en lisant les anciens. Quoiqu’il en soit, la doctrine théorique des cyniques est assez mince et elle se résume au refus des conventions sociales, par le sarcasme "pour dénoncer les attitudes qu’ils blâmaient chez leurs contemporains". De tout ceci, Zénon dut retenir que le sage est celui qui vit conformément à la nature. À 42 ans, il commence son enseignement et fonde une école, le stoïcisme, qui porte ce nom, qui vient de stoa (portique), parce que la tradition voulait qu’un courant philosophique emprunte son nom au lieu où se donnait l’enseignement (près du portique de Poecile). Il ne faisait pas payer ses leçons, ce qui fait qu’il était entouré de pauvres, et on peut dire que son personnage faisait plus penser à un prophète qu’a un rhéteur, comme pouvaient l’être les sophistes. Il va s’en dire qu’il fuyait la compagnie des grands et riches. Les Athéniens le tenaient en haute estime. Des nombreux ouvrages que Zénon écrits, il ne reste que quelques citations et fragments. Il aurait tout de même "fixé les traits essentiels" du stoïcisme.

Le successeurs, Cléanthe (331-232), était un athlète qui notait minutieusement les paroles de Zénon. Il ne nous reste qu’une quarantaine de vers de lui.

Vint ensuite Chrysippe (280-210), qui put ramener l’unité au sein de l’école. On dit qu’il était un savant dialecticien; ce qui lui permis d’affronter les adversaires. Comme il était un bourreau de travail, il aurait écrit environ 700 titres d’ouvrages. Il semblerait aussi avoir été très orgueilleux. Avec lui, la doctrine devint systématique. On dit même : "sans Chrysippe, pas de Portique". Il dut combattre les arguments des Mégarites (école éristique) et ceux de la nouvelle Académie (successeurs de Platon) qui tendait à enseigner un certain scepticisme qui tentait de "réfuter toute opinion proposée". Il faisait beaucoup confiance à ses capacités d’argumentation.

Pour le moyen stoïcisme, nous allons retenir deux noms : Panétius (185-112) et Posidonius (135-51). Avec le premier, nous entrons dans une phase d’hellénisation de Rome. Le grec devenant la langue des personnes cultivées. Par ailleurs, à cette époque Rome fait régner sa pax romana. Ainsi "les consciences qui avaient besoin d’une morale personnelle trouvèrent dans l’humanisme universaliste des Stoïciens une doctrine susceptible de répondre à leurs aspirations". Ce qui attire aussi les Romains, c’est que l’enseignement, basé sur la raison, est propice aux gens d’action. Par contre la doctrine perd de sa rigueur et de sa cohésion, infléchie par l’éclectisme de Panétius. Il utilise "les œuvres des disciples d’Aristote et celles de la Nouvelle Académie". Et "il fait plus souvent appel à la probabilité qu’à la certitude". Cicéron se serait inspiré du traité de Panétius, Du devoir, pour écrire De officiis.

Avec le deuxième personnage, Posidonius, le stoïcisme devient encore plus influent pour les Romains. Il devint le maître et l’ami de Cicéron. Il aurait aussi influencé Galien, Sénèque, Cléomède et Proclus, pour leurs ouvrages.

Au moment du stoïcisme de l’époque impériale, Rome n’est plus ce qu’elle était sous Auguste. Il y a décomposition de l’unité de l’Empire et il règne un atmosphère de terreur avec Messaline, Tibère, Caligula, Agrippine et Néron : assasinats, révolutions de palais et délations, expulsion des philosophes, attaque de l’aristocratie, confiscation de leurs biens et richesses ; ce qui nous amène à la fameuse époque du pain et des jeux. Il y a aussi l’influnce de l’Orient et de ses cultes, donc paganisme et différentes philosophies contradictoires. Notons que le christianisme fait irruption avec son nouveau message.

"Avec Trajan, Hadrien (pensons aux Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar) et Antonin, au début du IIe siècle, le climat intellectuel semble plus favorable au développement de la philosophie puisque finalement le stoïcisme trouvera une de ses dernières incarnations dans la personne d’un empereur romain : Marc-Aurèle; mais un peu partout les barbares viennent assaillir Rome sur ses frontières, le stoïcisme qui avait permis à un esclave, Epictète, de donner une justification à une vie misérable, va permettre à Marc-Aurèle la méditation intérieure au milieu de toutes les expéditions militaires qui furent les siennes."

Sénèque (4 av. J.-C. – 65 ap. J.-C.) Il alla étudier à Rome le pythagorisme et le stoïcisme. Il fut avocat, homme de lettres et courtisan. On se pose la question s’il est vraiment un philosophe. Ses traités sont d’une grande valeur littéraire : De la providence, De la colère, Du bonheur, De la brièveté de la vie, De la clémence, Les bienfaits et surtout Les lettres à Lucilius. Peu original, il prodigue des conseils "de modération et de prudence, le danger des passions et la nécessité de la vertu". Il est donc indulgent et prompt aux concessions. Il excelle dans les portraits psychologiques et la description de la folie humaine. Il tomba en disgrace et puis revint à Rome. Sur les ordres de Néron, il dut s’ouvrir les veines.

Épictète (50-130) était un esclave. Il se retrouva ainsi à Rome. Pour le faire sortir de son impassibilité, son maître lui brisa la jambe. Il eut pour seul réponse : "Je t’avais prévenu, se contenta de constater Epictète, tu viens de me casser la jambe". On pourrait résumer sa pensée ainsi : "abstiens-toi et supporte". En 93, tous les philosophes sont chassés de l’Italie. Epictète ouvre une école en Grèce. Tel Socrate, il n’écrivit aucun livre. Par contre, un de ses disciples recueillit ses Entretiens, dont il ne reste que quatre livres, un recueil de Pensées : Manuel d’Epictète. Son œuvre serait des plus attachantes. Contrairement aux fragments des autres stoïciens, elle est d’une grande unité. (…) "ensuite elle est dépouilllée de tout paradoxe, de toute subtilité dialectique, de toute considération sur la structure du cosmos, et se cantonne dans le domaine de la méditation morale. La sérénité du ton, les formules sobres mais saisissantes, la finesse de l’observation, la profondeur de la réflexion, font du Manuel et des Entretiens, un ouvrage qui devait avoir une grande influence au cours des siècles". Beaucoup plus tard, dans le Discours de la méthode, Descartes notera que tel était "le secret de ses philosophes qui ont pu autrefois se soustraire à l’empire de la fortune et malgré les douleurs et la pauvreté, disputer de la félicité avec leurs dieux". Par contre, Pascal mentionnera, assez justement, la présence d’égarement de l’orgueil.

On peut tenter un premier résumé provisoire de la pensée de ces philosophes. Ce serait la soumission à l’ordre du monde. Pour atteindre la liberté intérieure et la fameuse Citadelle intérieure, ont doit se préoccuper uniquement et exclusivement de ce qui dépend de nous et de la raison : les opinions, les désirs et les inclinations. Pour les autres choses qui ne dépendent pas de nous, il ne faut pas espérer qu’elles se produisent selon nos désirs. Pour ce qui en est du caractère sacré, du sentiment religieux, tout ceci sous-tend une totale "confiance en la providence". Disons qu’il y a aussi une forme d’eschatologie stoïcienne : la croyance en l’Éternel retour, qu’un autre philosophe du 18e siècle reprendra, en en modifiant la signification et les implications, et qui lui vint sous forme d’une révélation.

Marc-Aurèle (121-180) De celui-ci, sans entrer dans les détails, on doit dire que comme empereur il eut un règne dificile et mouvementé. Il eut plusieurs maîtres de qualité et plusieurs influences. Qu’elles furent les aspects de son apprentissage? Il dit avoir conservé de la lecture du Manuel l’idée qu’il devait réformer son caractère. D’Appollonius, "il reçut le goût de l’indépendance et le sens de la décision sans hésitation"; de Sextus, "la bienveillance et la conception d’une vie conforme à la nature".

Écrit en grec, il faut lire les 12 livres de Pensées "qui sont une sorte de journal intime et métaphysique"; réflexions écritent au jour le jour, durant les répits, et qui sont franchement bien écrit. "Mais ces pages ne relèvent nullement de l’analyse introspective ni de la confession (pensons Aux Confessions de Augustin), ce que Marc-Aurèle cherche c’est un approfondissement du sens du devoir, face à une existence éphémère et à une Providence bienveillante." La philosophie, qu’il considère être la seule chose qui peut nous servir de guide, est pour lui une méditation sur la mort (bien sûr il faut considérer sa vie et les conditions historiques). Assez pessimiste, sa pensée s’ouvre tout de même sur un certain humanisme dans lequel le citoyen de la cité est aussi un citoyen du monde.

Par la suite, on ne compte plus de grands noms du stoïcisme, mais cette tradition, très valable, à perdurer jusqu’à nous; ainsi Montaigne, Descartes et Pascal furent "tous pénétrés de leurs pensées". Il faut dire que le stoïcisme ne s’adressait pas à la masse des opprimés, comme le fit, par la suite, le christianisme. Philosophie aristocratique, sa conception du divin ne correspondait pas nécessairement aux espoirs qui pouvait se manifester dans les temps de malheur. C’est peut-être aussi le hiatus entre l’homme et Dieu qui posait problème.




25 02 2010

La passion

Je vais fouiller pour tenter de retrouver l’ouvrage de l’anthropologue dont il était question dans le texte précédent. Elle utilise abondamment les recherches en éthologie : science qui étudie le comportement des animaux dans leurs milieux. Évidemment, elle s’intéresse aux animaux supérieurs, en particulier aux primates. C’est une très bonne source d’information pour nous fournir le début d’explication sur le comportement humain. Je relirai et ferai un texte. Pour ce qui en est de la sociologie, disons qu’Alberoni et Bourdieu sont deux bons exemples. Pour le second, il utilisait les statistiques, les questionnaires, entretiens, enquêtes et interviews. Ça peut paraître évident et facile, mais en ce qui concerne les questions que l’on doit poser ce n’est pas si simple. Il faut trouver les bonnes qui vont nous donner du matériel pour pouvoir conclure à quelque chose de déterminant. Ainsi, les revues féminines semblent parfois être biaisées parce que les questions peuvent être orientées. On fait dire au répondant ce que l’on veut entendre. Si on prend l’exemple de la Misère du monde, c’était des entretiens enregistrés et retranscrits, avec quelques indications comme le fait que sur cette réponse le répondant gesticule ou hausse la voix ou est embarrassé. Même chose pour Alberoni et sa collègue. On peut lire tous les ouvrages de cet auteur, c’est très loin d’être compliqué. Ces ouvrages peuvent dater de 20-30 ans. Ce qui fait que rien ne nous empêche de vérifier par nous-mêmes. Poser des questions sur l’imaginaire amoureux. Par la suite les auteurs font des compilations et recoupements pour pouvoir amorcer un début d’explication. Il y aura aussi la prise en compte des exceptions qui n’infirme pas la norme ou la moyenne. Si on est le moindrement observateur et à l’écoute, à la lecture de ces ouvrages on risque de trouver une explication aux phénomènes qui nous ont intéressés par le passé. Ainsi, on peut conclure, comme dit précédemment, que l’amour pour les hommes semble être moins prioritaire. Aussi nous sommes nombreux à ne pas toujours savoir quoi dire.

Il se pourrait que vers l’âge de 16 ans il se produise un sevrage. Si au moins 1 de nos parents nous a aimés, il se peut que nous nous soyons pleinement développés, et qu’à partir de ce moment le papa et la maman, nous les appelions par leurs prénoms, puisque nous sommes devenus leur égal, soit des adultes. À ce moment nos besoins changent. Nous ne recherchons plus autant l’amour, mais l’envie de faire une partie de notre vie avec quelqu’un que l’on respecte, que l’on admire (disons son honnêteté, sa franchise, ses valeurs, ses idéaux, ses aspirations, ses rêves, etc.). Nous voulons avoir une relation de camaraderie, dans laquelle chacun fera découvrir à l’autre ses passions : lui connaît le cinéma, elle la musique d’une certaine période, il l’amène voir de la danse contemporaine, elle l’initie à la mode. Évidemment, tout cela peut être inversé. Ce que nous avait dit un professeur à propos de l’amour conjugal, c’est que, pour que ça dure, même si le désir sexuel diminue, ce qui est normal, il faut qu’il y ait un partage des choses de l’esprit. 40 ans, c’est long. Il faut avoir des choses à se dire. Donc, que chacun fasse ses recherches et que l’on partage le fruit de nos découvertes. C’était un peu l’idéal grec, mais cette relation avait lieu entre un homme mature et un jeune homme. Ma première petite amie avait lu. Elle me prêtait Apollinaire et Frankl et moi je lui passais mon coffret de Ferré. On s’enfermait et on n’éprouvait pas le besoin de sortir ou de rencontrer des gens. Juste de découvrir ce que l’on aimait l’un, l’autre. On entend cela parfois, et c’est un peu bête : il faut travailler sur son couple. C’est peut-être ça en fait : tenter de progresser dans la connaissance de ce qu’on aime en commun. Partager, comme, on dit, nos coups de cœur. Des couples se réveillent un bon matin et découvrent qu’il n’ont finalement rien en commun. Comment ont-ils pu commettre cette erreur de ne pas avoir mieux vérifié avant de s’engager dans une aventure si sérieuse qui peut aller jusqu’à avoir des enfants ensemble .

Ce qui fait qu’en Occident, baser la relation de couple sur l’amour passionnel fusionnel n’est peut-être pas la panacée. Donc, l’âme sœur (mythe platonicien), le prince charmant (…) me semble ne pas être adapté à la réalité concrète. Tout ça me semble un peu naïf. Douce moitié est peut-être plus convenable, moins passionné, plus tranquille et serein. Ce qui pose problème, c’est quand une femme de 50 ans dit : c’est sûr que j’attends plus le prince charmant. Donc, elle l’a attendu jusqu’à maintenant. Ce que le texte précédent voulait souligner c’est le décalage entre l’imaginaire amoureux féminin et les difficiles contraintes de la réalité. Certains préconisent pour ne pas vivre de trop grandes déceptions (une des situations les plus pénibles) qui sont des coups très durs qui peuvent nous rendre amère, de tenter de nous débarrasser de nos illusions. Et l’illusion d’amour en est une majeure et déterminante.

De tous les couples que j’ai connus qui sont demeurés ensemble toute leur vie, plusieurs avaient en quelque sorte ce profil de camaraderie et d’avancement dans les choses que l’on aime en commun. C’est une forme d’idéal qui semble concrétisable. C’est par le fait même une relation que j’ai expérimentée et qui m’est apparue franchement satisfaisante. Au-delà des espérances de jeunesse.

Pourquoi faut-il tisser des liens de camaraderie et nourrir des intérêts communs dans l’amour?

Il se pourrait qu’au jeu de la passion, on puisse se brûler. La passion est entière et sans aucune nuance. Et qu’elle est l’autre sentiment aussi entier? La haine. La passion serait peut-être une manifestation un peu trop grande, trop démesurée pour notre constitution fragile. Elle nous offre de grandes promesses, mais ne les respecte pas toujours. Dans certains cas, elle approche du délire. C’est sans doute ce que l’on appelle la maladie d’amour. En psychiatrie, il arrive que l’on doive apporter des soins suite à ce que l’on nomme l’amour fusionnelle, où il semblerait que le moi s’est complètement désagrégé. Pour ce qui est du lent passage de la passion à la haine, pour ceux qui sont capables de regarder une partie de la réalité en face, il faut visionner Scènes de la vie conjugale, de Bergman. Magistrale. 3h00. Mais, on a comme un petit mal de cœur, pour ne pas dire qu’on est dégoûté à la fin du film. Pour ce qui est des films lourds et psychologiques, ce film et Persona font du réalisateur un maître incontestable. Par la suite, on arrive au cinéma américain actuel, qui traite du même sujet, et cela nous semble des jeux d’enfants. Ne parle-t-on pas aussi de meutre passionnel et de circonstances atténuantes. Si l’amour débouche sur la torture mentale, c’est qu’il y a sûrement un problème d’envergure. On s’est trompé à quelque part.




Petite pièce

20 02 2010

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Les vraies choses

19 02 2010

 

Je n’aime pas ces deux expressions : dire les vraies choses et parler du vrai monde. À chaque fois que quelqu’un s’introduit de cette façon, on assiste à un concert de banalités. Mais bon, je tenterai le plus possible d’éviter ce piège, même si c’est très difficile, compte tenu du sujet qui est sans contredit le plus délicat : les relations entre hommes et femmes. Aussi, malheureusement, les propos suivants seront assez crus et heurteront sans aucun doute la conception que ce font certaines personnes des relations entre hommes et femmes. Mais à ce niveau, ayant un peu lu et réfléchit à la question, ayant aussi posé des questions à de nombreuses personnes, ayant écouté certains films qui traitent de ce genre de réflexions, je m’autorise à prendre certaines libertés. Je m’excuse auprès de ceux qui ne seront jamais d’accord avec ce qui sera amené. Je ne veux sourtout pas briser les illusions du sentiment le plus noble : l’amour. Par ailleurs, je ne procéderai pas nécessairement dans l’ordre.

L’invention de l’amour

Es-ce que l’amour est éternelle, au sens où il aurait toujours existé? Il semble que non. Mais il faut être plus précis. Les deux premières créatures conscientes qui ont ressenti du plaisir ensemble ont sûrement eu un sentiment. Mais, c’était peut-être une forme d’attachement et d’attention à l’autre. Le début d’un sentiment d’amour. Comparé à nous, à notre conception de l’amour, disons qu’à une certaine époque est apparue l’idée d’amour, qui est venue nourrir l’imaginaire et exacerber le sentiment, et qu’avant que le cinéma, et le roman, auparavant, viennent à s’emparer de l’idée d’amour, on doit dire qu’elle n’existait pas universellement.

Un peu d’histoire

On a émis une hypothèse à propos des Grecs et de leur idéal de pédérasterie. Lors de la première vague d’invasion des Doriens en Grèce, ils sont obligés de sounettre les peuples autochtones. Peut-être ont-ils tué les hommes, mais ils ont conservé les femmes. En les traitant en inférieures. Comme la mémoire des récits oraux perdure longtemps, probablement que chaque garçon apprenait qui était véritablement sa mère et la future femme qui sera la sienne. Dans les chicanes de couple quand un des conjoints à une origine sociale supérieure à l’autre, on ne se gène pas pour dire : souviens-toi qui était ton grand père, un misérable, un acoolique, etc. Donc les descendants des premières invasions conservaient à l’esprit que les femmes étaient originaires de peuplades inférieurs culturellement (ce qui n’était pas vrai) et par la force des armes. Ce qui fait que les hommes grecques avaient peut-être une petite retenue face au sentiment qu’ils avaient envers leurs femmes et leurs mères. Surtout si on a à l’esprit que pour aimer il faut admirer l’autre, si on en croit les romans de Jane Austen. Mais ce n’est que des conjectures qui expliqueraient l’attachement aux jeunes garçons adolescents. Que des peut-êtres!

Revenons à l’idée d’amour. La mythologie grecque à de grands représentants de l’amour sous divers aspects : Eros, Aphrodite, Narcisse, Psyché. Leurs conceptions sont assez élaborés et assez justes et fines. Ce qui fait que les manifestations de l’amour sont bien connues. Pensons à Saphos qui nous a laissé des fragments d’une extraordinaire précision quant aux manifestations physiques et psychologiques de l’amour. L’idée d’amour est apparue dans toute sa splendeur, mais quant à dire que c’est une aspiration, un idéal et un rêve partagés universellement, c’est autre chose. On ne le sait tout simplement pas. En ce qui nous intéresse et plus près de nous, certains auteurs font remonter l’apparition du début de notre conception de la l’amour aux trouvères et troubadours. D’autres prétentent que ces poètes furent précédement inspirés par la poésie orientale arabe. En tous les cas, il y a aussi le conte, le roman et, bien sûr, l’outil par excellence pour orienter les rêves : le cinéma. Entendu que l’homme aime, même mature, se faire raconter des histoires, évidemment de plus en plus complexe, avec le temps. Si c’est dans les livres que l’on apprend, c’est surtout au cinéma que se forme certaines de nos aspirations.

L’amour, invention destinée à la femme

Bien entendu, certains hommes tombent en amour avec l’amour, comme on dit. Mais disons qu’il y a une différence. Les hommes jouent le jeu de l’amour pour plusieurs raisons. Parce que ça rend heureuse les femmes, sinon elles sont insatisfaites et irritables; ce que l’on appelle le mauvais caractère. Il n’y a rien de plus pénible qu’une femme qui cesse d’aimer. Elle en devient insuportable et traite son ex-amoureux comme un déchet. Mais comment peut-elle passer de l’admiration et la presque adulation à une si grande violence psychologique (donc elle aimait une image)? J’ai comme l’impression que la femme mise trop sur l’amour et trop peu sur l’amitié. Après tout, des années passées ensemble devraient voir naître un début d’amitié. On voit cela dans les films et parfois dans la vie : deux bonnes amies, l’une à le malheur d’avoir une relation avec le petit ami de l’autre et s’en est fini de l’amitié. Étrange. Il arrive parfois, et c’est comme plus naturelle, que deux amis garçons, véritablement ami, s’entendent pour que l’un puisse avoir une relation avec la petite amie de l’autre. Disons qu’entre amis, des fois, tout se partage, mais c’est risqué. Ce qui est quand même rare. Donc l’amour pour la plupart des hommes n’est pas absolutisé. Mais il y a des hommes roses. Il faut dire que les choses changent quand même. Les femmes, maintenant libérées et sortit plus souvent de la relation de femme au foyer, prennent davantage de goût à l’amitié. Il semblerait que l’amitié serait une relation privilégiée. Quand l’essentielle à été fait (le travail, les repas et les tâches ménagères) on peut vaquer aux extras (les loisirs, les sortis en famille et, l’activité par excellence, l’amitié). L’amitié exige du temps, et il semblerait que les hommes en ont souvent eu plus que les femmes. Autres choses, aussi. Il se vend une énorme production de magazines et de livres qui parlent de comprendre notre amoureux. Ce n’est pas pour rien. On doit avoir beaucoup de difficulté à franchir la barrière de la psyché, l’un de l’autre. Ce qui fait que dans certains cas au lieu de faire l’effort de se comprendre l’un, l’autre, il est plus simple de se confier à un confident ou à un ami du même sexe. Mais tout ça est triste et dénote une grande solitude contemporaine.

La question piège

Au début de chaque relation, immanquablement, la jeune fille ou la femme mature demande ceci à sa nouvelle future conquête : toi, c’est quoi que tu penses de la fidélité ? Irrémédiablement, l’homme ne peut pas répondre à cette question. Mais, quand même, il y tente. Pourquoi? La première réponse est une sagesse populaire. Avec le mariage, enfin, la vie d’une femme commence; pour l’homme sa vie se termine. C’est peut-être une mauvaise plaisanterie, après tout, mais très vraie. La deuxième, c’est que les petites filles vivent dans un monde merveilleux, du côté des conceptions de l’amour. Même à certaine âge, elles diront : c’est sûr que j’attends plus le prince charmant. Ce qui est très infantile. Pour les conceptions des garçons, j’en parlerai dans un instant. Revenons à la fidélité. Les femmes sont assez confuses pour la plupart. Il y a l’amour et l’amitié. Si l’on définit bien l’un, cela excluera certaines caractéristiques de l’autre. Donc, qu’est-ce que l’amitié? La fidélité inconditionnelle. Ce qui fait que l’amour étant complètement différent, la fidélité n’a pas sa place, du moins comme priorité. Ce n’est pas ça qui est important, la fidélité. C’est autre chose, mais je l’ignore. Pourquoi alors les femmes tiennent tant à la fidélité? Si on se fit en gros à l’anthropologie sexuelle, et que l’on modernise la réponse, on obtient ceci : la femme étant toujours pratico-pratique dans la question de l’administration, elle veut avoir l’entièreté des revenus de l’homme pour pouvoir donner ce qui a de mieux à ses enfants. Si une ou des maitresses entrent en ligne de compte, ce sera des factures d’hotels, de restaurants, de vêtements. On en finit plus. Ce qui prive la femme de revenus, elle, qui est si souvent à l’affût des nouveautés, pour le bien-être de la petite famille. Son homme à déjà un complet. Non il en faut d’autres, celui-ci est usé et démodé. Etc. La fidélité n’est donc premièrement qu’une question de revenus. Et ce depuis la nuit des temps. Pour les féministes, je dois dire que je ne l’ai pas inventé, c’est une femme qualifiée qui l’a écrit, malheureusement. Honte à elle, et exit l’amour romantique puisque c’est une question d’argent. La preuve : les plus beaux spécimens de femme dans le passé mariait le roi, le chef, le guerrier le plus valeureux, l’homme le plus riche. Et les autres étaient envieuses et en rêvaient, ou essayaient de se glisser dans leur lit furtivement. Une star du rock l’a dit un jour (il n’était pas laid et était le groupe de l’heure), toutes les plus belles jeunes filles venaient frapper à la porte de la loge et pour le reste, cela se passe de commentaires. Idem pour les acteurs très beaux et qui ont des rôles de héros infantiles. Le pouvoir aussi. Pensons au Pésident américain, l’homme le plus connu de l’univers, qui réclamait incessemment des femmes. Femmes très faciles à trouver et surtout belles. Je ferais le lien avec la conception des petits garçons. Mais les femmes qui ont bien compris le jeu des rôles le prouvent aussi. Chez les aristocrates, les femmes ne devenaient pas histériques quand monsieur avait des incartades. Elles étaient riches, ses enfants aussi et ses petits enfants. Pas de quoi à être jalouse. D’autant plus qu’elles aussi avaient leurs jeunes flammes. La bonne entente, quoi! C’est pour cela que ces mêmes aristocrates prétendaient que la jalousie était un sentiment bourgeois. Tout cela est désespérant et désabusé. Pour certains hommes quand la femme parle d’amour, comprenant bien tous les petits jeux auxquels chacun doit se conformer, il est très difficile de ne pas sourire d’ironie. Ils se resaisissent pour ne pas décevoir ou désilusionner cette pauvre enfant qui fabule. Les hommes sont profondément menteurs, les femmes, fabulatrices. Mais cela n’empêche pas que l’on aime quand même, autant homme que femme. Seulement, il faut apprendre à aimer, et non pas aimer et espérer la façon dont la société rêve et fantasme l’amour. La lecture du Nouveau monde amoureux pourrait nous aider à considérer la question d’une autre façon.

Certains ne croiront pas ce qui est écrit, mais soyez un peu impartiaux, objectifs, faites vos propres recherches, soyez scientiques, je veux dire une démarche scientifique. Lisez les auteurs de référence, les romans qui sont des études de mœurs (Madame Bovari), les enquêtes, posés des questions autour de vous sur les rêves, les aspirations, posés des questions sur vous-mêmes, et vérifiés concrètement. Dans ce que je raconte, il reste une part de préjugés et de conceptions personnelles, mais elle me semble mince.

Comme précédemment mentionné, revenons-y, mais dans le désordre. Si la femme est jalouse, l’homme semble plutôt possessif, avec parfois un brin de contrôle. Certains ont de la difficulté, lorsque leur conjointe, amoureuse, quitte leur rôle. Disons que les femmes sont vaniteuses et les hommes, fiers et orgueilleux. La femme a besoin d’être aimé et apprécié. Pour l’homme, je crois que l’amour compte moins que le besoin d’être respecté et considéré. C’est ce qui ressort des enquêtes. Si une femme passe un commentaire désobligeant, irrespectueux sur son conjoint devant autrui, c’est de loin pire que si elle lui disait qu’elle ne l’aime pas ou plus. De toute façon, les hommes sont habitués. Les femmes sont en éternel questionnement. Un jour, elle aime, le lendemain matin elle aime moins ou plus, pour finalement réaimer. Ce qui fait que les hommes n’en tiennent pas trop comptes. Il suffit que la colère et les frustrations cessent et tout redevient beau. Le rêve et les fabulations réapparaissent.

Pourquoi les hommes sont possesifs? Il semblerait que la pire des choses n’est pas d’être trompé, mais de se retrouver à travailler et dépenser pour l’enfant d’un autre. Dans les sociétés où la femme va vivre avec la mère du mari, il arrive très souvent que cette belle-mère soit si soupçonneuse qu’elle ne cesse de surveiller sa bru.

Alberoni

Il se peut que depuis toujours, les hommes soient attirés par la beauté féminine, parce qu’elle est symétrique, harmonieuse et que tout cela est gage d’enfant harmonieux, donc en santé. Ce qui est certain, c’est que l’érotisme masculin et le désir sont concentrés sur l’image, les formes. Aucun doute. Évident. Donc, dommage pour celles qui sont moins pouvues sur ce plan. Mais est-ce uniquement culturelle? Non. Heureusement pour les hommes. Ceci les déculpabilisant un peu. Les expériences sur les bébés tendent à confirmer que très tôt le nourisson réagit plus positivement aux formes harmonieuses, celles du visage pioritairement. J’ai déjà vu un bébé féminin d’environ 2 ans, ne sachant pas comment réagir, devant une fille trop maquillée de rouge à lèvre, s’esclafé de rire. C’est à leur dépend que les hommes aiment les stimuli de la vue. Ou, du moins, c’est explicable. Pour les femmes, c’est différent. Elles ont un érotisme kinésique (pas sûr de l’orthographe et du mot). C’est-à-dire qu’elles sont stimulées davantage par les sensations qu’elles recoivent au niveau de la peau. D’où leur tendance à faire souvent des caresses. Ce qui est un peu déroutant, au début, pour le jeune garçon, même si cela lui plait. C’est si vrai qu’Alberoni considère que l’acte des soins de beauté du corps, pour les jeunes filles, sont un érotisme en soit. Ce n’est pas le cas pour le garçon qui recherche des jeux qui mettent à l’épreuve son corps, même à la limite de la blessure. Si on comprend tout cela notre perspective sur l’autre sexe change. D’une incompréhension de la différence qui peut mener à du retrait défensif ou à de la haine inconsciente, nous pouvons nous diriger vers plus d’amour, puisqu’il arrive que l’on n’aime que ce que l’on comprend et que l’on comprend que ce qu’on aime; il va s’en dire que de tous les livres qui ont été mentionnés au fil des ans, celui qu’il faut lire est l’Érotisme, d’Alberoni.

Enquête

Les hommes ne sont pas dupes, c’est pour cela qu’il travaille autant, et qu’il cherche à gagner beaucoup d’argent, parce que trivialement la beauté s’achète. Et sans argent, sans pouvoir, sans renommée, sans réputation, sans popularité (nous avions dit qu’à l’adolescence c’était la meilleure façon d’avoir un bon estime de soi), un homme existe tout simplement pas pour 99 pour cent des plus beaux spécimens (excusé l’expression), mais il reste un seul atout : savoir parler aux femmes, et ce même si on est pas très beau (L’homme qui aimait les femmes, Trufault). J’ai une petite théorie, enfin personnelle, à ce sujet. Elle semble tordue, et part d’un peu loin. Durant la préhistoire, il n’y avait pas de peuplades, c’était des petits groupes, des hordes qui devaient constamment se déplacer. Il arrivait que deux hordes se rencontraient. Si la ressource était rare ou qu’un groupe était affamé, cela devait provoquer des conflits. Mais peut-être que les cris et les gesticulations pouvaient être suffisants pour mettre un terme à ce qui aurait pu devenir un affrontement. Tout ceci pour dire que le fait de hausser la parole, ou pire de crier, chez beaucoup d’homme est suffisant pour que se déclenche le mécanisme de la violence. Certains hommes ne tolèrent aucunement qu’on élève la parole, parce qu’ils perdent le contrôle, et ils frappent ou étranglent, pour que cela cesse, d’autres s’écraseront complètement. Certaines femmes n’ont jamais apprises de leur mère, parce qu’elles ont montré le mauvais exemple envers leur père, que c’est risqué de crier (10 secondes, ça va, mais une demi-heure, ça finit immanquablement par un coup). Quelques-uns d’entre nous, avons été témoin de scènes où la femme crie comme une folle, et puis après pleure, si elle se calme, sinon par peur ou par stupidité, après avoir reçu un coup ou avoir été secoué, en remet, et hurle au secours. S’ensuit encore plus de violence, soit un escalade. Beaucoup d’hommes vont regretter évidemment, mais il en demeure pas moins qu’il ont perdu la tête. Et que sans cri, il y a beaucoup de chance que la violence ne se manifeste pas. Évidemment, il y a des débiles qui frappent sans raison. Et il y a des femmes qui pardonnent en espérant que cela ne se reproduisent plus. Tout cela pour dire, pas de haussement de voix, pas d’insulte criée, souvent pas de violence. Il est évident que dans presque toute femme demeure une petite crainte que l’homme aimant puisse soudainement éclater, d’où les étreintes qui sont constament demandées pour prouver que cette force sera toujours dominée et en repos. Plus on multiplie les touchés et les étreintes, plus il deviendra impossible que l’agressivité se manifeste. Chez les Bonobos, les primates, en tout point, les plus près du comportement humain, à chaque manifestation d’agressivité, s’ensuit, épouillage, frottement, flattement, caresse et copulation. Chez les hommes les plus masculins, dans le mauvais sens du terme, trop rationnels ou raisonnés, peu démonstratifs au niveau des sentiments, peu portés à parler de ce qui trouble, des problèmes ect., il faut un certain apprentissage pour saisir, comprendre et détecter les signes, les manifestations d’une femme qui demande plus d’affection et des paroles douces et tendres. C’est probablement une minorité et c’est une chance. Ce qui fait que les hommes sont beaucoup moins doués pour l’amour. Dans les films de Rhomer, fictions documentaires, où il n’y a aucune action, peu d’intrigue, presque pas de scénario, au sens d’une histoire racontée, les filles et les femmes sont toujours beaucoup plus à l’aise avec leurs sentiments, car elles savent ce qu’elles veulent et ont une idée assez précise et exacte de l’amour, et ce, dès leurs jeunes aĝes. Elles parlent beaucoup. Elles en parlent beaucoup de l’amour. Et elles veulent en entendre parler beaucoup. Ce qui nous ramène au point précédant. Entre garçons on s’étonne beaucoup de l’importance de la parole pour les femmes. Dans une relation naissante, il est presque impossible de passer quelques heures sans parler avec certaines filles et même certaines femmes. La question qui revient souvent est : à quoi tu penses. On ne sait pratiquement jamais quoi répondre. La plupart du temps, on brode, on invente des demis-vérités (on ne dit pas la vérité) même si on a rien à cacher. Il me semble que quand on est bien avec quelqu’un, la pensée s’arrête, et on médite, on divague, c’est sans véritable importance. Mais il faut pourtant répondre. Le besoin de parole et la croyance en le fait qu’il suffit de dire je t’aime pour qu’il y ait sentiment s’apparente au étreinte, cela semble être une forme d’insécurité et une manifestation pour exorcicer la possibilité que les sentiments changent brusquement. Bref c’est incompréhensible pour l’homme que l’on disait trop masculin dans le mauvais sens du terme. Ce qui donne lieu à un grave malentendu. Pour les hommes, il semble que ce soit les actes qui priment sur les paroles dans l’amour. Prendre soin de la personne que l’on aime nous apparaît pertinamment suffisant. Dire je t’aime trop souvent nous semble diluer l’amour dans plusieurs paroles trop fréquentes, signe que l’on aime finalement que peu. Ou que l’on a besoin de le dire pour se persuader. À ce niveau la parole pour les femmes semble incantatoire, presque magique. Comme s’il suffisait de le dire pour que le sentiment perdure. Mais pourquoi ce doute envers la parole d’amour de la part des hommes. Pourquoi ce sourire qu’ont certains hommes lorsque la femme, plutôt la petite fille perdu dans ses fantasmes et ses fabulations, son idée, sa conception de l’amour, demande que l’on s’exprime sur ce sujet si vitale. Nous voilà donc enfin rendu à l’enquête.

L’enquête est menée par deux chercheurs. Un homme et une femme. Le plus beau dans cette affaire c’est que l’homme va interroger des fillettes de 8-10-12-14 et 16 ans, si je me souviens bien. La femme en fera autant avec les garçons. Donc ils vont être de véritables observateurs qui vont découvrir des choses que l’on ne savait pas et que l’on ne se doutait pas. J’ai par la suite vérifié avec des amis garçons en les interrogeant et tout a été corroboré. Pour les filles, je le sais pas. Il n’y aura pas que les réponses orales qui seront notées. La voix, les gestes, les yeux qui brillent, etc. Par ailleurs, un siècle plus tôt, Tourgéniev avait écrit un court roman magnifique, Premier amour, dont le sujet était similaire. On aura ainsi notre réponse sur l’attitude des hommes face à l’amour, au blocage et à une imagination plutôt terne.

Je ne créerais pas de suspens. Premier amour le dit en deux mots. Pour le jeune garçon, dont l’âge peut se situer déjà à 8 ans, le premier amour est le bon, parce que sincèrement basé sur le réel. C’est la petite amie, voisine, cousine, écolière avec ses cheveux concrets et sa belle robe. Donc pas de médiation et de représentation. C’est concret et sincère. Pour la petite fille, c’est beaucoup plus compliqué. Elle semble plus mature, et le garçons de son âge, quelque chose comme une occasion de s’amuser et de découvrir des jeux plus masculins. Elle, est déjà ailleurs, beaucoup plus loin. Et il suffit d’arriver à 10, 12 ou 14 ans et le tout s’amplifie. En général, le garçons a plus de difficulté à s’intéresser aux filles plus vieilles que lui. Il ressent une certaine gêne, elles sont manifestement plus intelligentes. La petite fille, elle, peut se voir marier le chanteur d’un groupe de musique populaire. Donc l’irrationalité totale et confuse, rêve de grandeur où elle le suivra et fera le tour du monde avec lui et il aurons beaucoup d’enfants, etc. N’importe quoi. Le pire est que ses rêves se poursuivent et se transforment rapidement. Je ne sais pas si c’est vrai, mais dans certains films il semblerait, même qu’à 30 ou 40 ans, l’idée d’une vie merveilleuse perdure chez la femme. Il me semble que cela débouche sur de possibles éternelles insatisfactions, parce que la vie n’est pas un rêve. Lorsqu’Alberoni posait des questions, évidemment il était surpris, sur le fait que la fillette ou la jeune fille ne pouvait-elle pas aimer un garçon de sa classe ou de son âge, la réponse était bof, ils sont trop ceci ou cela; elles préféraient manifestement un garçon qui serait ceci et elles seraient cela. Beaucoup de fabulations. Par ailleurs, les garçons, tout de même pas trop niais, au fil des entretiens commencent à se rendre compte que pour être avec une fille il faut être ceci, cela : le chanteur, l’acteur, le garagiste du coin, etc. Donc, certains vivent leurs premiers refus, première peine d’amour, le fait qu’ils seront toujours inférieurs, c’est-à-dire qu’ils ne pourront pas rivaliser avec des images fantasmés. Eux qui sont des êtres concrets, avec des défauts, comment arriver avec l’acteur tel que le dépeint la revue pour jeunes adolescentes (on devrait interdire ce type de publication pour les moins de 18 ans, trop onirique). Toujours pas si niaiseux, les garçons comprennent que les femmes aiment les hommes que désire la multitude des autres femmes, mais que cette femme unique, véritable princesse qui sera si extraordinaire que subjugé par sa beauté, la star, le coureur automobile, le politicien, et puis quoi encore, renoncera à toutes les autres pour elle. Jamais personne n’en a parlé, mais c’est assez pathologique. Pendant ce temps-là le garçon qui choisit une personne plus ou moins à sa mesure, ne comprend vraiment plus pour toujours l’imaginaire féminin. Probablement qu’il vit une blessure narscisique, et qu’il risque d’en vivre d’autres. Une chose est certaine, j’ai jamais vu un garçons désirer la fille que tous les autres désirent, parce que dans ce cas elle devient commune, quelconque. S’il desire cette fille particulière là, c’est parce qu’il la trouve vraiment belle (intérieurement, extérieurement). Il ne pousse jamais la démesure de penser qu’entre tous les garçons, madame choisira lui, parce que monsieur se trouve extraordinaire. C’est pourtant sur cela que repose les premiers fantasmes féminin amoureux. Ce que femme veut, Dieu le veut. C’est peut-être sur cela que s’appuie le besoin masculin de multiplier les conquêtes. Et de devoir dire au femme ce qu’elles veulent entendre. N’oublions pas, les meilleurs seront ceux qui auront découvert les formules magiques. Tout ce temps à avoir pâti, les hommes se disent, amusons-nous. Pour ce qui en est de leurs fameux amours féminins, continuons à sourire. N’oublions pas que les femmes supposément, aiment vraiment les hommes. Quand leur rêve ne fonctionne plus, elles en veulent à mourir à l’homme de les avoir duper. De tout, un soir, il devient rien, le lendemain matin. Mais c’est pas toujours le cas. On a tous dans notre entourage, ou nous-même, vu ou eu une relation qui n’était pas basé sur l’image ou l’amour de l’amour. Ce qui nous permet de comprendre le besoin de parole. Le garçons, jeune, se proposait comme être concrêt, donc ses actes réelles témoignent de son amour. La fille elle veut ce faire dire que si toutes les femmes seraient à nos pieds, c’est tout de même elle que l’on choisirai. D’où le fameux : je t’aime, mon amour. Parole magique. Que les hommes ont tant de difficulté à dire, parce que c’est évident que l’on peut aimer plusieurs femmes. Il y a en tellement d’aimable et belle; on peu de modestie.

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Pour ce qui en est d’une certaine littérature féministe, ce n’est pas des blagues, cela existe, leur compréhension de la problématique homme vs femme est si débile qu’on se dit que quand l’intelligence est passé elles étaient au petit coin. Elles ne comprennent pas le principe du raisonnement. Ce n’est pas parce que x hommes tuent des femmes que les exceptions infirment la règle, la norme générale (les hommes ont appris, par l’éducation à maîtriser leur agressivité). Dans ce cas-ci, il faut l’observation qui dit qu’une bonne éducation sera capable de réfréner l’explosion de violence, l’hyper-possession. Mais que disent ces féministes égarées dans un domaine qu’elle ne maîtrise manifestement pas.

Elles disent ceci : que les hommes sont incapables de relation dans lesquelles ils n’auraient pas le plein contrôle absolu, bref la domination pure. La preuve? Les millénaires d’histoire le prouvent. Un peu rapide comme preuve. Réduire tout ce temps en une phrase. Il faut une carrière complète dans une période de l’histoire pour la maîtriser. Mais on peut contourner ce problème. Il sufit de lire Orgueil et préjugé, écrit par une femme, à l’époque victorienne pour se rendre compte qu’il y a toujours eu des pères qui avaient assez d’affection pour souhaiter un mariage à leurs filles, remplis de bonheur, d’amour et de liberté. Mais la société et ses règles étant ce qu’ils sont, il s’avérait souvent que le moindre mal était un mariage de raison et d’intérêt. Par ailleurs, il faut voir les films des grands cinéastes arabes pour comprendre que ces hommes aiment leurs enfants assez souvent. Même d’une façon qui nous surprend. Le problème est que la jeune fille ne peut pas se permettre d’être infidèle, parce qu’elle va devoir revenir au père et redevenir une bouche à nourrir. Ces pays n’ont pas d’assistance sociale, ni de pension de vieillesse dans plusieurs cas. Les moyens financiers sont donc très limités. L’Occident connaît très mal la situation de ces peuples. Il faut commencer par voir les films, comme ceux de Makmalbaf. Sa fille a commencé à en faire aussi. Donc pour la censure on repassera. Nous aussi nous avons nos formes de censure. Elles sont différentes.

Pour ce qui des hommes qui sont incapables de relations sans contrôle, oui c’était vrai, d’une certaine façon avant. Mais il y avait des circonstances qu’il faut faire l’effort de comprendre. Nous vivons dans un monde réel avec des modalités, donc observons. Si un homme peut avoir deux relations avec deux femmes différentes, sans argent, sans pouvoir, sans célébrité, on l’a déjà mentionné, c’est qu’il est doué ou extrêment chanceux ou il sait parler et se mettre en valeur. Une jeune femme sort de chez, elle va au café, 15 minutes plus tard, elles retournent chez elle accompagnée. 1 heure plus tard elle resort, recommence le même manège. Ceci sans argent, sans renommé etc. Elle peut recommencer dix fois dans la journée. Avec les femmes on ne lutte pas à arme égale. Primitifs, antiques ou orientaux, pas plus fous que nous, le savaient. Peut-être que la femme ne le fera pas, mais dans le doute s’abstenir. Ce qui veut dire contrôle de sa sexualité. Les hommes ne sont pas si possessifs, mais dans des civilisations de relative indigeance personne ne peut se permettre de nourrir un bâtard. Il faut de l’amour et de l’affection pour cela. Le travail est si pénible qu’il faut une raison transcendante plus élevée que le fait que madame a eu une envie irrépressible. Donc pas nécessairement de contrôle et de possession. Du moins, je pense pas. (Chez les Esquimaux ou les Lapons, là où la femme est aussi essentielle que l’homme sinon plus (elle confectionne les vêtements) l’homme à un très grand respect pour elle. Si elle décide d’être extraconjugale, pas de panique, c’est toléré, monsieur va prendre une marche. Entre nourrir une bouche de plus qui ne vient pas de lui, et en faire une scène, il préfère ne pas mourir de froid à la chasse) C’est drôle comme les choses sont plus triviales qu’on le pense.

Le fait de tenir en laisse les désirs sexuels de la femme pour autrui, c’est ce qu’on appelle la peur de la femme. Oui les hommes ont peur. Certaines insensées, parleront de la jalousie de l’homme de ne pouvoir procréer. Les hommes ont assez créé. George Sand était bonne, talentueuse, mais elle avait une relation avec le compositeur Chopin, qu’elle traitait d’une drôle de façon. Elle aurait du avoir un peu plus de respect, c’était quand même lui le génie, même s’il a un peu plagié Weber. À moins que ce soit un esprit musical dans l’air du temps. Oui, Simone Weil était bonne, mais ça reste, sans commune mesure avec ce qui c’est fait de mieux. Rosa Luxembourg est vraiment ma préférée. Une intelligence hors du commun. Si on est sincère et on sait ce que l’on vaut, on doit ce dire que l’on ne pourra jamais espérer s’en rapprocher. Doublé d’une force de caractère du tonnerre. Une vie exemplaire. Mais bon! Pas de Marx, pas d’Engels, pas de Luxembourg, pas de Lénine. Et dire qu’il y a des petits néo-libéraux qui calomnient Marx et qui ne l’on pas lu, sous prétexte que l’U.R.S.S. s’est effondré. Quelle ignorance. Keynes n’était pas d’accord avec Marx, mais disons qu’il y avait un immense respect. Et les politiques keynésiennes ont été d’une grande sagesse et justesse pendant 50 ans. Et évidemment, il y a des petits pédants qui ridiculisent Keynes. Ont-ils des solutions? Oui. Que tous travaillent, mais que personnes versent d’impôts. Pas d’impôts, pas de Nietzsche, pas de Holderlin, pas de Marx, pas de Artaud, pas de Luxembourg…pas de Platon, d’Aristote. Aucun ne se levait en se disant pendant les 5 prochains jours, je vais faire tant d’heures et je pourrais vivre, économiser et m’acheter telle chose qui me fera un grand plaisir. Par contre, ils étaient pauvres, n’avaient que le nécessaire, mais, certains travaillaient une centaine d’heures par semaine et plus. Ceux qui travaillaient 100 heures par semaine n’auraient pas échangé leur vie contre ceux qui en travailaient 40 ou 50. Et vice versa. Donc tout le monde est heureux ainsi et chacun est indispensable. Ce qui fait que la solution de ne pas payer d’impôt, d’éliminer les aides et subventions, nous rendrait sûrement plus efficace, mais peut-être plus insignifiant au regard de l’histoire.

Autrement dit, les femmes ont beaucoup de choses à créer, d’oeuvres fabuleuses à écrire, à peindre, mais malheureusement comme tout le monde, on est tard venu. L’essentielle à pas mal été fait. Quelqu’un de très important le disait déjà à la fin du 19ième siècle. On doit l’accepter et tenter d’apporter nos petites contributions. Concluons.

Cette peur insensée de la femme était infondée. Et l’amour à été l’astuce de la raison pour faire en sorte que de l’abscence de liberté sexuelle féminine à son émancipation rien de catastrophique ne se produise, et il y a eu aussi l’invention de moyens de contraception, donc pas de bâtard ramené à la maison, plus de problème, théoriquement. Une fois à égalité l’homme et la femme sont capables de conclure une entente gagnant/gangante, sans contrôle de l’une sur l’autre. Ce qui est un véritable progrès. Ainsi le féminisme à presque plus sa raison d’être, sinon pour inciter le couple à persévérer, à ne pas se séparer trop tôt pour le bien de l’enfant et il y a aussi la prise de conscience du partage des tâches.




17 02 2010

Le petit despote qui s’ignore

En ce qui concerne les animateurs d’un certain créneau radiophonique, il serait peut-être judicieux de tenter de dresser un profil psychologique un tant soit peu simpliste*, puisque ces animateurs ont un haut degré de parenté et de similitude les uns avec les autres. En connaître un, c’est les connaître tous, puisque leurs discours sont semblables.

Identifions d’abord certaines de leurs attitudes et façons de penser : raisonnements boiteux ou presque inexistants, préjugés, conclusions sans argumentation étayée, etc. Tout d'abord, il semble que ces animateurs méconnaissent les règles de la communication radiophonique ou ne les respectent pas, intentionnellement ou inconsciemment. Il est évident que cela peut dénoter un irrespect pour les règles, les normes et la discipline, ce qui est paradoxal, car le type de l’animateur délinquant rejette la discipline, mais voudrait instaurer ses règles et la discipline pour les autres membres de la société. J’appellerai cela le complexe du petit dictateur manqué. Donnons l’exemple d’un animateur de radio complexé (complexe d’infériorité qui se transmute en sentiment de supériorité). Dans quelle activité susceptible d’inspirer la reconnaissance et le prestige tenta-t-il d’exercer son pouvoir noblement ? La politique, évidemment. Il y arrivera avec un plan arrêté, sorte de schéma pervers qui le mènerait dans les cercles du pouvoir dans lesquels il occuperait naturellement la première place. Ce type de personne ne se gêne pas pour exprimer sa haine/envie face à la politique décisionnelle et les politiciens, parce qu’à une certaine époque, où il faisait montre d’ambitions politiques, il avait subi une lamentable échec. À notre connaissance deux de ces animateurs déchus en fin de carrière, souvent rappelés à l’ordre, ont fait le saut en politique, avec plus ou moins de succès, considérant que peu de partis désiraient leurs services. Cette envie irrépressible du pouvoir confirme leurs tendances mégalomaniaques vis-à-vis le pouvoir et la frustration de ne pas être célèbre. Autre confirmation, trois autres animateurs s’évertuaient à salir des gens, des artistes, qui ont eu une ascension vers la célébrité plus rapide et plus haute que la leur. Leur réflexe était de dire en onde : " Mais c’est qui, elle ? Une inconnue ". Si l’on décode, cela veut dire : " Je ne suis pas encore au sommet et puis elle, elle y accède d’une manière instantanée. ". Par contre, ces hommes qui aiment le sport viril ne veulent pas que l’on touche aux vedettes puériles qu’ils encensent. Donc, ils veulent imposer leurs goûts et méprisent les choix et goûts d’autrui.

Considérant qu’en politique l’on retrouve plus de démagogues populistes à droite qu’à gauche, c’est manifestement de ce côté qu’ils penchent dangereusement, de même que leurs auditoires sous scolarisés la plupart du temps. Notons que le résultat de ce manque de scolarisation se manifeste dans le besoin intempestif de se faire une opinion par animateurs interposés. Leur attirance vers la droite s’explique, elle, par un mélange "d’incompassion " envers les gens qui ne réussissent pas à s’intégrer au travail, ou qui ne le veulent pas, et une haine maladive envers la marginalité, puisqu’elle leur rappelle qu’il existe des gens plus libres qu’eux. Ce qui les déchaîne furieusement dans leur pseudo analyse ratée de la société dans laquelle ils vivent et dans celles auxquelles ils n’ont pas accès.

On pourrait terminer en soulignant le fait que ce qu’ils appellent les opinions et LEURS opinions n’en sont aucunement. C’est bien plutôt à un réservoir intarissable de préjugés et de mauvaise foi qu’ils puisent. Pour ce qui en est des idées, et ce qu’ils appellent fièrement et pompeusement un débat d’idées, ils n’ont aucune connaissance de la chose puisqu’ils ont de la difficulté avec le raisonnement et les règles que l’on se doit de respecter pour faire avancer un dialogue dit constructif. Malheureusement, ils sont aux prises avec un inconscient manifestement sous analysé, non sublimable et dévastateur pour leur compréhension du monde, des hommes, de la société et aussi des sentiments. Ce qui fait d’eux des êtres profondément pénibles et tragiquement manipulés par leurs démons intérieurs.

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* Bien sûr, tout ceci est de la psychologie de bas étage, mais avec eux, comme ils ne se situent pas sur les hauteurs de l’espèce humaine, on peut, dans un premier temps, s’en tenir à ce type de jugements et d’analyse grossière.




15 02 2010

"La philosophie n’a pas toujours dit la même chose, certes, mais elle parle toujours de la même chose : de la réalité et de la connaissance que nous pouvons en avoir ; du sens de notre existence et de la manière dont nous pouvons la conduire."




L’envie et la gratitude

14 02 2010

 

"Mélanie Klein (1882-1960) a commencé sa formation de psychanalyste à Budapest sous la direction de Sandor Ferenczi, puis à Berlin où elle est fortement influencée par les idées de Karl Abraham. Mais c’est à Londre où elle s’installe à partir de 1926, sur invitation d’Ernest Jones qui fut un des premiers à reconnaître son génie, que se déploie toute son activité de clinicienne, de théoricienne et de chef d’école. Elle fut d’abord célèbre pour son œuvre de pionnière dans le domaine de la psychanalye des enfants où elle s’oppose aux vues d’Anna Freud. Mais, progressivement, son exploration des fantasmes et des mécanismes mentaux les plus archaïques l’amène à élaborer une conception de l’inconscient absolument originale."

Psychothérapie analytique versus thérapie comportementale et cognitive

D’entré de jeu, distinguons ces deux grands courants en psychothérapie. Le plus efficace, comportemental et cognitif, ne pose pas la question, et ne tente pas d’y répondre, de savoir le pourquoi je suis ainsi; donc, très peu d’analyse. Par contre, il tentera de modifier les attitudes, les comportements et les modes de pensée. Selon la théorie, il faudra "se confronter à ce que l’on redoute ou à ce qui nous est difficile"; y répondre, en faisant de petits pas. Ce qui est très efficace si le patient, qui est plutôt un intervenant actif, collabore.

Pour l’analyse c’est une toute autre chose. "Le principe d’une psychothérapie analytique est que comprendre et revivre, au travers de la thérapie, des éléments de (notre) passé, ce qui va permettre de (nous) débarrasser de ses difficultés, qui représentent des formes de blocage sur une époque donnée de (notre) vie. Ces bloquages sont à l’origine de compulsions de répétition, autrement dit d’une inexorable tendance à rejouer une difficulté non réglée de (notre) enfance.

Les objectifs de ces thérapies sont principalement d’aider le patient à prendre conscience de certaines significations cachées de ses difficultés et, au fond, d’acquérir une plus grande lucidité sur lui-même (…), (et permettre) de comprendre et de revivre des relations nouées avec les personnes importantes de son enfance, sources des difficultés dans les relations de la vie adulte." (André et Lelord)

Le degrés de scientificité de la psychanalyse

Disons, en premier lieu, que cette science n’en est pas une expérimentale. Elle est plutôt expériencielle, basée sur les connaissances que l’on peut mettre en forme à partir de l’expérience de la clinique, dans laquelle le patient fait par des anecdotes et événements déterminants de son enfance, de ses rêves et de la façon dont il doit affonter la vie, une rétrospective signifiante. Pour qu’une science soit, d’une certaine manière expérimentale, il faut dans la collecte des données, dans la mesure du possible, éviter d’interférer le plus possible. Avec la naissance de la psychanalyse, avec Freud, à ce propos, il y a un problème de biais et d’interférence. Il est admis, aujourd’hui, que, dans le récit de l’histoire de ses premières patientes, Freud y ajoutait des détails imaginaires pour que les faits corroborent son interprétation et sa construction théorique. Ce qui rend l’ensemble un peu fragile. Mais il y a plus. Avec le temps, on en est venu à douter de l’importance de certaines considérations. Énumérons-en quelques unes. Commençons par les plus faciles à réfuter : les lapsus et les actes manqués. On peut très bien dire sexe au lieu de sac ou cul au lieu de cou. Mais j’ai remarqué que bien souvent cela relève d’une fatigue mentale, en fin de journée, ou après avoir bu quelques verres d’alcool. On est bien loin d’une quelconque interférence inconsciente. Pour les actes manqués, cela est encore plus évident. Oublier son parapluie conoterait un désir sexuel! Très étrange. Passons aux rêves. Freud n’a pas tout inventé ce qui se trouve dans L’interprétation des rêves. Un inconnu avait défriché le terrain, quelques décennies auparavant, dans un ouvrage presque disparu. Le problème avec la psychanalyse c’est cette tendance à absolutiser des événements, des comportements, des situations. Interpréter tous les rêves est une erreur en soi. Il y a peut-être 20 pour cent des rêves qui s’y prête. Une digestion difficile de certaines nourritures entraîne parfois des scénarii délirant. Dans certains autres cas l’histoire nocturne vient compléter et corriger les événements de la journée. Et il est admis que le rêve sert à consolider la mémoire des événements et de ce que l’on a appris durant la journée, en lien avec la mémoire à court terme et celle à long terme. Finalement, il y a aussi l’envie du pénis, l’envie du sein maternel, bon ou mauvais premier objet et le traumatisme de la naissance. Il en ressort que pour apprécier et pratiquer la psychanalyse, il faut un certain dégré de croyance envers le corpus et les concepts proposés pour l’explication de la psyché humaine. Il faut dire qu’au tout début de la psychanalyse, il y a eu une forme d’enthousiasme religieux, adulatif, envers le père fondateur. Père, c’est le cas de le dire. Durant les premières années de notre vie, on est très peu critique à propos de notre géniteur. Et dans le développement de la théorie psychanalytique les lecteurs n’ont pas été toujours assez critiques.

L’inconscient

La question de l’inconscient est vraiment la plus délicate. Pour la psychiatrie il existe aucun souvenir avant les deux premières années de la vie. C’est justement ici que va se jouer le concept d’inconscient. En analyse, l’analyste rapporte que des patients peuvent revoir survenir des épisodes de cette période nébuleuse; comme le fait, théoriquement, Mélanie Klein en parlant du sein comme "pouvoir" de création, qui se retrouvera envier, plus tard. Il semblerait qu’au moment où l’inconscient se forme (peut-être 2 ans), il n’y a plus de sein maternelle; ce qui est problématique pour cette idée de bon ou mauvais objet : le sein.

L’inconscient se définissant en opposition au conscient, il faudrait peut-être attendre que la conscience puisse bénéficier de la stabilité et de la durée du moi, grâce à une mémoire enfin constituée, pour parler des effets de l’inconscience. Par contre, à partir d’un peu plus de 2 ans tout devient possible dans l’interprétation. "Les acquisitions théoriques suite à l'analyse de Rita (de 2 ans et 9 mois à 3 ans) sont nombreuses et importantes telles que: présence précoce d'un surmoi sévère; vaste variété de fantasmes sadiques anaux et urétraux; de même qu'un aperçu sur l'Oedipe féminin. Après coup, Melanie Klein y puisera les germes de sa théorisation personnelle, utilisant le matériel de ces premières analyses pour construire, à compter de 1934, son propre système. Sur le plan technique, l'analyse de Rita amène l'éclosion de nouvelles idées"

Envie, jalousie / gratitude et amour

Avant d’entrer brièvement dans l’essai Envie et gratitude, disons quelque chose d’important. Pour Mélanie Klein, "la fonction première et prédominante du moi est d’affronter l’angoisse". Et l’angoisse, à l’âge adulte, peut devenir envahissante. Mais il faut dire que certaine substance comme le canabis, à trop forte contenance, va produire un "mauvais voyage (trip)", qui, s’il se répète trop souvent, va entraîner anxiété et angoisse pour le restant de la vie. Seulement des molécules chimiques vont pouvoir prévenir ou engourdir le mal. Une psychothérapie peut aussi être recomandée.

Mais revenons à notre auteur. L’angoisse survient donc très tôt dans l’enfance. "Il est clair (mais le fait reste à être vérifié) que s'il était possible d'entreprendre une analyse de l'enfant au moment des frayeurs nocturnes, ou peu de temps après, et d'apaiser l'angoisse, c'est les racines mêmes de la névrose qui seraient extraites et les possibilités de sublimation libérée. Or, mes observations personnelles me portent à croire que l'investigation psychanalytique n'est pas impossible à cet âge." "Si, comme je le soutiens, le moi entre en activité dès la naissance (ce qui est impossible à prouver), c’est parce qu’il existe une angoisse primordiale, engendrée par la menace, au-dedans, de l’instinct de mort." Pour ma part, je ne crois pas qu’il existe un tel instinct. Peut-être que pour faire cesser la détresse psychologique ou la douleur nous ressentons des pulsions de mort, mais tout cela est hautement spéculatif et schématique.

Par contre, si on revient à l’enfant de 2 ou 3 ans, "nous retrouvons l'idée maîtresse que c'est sous l'action des pulsions destructrices déclenchées lors du sevrage que l'enfant se détourne de la mère pour se porter vers le père". Ce qui semble assez vraisemblable.

Ce qui suit est encore plus intéressant et semble plus juste. Mélanie Klein y atteint un grand degré de compréhension. "La grande acquisition de 1928 concerne le rôle du "besoin de savoir" dans les attaques sadiques dirigées contre les parents. Ainsi, tout le développement cognitif de l'enfant allait se centrer sur la scène originaire ou, ce qui lui est antérieur, le fantasme des parents combinés. Les questions sur l'origine des enfants et sur la nature des rapports entre les parents sont au cœur du désir de savoir de l'enfant. La frustration de l'enfant devant cette "chose" qu'il ne peut comprendre l'amène à diriger ses attaques sadiques sur le couple parental combiné.

La psychose serait ainsi le fait d'une incapacité de l'enfant d'établir une distinction entre l'objet d'origine (le ventre de la mère) qui est visé par le sadisme, et les autres objets de la réalité, provoquant le retrait défensif de l'investissement."

Tout ceci nous ramène à l’envie qui peut aussi se manifester sous la forme de la jalousie. Le retrait défensif de l’investissement amène l’enfant à percevoir la mère comme un mauvais objet. Il s’en suit de l’amertume et du ressentiment envers la vie en général, parce que nos premières relations n’ont pas été saines et concluantes. Donc plutôt que d’avoir une saine gratitude et de l’amour, nous nous retrouvons avec de l’envie. Et saisir tout ce mécanisme, et en prendre conscience, devrait nous guérir, en parti.




12 02 2010

Un stratège américain avait prédit, au début des années 90, qu'il y aurait des satellites à micro-ondes dans une décennie qui pourraient provoquer des catastrophes climatiques. Il semble que ce serait maintenant le cas.

 

http://www.voltairenet.org/article163625.html

 

http://www.voltairenet.org/article163692.html




L’Orient et l’Occident

18 01 2010

 

Penser par soi-même est un idéal à poursuivre. C’est un idéal, parce que je ne suis pas si sûr que l’on puisse finir par y arriver, un jour, complètement. Pour être plus précis, disons que certains jours on y arrive sûrement. À d’autres moments, dans d’autres domaines, sous d’autres contextes, par contre, on est soit crédule ou soit on est obligé de faire confiance à celui qui semble avoir une meilleure connaissance sur les sujets qui nous échappent, et avec un peu de chance ce sera bénéfique, puisque notre ou nos sources sont bien documentés, factuelles et honnête. Par contre, si ce n’est pas le cas, cela peut être désastreux, si on n’opère pas la tâche de vérifier par la suite par nous-mêmes ce qui nous a été dit, ce que nous avons lu. Il nous faut donc une méthode comme dirait Descartes.

Bien sûr, je ne parle pas des ouvrages techniques ou scientifiques qui contiennent relativement que très peu d’erreurs (ce qu’on appelle les manuelles, qui ont été vérifiées à plusieurs reprises, par plusieurs personnes compétantes, et, au mieux, par des comités). Non, ce qui pose problème, c’est ce qui n’est pas quantifiable, expérimental. On dit dans ce cas que c’est expérientiel. Et ce qui est expérientiel est vraiment large. Ce sont les contes, les nouvelles, les romans, les maximes, les pensées, les réflexions, les opinions, certains poèmes, les proverbes, les mythes, les philosophies… Tout ceci nous propose une forme de connaissance, de vérité, que l’on apprend par la riche expérience, mais qui a su se résumer en des formules concluantes, déterminantes et qui font sens dans l’existence humaine. Jusqu’ici aucun problème. Certains ouvrages feront de l’effet sur certaines personnes, et sur d’autres, non. Ce qui est presque sûr, c’est que ce qui a traversé le temps risque de contenir de très grandes qualités. De devenir quasiment immortel. Dis autrement, une œuvre, un ouvrage, une réflexion, une découverte, a cette qualité lorsqu’elle demeure actualisable et comme d’une certaine façon contemporaine. Mais est-ce que ce qui a traversé le temps constitue un gage, nécessairement, d’un assez au degré de véracité? Oui, la plupart du temps. Mais… Mais il faut que ce ne soit pas dogmatique. Autrement dit, une pensée, un mythe, une religion, une philosophie… peuvent contenir un dogme, des dogmes où être entièrement dogmatique. Ce qu’il faut, c’est les reconnaître ou le reconnaître, quand c’est globalement. Car dans le cas d’une religion, le dogme n’est pas à prendre au pied de la lettre. Certains diront qu’il faut le prendre au second degré. Pour une philosophie dite dogmatique, le système doit nous inspirer le doute, même qu’il ne faut pas trop y adhérer, malgré qu’elle renferme de nombreux passages d’une grande exactitude et d’abondantes vérités.

La première fois où j’ai eu l’impression d’enfin comprendre quelque chose qui allait s’avérer déterminant et précieux, c’est lorsque j’ai saisi ceci : "Là où commence la croyance cesse la connaissance, là où commence la connaissance cesse la croyance". C’est très radical. Mais c’est peut-être là le début de la méthode que l’on cherchait ? Reconnaître que la chose qu’on nous propose est un dogme ou un postulat (principe que l’on demande d’admettre comme vrai sans démonstration), et que si celui-ci tombe, s’avère faux, toute la suite du raisonnement ou de cette vérité s’écroule. Il faut dire que le dogme ne se prétend pas être autre, mais à nous de le reconnaître, d’en prendre conscience, et dans être ainsi d’une certaine façon immunisé. Je le répète certains dogmes renferment de grands savoirs sur l’homme. Là n’est pas le problème, il me semble. Pour ce qui en est des postulats, c’est un peu plus compliqué. Étrangement, ceux qui utilisent les voix de la logique nous mystifient assez souvent avec la mécanique des prémisses. Ce qui fait que l’on se perd à retrouver les postulats. Problème de concentration, de technique et d’analyse. Quand ce n’est pas certaines personnes qui excellent à nous faire passer le postulat comme étant démontré. Certains diront que ce qui n’a pas été démontré, (parce qu’on y prend pas toujours garde), l’a été. D’autres enchaîneront de véritables postulats qui semblent vraisemblables, donc assez fiables, avec d’autres, très douteux, ou on finit par s’y perdre un peu, et le peu dans ce cas est énorme. Que vient faire la croyance et la connaissance dans tout cela? Et bien, si on fait une œuvre très sérieuse de raisonnements correctes et de logique, en mentionnant qu’on ne peut pas questionner les postulats, parce que pour l’instant ce n’est pas encore possible, on a au moins l’honnêteté intellectuelle, même si c’est un peu risqué. Mais la démarche est là, donc la rigueur, et un certain degré de véracité. Pour ce qui est du dogmatisme, comme on en retrouve dans les doctrines orientales, en général, presque chaque phrase nous demande un certain degré d’allégeance. On nous demande de suspendre notre jugement pour nous plonger dans les paroles de sagesse ou de ceux du maître ou du divin, tout le temps de l’exposé, sinon nous ne seront pas réceptifs, ouverts, ect…, et évidemment nous ne comprendrons rien. Donc, le sens critique dans le corpus des grands écrits orientaux et des maîtres en sagesse n’est pas particulièrement bien venu. Je ne conteste pas la valeur de certains propos justes, de fines observations psychologiques que l’on trouve ici et là, au travers de ces écrits mémorables. Mais on m’a indiqué certaines des pages les plus importantes, du moins considérées comme telles par ceux qui si connaissaient, sans contredit, et le résultat est que tout cela m’a demandé d’accorder ma croyance trop souvent. Ce qui devient pénible lorsque l’on croit que là où commence la croyance s’arrête la connaissance.

N’empêche, qu’à tous les jours nous sommes obligés de croire en une foule de choses, pour pouvoir fonctionner. Mais pour penser par soi-même, il est assez souvent conseillé d’éviter de trop croire, de trop abandonner (suspendre) son jugement.

Le moi

Avant de mentionner ce qui semble rendre problématique, voire impossible, un amalgame entre deux grandes cultures, celle de l’Orient hindouiste et celle de l’Occident, une connaissance minimale du fonctionnement du yoga s’impose. Ce qui pourra aider à résoudre des contradictions fréquentes que nous subissons, parce qu’elles se sont introduites à notre insu. Ces contradictions opérant profondément parce que dans ce cas nous nous retrouvons à vouloir une chose et son contraire, sans véritablement en prendre conscience. Donc, de possibles comportements ératiques peuvent apparaître. Mais ceux-ci pourront disparaître quand les véritables aspirations seront reconnues et que l’erreur commise pourra trouver une résolution harmonieuse, grâce à la franchise et à un plus haut degré de lucidité.

Voici ce que l’on dit à propos du yoga :

"Quels sont les dangers du yoga? Est-il particulièrement dangereux pour les peuples d'Occident? On a prétendu que le yoga était bon pour l'Orient, mais qu'il faisait perdre tout équilibre à la mentalité occidentale.

Le yoga n'est pas plus dangereux pour les Occidentaux que pour les Orientaux. Tout dépend de l'esprit dans lequel on s'approche de lui. Le yoga devient dangereux si on l'utilise à des fins personnelles; il n'est pas dangereux, au contraire c'est le salut et la sécurité même, si on vient à lui avec le sentiment de sa sainteté, en se rappelant toujours que le seul but est de trouver le Divin."

Donc si on comprend bien, cela mène à une impasse majeure si on ne sait pas s’en servir. Et c’est ici que l’on a une réponse à la question de la différence entre les deux civilisations. Il ne faut pas utiliser le yoga à des fins personnelles. Ce qui pose un énorme problème, puisque les Occidentaux en viennent, sans le savoir, c’est-à-dire sans véritablement se l’avouer, à cette discipline dans le but d’obtenir ce que l’on appelle la croissance personnelle. Aspiration fondamentale que notre éducation et tous les discours et injonctions nous imposent comme étant le but individuel principal à rechercher. Notons que la société de consommation postule que c’est un haut niveau de confort qui doit être atteint. Au fil du temps, c’est devenu la principale raison qui incite au travail et qui domestique le travailleur, le discipline, lui donne un sens. Pourquoi travailler? Pour obtenir le confort, car sans le confort, il ne peut pas y avoir de croissance personnelle, puisqu’elle requiert un minimum de bien-être pour développer son épanouissement. Ce qui fait que l’avoir et l’être en viennent à se confondre de manière perverse. Désormais, pour être heureux, il faudra que la croissance personnelle s’active, amène avec elle le confort, donc l’avoir, par conséquent être devient avoir. Nous sommes donc pris dans une mécanique, une logique, qui fait agir l’individu en lui faisant croire qu’il recherche l’être, alors qu’il recherche l’avoir : tous les biens potentiels de la société de consommation qui lui font miroiter l’accomplissement par l’accroissement personnel, à travers le confort, qui ne peut être que matériel. Donc un cercle se forme et celui-ci agit à notre insu, le tout provoqué par la société de consommation. Les aspirations s’entremêlent. Bienvenue dans un autre nouveau complexe inconscient, presque impossible a désactivité. Les aspirations semblent saines, mais elles se sont trop bien emmêlées. Pour désactiviter le tout. Surtout ne pas toucher à la philosophie orientale, elle risque d’exacerber le narcissisme puisque la croissance personnelle, raison pour laquelle on fait du yoga, est un puissant agent de centration sur soi-même. Il faut plutôt virer ce besoin, cette injonction de croissance personnelle. Ce qui nous oblige à tenter d’éliminer le confort. Ce qui est problématique pour l’Occidental. Une fois qu’on lui a goûté, celui-ci, nous invite à l’augmenter, sans fin. On est ainsi jamais satisfait de ce que l’on a. Spirale de la consommation. Il faut noter que cette spirale agit bien à notre insu. Mais comment dissocier l’avoir et l’être qui se sont couplés ? En en prenant conscience, premièrement. Mais pour le reste…

On peut donc conclure en disant que nous, Occidentaux, nous devons prioritairement augmenter et développer notre personnalité. Alors que chez les Orientaux, avec quelques nuances près, il faut, dans la mesure du possible, calmer l’ego, voir l’annihiler.




Frankfurt

13 01 2010


Harry G. Frankfurt est l’auteur de 2 petits ouvrages assez intéressants. Le premier, On bullshit ou De l’art de dire des conneries, traite du baratin, de la connerie. Le deuxième, qui se veut être une suite, porte le titre de De la vérité. Il se trouve à constituer un complément au premier. L’auteur mentionne que s’il avait fait une distinction entre le baratineur et le menteur, il n’avait toutefois pas assez traité de la vérité. Il avait, par contre, établi que le menteur, qui dissimule la vérité, à quand même conscience qu’elle existe. Alors que pour le baratineur, qui s’en soucis guère, il s’agit «plutôt (de) séduire par l'accumulation de mots (verbiage)». Pour lui, c’est l’effet qu’il produit qui importe. Du côté de la connerie, le but est de dire des choses à la légère, que l’on ne dirait pas dans d’autres situations, autrement.

Par ailleurs, à la toute fin de l’ouvrage il se demande s’il y a plus de conneries aujourd’hui. Si elle est surtout contemporaine. En un sens, il répond que, oui, il y a plus de baratin en ce moment. Une des premières raisons serait qu’il nous faille avoir des opinions sur tout. Artistes, chroniqueurs d’humeur, étoiles de la musique, etc., tous se doivent de parler sur tout et sur rien. Ce qui devient le fameux bavardage futile incessant. «La production de bullshit, affirme Frankfurt, est donc stimulée «quand les occasions de s'exprimer sur une question donnée l'emportent sur la connaissance de cette question»». Le baratin n'est donc pas originellement un discours sur l'intimité, mais il finit par le devenir «C'est un discours qui n'a de fin que lui-même. Cependant, c'est dans l'étalage de la vie privée sous couvert de sincérité qu'il est le plus manifeste aujourd'hui». C’est comme si on avait l’impression que le Moi, si on lui laissait la chance de discourir sur son intériorité, rencontrerait de grandes vérités. L’injonction à la sincérité-authenticité produit, de fait, de la bullshit.

Et cette merde, on la rencontre dans les revues, les magasines, les journaux et dans les nouvelles émissions réalité. «Le baratineur est par conséquent celui qui reprend à son compte l'idéal de communication de la société médiatique (…)» Bref, nous en sommes constamment entourés.

Nous disions donc que le baratineur se fou de la vérité. En fait, il ne lui accorde pas d’importance parce qu’il ne croit pas qu’il y ait des vérités objectives. Il croit plutôt en sa vérité personnelle. Et cette vérité en est une d’intériorité qui est produite par sa sincérité. Mais tout cela repose sur une croyance. C’est-à-dire que l’on croit que le moi repose sur un substrat qui perdure et conserve son unité, malgré nos variations de nos états de conscience. Frankfurt mentionne ceci : «il est absurde d’imaginer que nous soyons nous-mêmes des êtres définis, et donc susceptibles d’inspirer des descriptions correctes ou incorrectes, si nous nous sommes d’abord montrés incapables de donner une définition précise de tout le reste. En tant qu’êtres conscients, nous n’existons que par rapport aux autres choses, et nous ne pouvons pas nous connaître sans les connaître aussi. En outre, aucune théorie ni aucune expérience ne soutient ce jugement extravagant selon lequel la vérité la plus facile à connaître pour un individu serait la sienne. Les faits qui nous concernent personnellement ne frappent ni par leur solidité ni par leur résistance aux assauts du scepticisme. Chacun sait que notre nature insaisissable, pour ne pas dire chimérique, est beaucoup moins stable que celle des autres choses.»

Par conséquent, la sincérité-authenticité, qu’encourage l’idéal de communication médiatique, c’est de la bullshit, et une forme d’égarement labyrinthique dans les méandres du moi.

 




La nouveauté et l’innovation

12 01 2010

 

À une certaine époque, que l’on appelle les Lumières, (l’Auklarung, en Allemand, qui est un peu différente de la première, dans ses manifestations et dans sa philosophie), on considérait le progrès, comme la chose à atteindre et à poursuivre. Au 19 ième siècle, l’idée perdure, mais avec un certain sentiment d’urgence, puisque les nouvelles découvertes et leurs applications techniques, concrète, font mirroiter bien du confort et de l’agrément.

Ou en sommes-nous aujourd'hui ? Disons que nous en sommes venus à l’urgence de la nouveauté et de l’innovation. Peut être que tout ceci est fort apprécier pour ceux qui en ont accès, mais nous sommes bien obligé de mentionner le caractère artificiel et puéril de tant d’acharnement et du peu de respect envers ce que nous avons et envers le passé et les formes traditionnelles du bien-vivre.




Ce cher citoyen

21 12 2009

 

Avec la possibilité de laisser des commentaires sur les sites des journaux en ligne et la profusion des pages personnelles et des blogues, on découvre un autre regard sur les faits et l’information. Les journalistes, ressentant de la pression par concurrence, usent de mauvaise foi en soutenant que ces nouveaux médiats participatifs et citoyens pêchent par la pauvreté factuelle et l’opinion subjective et partiale. Ce qui est évidemment faux. Si on prend le cas des éditoriaux et des chroniques, le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils sont, eux-mêmes, partisans. Souvent ils ont leurs bêtes noires : Chavez et Cuba. À les entendre, tout serait mauvais dans cette forme de socialisme "autoritaire".

Ainsi, dans les journaux de qualité, "d'un côté, (on retrouve) des enquêtes et reportages de grande qualité; de l'autre, des pages éditoriales tellement partisanes qu'elles tombent trop souvent dans la mauvaise foi la plus flagrante."

Recemment, dans le Nouvel Observateur on pouvait lire l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur la grippe porcine. Sauf qu’à la suite on y retrouvait des commentaires intriguants et pertinants comme celui-ci :"Comment se fait-il que le brevet du vaccin contre la grippe porcine (H1N1) a été déposé en 2007 (bien avant la réapparition du virus disparu depuis la fameuse épidémie de grippe espagnole, en 1918) ?

Par quel hasard le président Sarkozy a-t-il eu l’intuition d’aller signer un contrat d’investissement d’un montant de 100 millions d’euros, le 9 mars 2009, pour la construction d’une usine de fabrication de vaccins contre la grippe? Et devinez où! Au Mexique. Là où justement, le foyer de la pandémie a pris naissance ! Pourquoi, Madame Bachelot (ministre de la santé en France) a-t-elle demandé début février 2009, à un groupe de légistes constitutionnalistes, un mémo sur la question suivante : l’imposition d’un plan de vaccination à toute la population serait-elle illégale et anticonstitutionnelle ? Ce sur quoi les experts l’ont rassurée, invoquant qu’une situation exceptionnelle et qu’un état d’urgence sanitaire justifiait amplement qu’on supprime toutes les libertés individuelles !"

Ces propos sont, certes, "insinuateurs". Il y a des faits, qu’il faut vérifiés. Mais aucun journaliste n’oserait écrire cela, parce qu’il y a matière à poursuite. Et parce qu’aussi tous ces faits sentent la théorie paranoïaque du complot. Complot, que je crois, pour ma part, réel.




Schopenhauer

06 12 2009

 

Dans un écrit sur la sagesse, Schopenhauer utilise la distinction classique entre les biens intérieurs (qui dépendent de nous) et les biens extérieurs (qui ne dépendent pas de nous). Ces derniers, comme la richesse, la célébrité, peuvent nous être enlevés du jour au lendemain. Pour cette raison, on ne doit pas s’appuyer sur eux pour espérer un contentement ou pour être heureux.

"Combien n'en voyons-nous pas, diligents comme des fourmis et occupés du matin au soir à accroître une richesse déjà acquise! Ils ne connaissent rien par delà l'étroit horizon qui renferme les moyens d'y parvenir; leur esprit est vide et par suite inaccessible à toute autre occupation. Les jouissances les plus élevées, les jouissances intellectuelles sont inabordables pour eux; c'est en vain qu'ils cherchent à les remplacer par des jouissances fugitives, sensuelles, promptes, mais coûteuses à acquérir, qu'ils se permettent entre temps. Au terme de leur vie, ils se trouvent avoir comme résultat, quand la fortune leur a été favorable, un gros monceau d'argent devant eux, qu'ils laissent alors à leurs héritiers le soin d'augmenter ou aussi de dissiper. Une pareille existence, bien que menée avec apparence très sérieuse et très importante, est donc (…) insensée (…)."

Plus loin dans le texte, il exploite le thème pascalien du divertissement :

"Ainsi, l'essentiel pour le bonheur de la vie, c'est ce que l'on a en soi-même. C'est uniquement parce que la dose en est d'ordinaire si petite que la plupart de ceux qui sont sortis déjà victorieux de la lutte contre le besoin se sentent au fond tout aussi malheureux que ceux qui sont encore dans la mêlée. Le vide de leur intérieur, l'insipidité de leur intelligence, la pauvreté de leur esprit les poussent à rechercher la compagnie, mais une compagnie composée de leurs pareils, car similis simili gaudet. Alors commence en commun la chasse au passe-temps et à l'amusement, qu'ils cherchent d'abord dans les jouissances sensuelles, dans les plaisirs de toute espèce et finalement dans la débauche. La source de cette funeste dissipation, qui, en un temps souvent incroyablement court, fait dépenser de gros héritages à tant de fils de famille entrés riches dans la vie, n'est autre en vérité que l'ennui résultant de cette pauvreté et de ce vide de l'esprit que nous venons de dépeindre. Un jeune homme ainsi lancé dans le monde, riche en dehors, mais pauvre, en dedans, s'efforce vainement de remplacer la richesse intérieure par l'extérieure; il veut tout recevoir du dehors, semblable à ces vieillards qui cherchent à puiser de nouvelles forces dans l'haleine des jeunes filles. De cette façon, la pauvreté intérieure a fini par amener aussi la pauvreté extérieure."




Keynes

30 11 2009

 

De quelle tendance politico-économique était l’économiste Keynes? Voyons d’abord ce qu’il dit dans Democracy and efficiency.

"La question est de savoir si nous sommes prêts à quitter l’état de laisser-faire du XIXième siècle pour entrer dans une époque de socialisme libéral, c’est-à-dire un système nous permettant d’agir en tant que communauté organisée avec des buts communs, et disposés à promouvoir la justice sociale et économique tout en respectant et protégeant l’individu –sa liberté de choix, sa croyance, son esprit et ses manifestations, son entreprise et sa propriété."

Comme il parle de communauté et de buts communs, on peut dire qu’il est communautariste, avant la lettre. "(…) Le bien commun, le mot communauté (…) rappellent les thèses de cette philosophie politique anglo-saxone nommée "communautarisme" (à ne pas confondre avec l’usage français de ce mot, où il désigne surtout la tendance "séparatiste" des communautés, donc une opposition à la République). Le communautarisme, tel qu’il est défendu par des penseurs américains comme Michael Sandel, Michael Walzer, Charles Taylor, ou encore Amitai Etzioni, se présente avant tout comme une correction apportée aux défauts du libéralisme classique. Alors que le libéralisme classique attache une valeur absolue à la liberté individuelle (qu’elle entend protéger de l’état et de la "tyrannie de la majorité"), les "communautariens" rétorquent que l’individu n’existe que par et à travers la communauté, et que l’individu et la communauté doivent être compris comme des forces complémentaires plutôt que contradictoires.

Par ailleurs, même s’il parle de socialisme libéral, cela ne fait pas de lui un socialiste. Il est donc un libéral dans l’acception que propose le terme Liberal, pour les Américains. C’est-à-dire de centre, un peu à gauche. Que l’on ne doit pas confondre avec le socio-démocrate, qui est de centre-gauche-gauche. Pourquoi il n’est pas si à gauche? Disons que Keynes avait une activité de spéculateur, à la bourse. Même s’il espérait pour l’avenir en l’euthanasie du rentier. Ce qui est un peu contradictoire. Mais cela s’explique quand même. En quoi au juste?

Ce brillant économiste se disait publiciste. Autrement dit, quelqu’un qui réfléchit et qui propage ses idées publiquement dans le but d’interférer sur les politiques gouvernementales. Il lui fallait, pour cela, du temps, et ne pas à avoir à se soucier de gagner sa vie quotidiennement. Ajoutons à cela qu’il avait une conception de l’argent très aristotélicienne : très généreux, il faisait profiter ses amis (le groupe de Bloomsbury) de ses hauts revenus.

C’était donc un libéral qui était somme toute assez cohérent avec lui-même.

En définitive, qu’est-ce qui caractérise le mieux Keynes? Et bien, c’est le passage suivant du livre de Gilles Dostaler :

"L’éthique concerne principalement le comportement de l’individu et s’intéresse à la difinition du bien et aux règles de conduite. Pour le philosophe G.E. Moore et le groupe de Bloomsbury, il s’agit d’atteindre de bons états d’esprit à travers les relations amicales et amoureuses, la contemplation de la beauté et la recherche de la vérité."




Le sentiment de solitude

22 11 2009

 

En 1963, Mélanie Klein écrit un court essai sur la solitude, son dernier, malheureusement trop bref. Les propos qu’elle amène sur ce sujet font d’elle une des plus grandes connaisseurs de la condition humaine. Ce qu’elle dit nous touche profondément et nous rejoint, à condition d’en avoir fait l’expérience et d’y avoir réfléchi. Justement, qu’en est-il de cette solitude?

Premièrement, la solitude est inhérente à la condition humaine. En quelque sorte, on naît seul, on vit seul et on meurt seul. Ce qui est drôlement désespérant vu sous cet angle. La solitude serait aussi la récompense négative qu’engendre un idéal inatteignable. "Cet état de solitude intérieure résulte d’une aspiration universelle à connaître un état interne parfait."

Elle s’explique ainsi en débutant son écrit. "Je me propose de rechercher la source du sentiment de solitude. Je n’entends pas par là la situation objective d’être privé de compagnie. Je parle du sentiment interne de solitude, du sentiment d’être seul, quelles que soient les circonstances réelles : on peut l’éprouver aussi bien au milieu d’amis qu’en étant aimé." Pour ma part, je crois qu’elle exagère un peu ici. Avec une véritable amitié et un amour sincère, il me semble que la solitude s’estompe, parce que nous sommes écoutés et compris; même, que ses personnes chères nous devinent, sans que l’on soit obligé de s’expliquer sur nos motivations, nos désirs, nos aspirations, nos valeurs, et surtout nos idées, lorsque l’on a une riche vie intellectuelle.

S’ensuivent, par la suite, des explications théoriques un peu rébarbatives, dans lesquelles j’entrerai ailleurs, dans un autre texte. Allons plutôt à l’essence même de l’origine du sentiment de solitude.

"L’instauration d’une première relation satisfaisante à la mère (…) cette relation fonde l’expérience vécue la plus complète qui soit –celle d’être compris- et se trouve essentiellement liée au stade préverbal. Aussi gratifiant que puisse être dans la vie le fait d’exprimer ses pensées et ses sentiments à quelqu’un qui vous témoigne de la sympathie, une aspiration insatisfaite demeure : celle d’être compris sans avoir besoin de recourir à la parole, aspiration qui représente, en dernière analyse, la nostalgie de la toute première relation avec la mère. (Finalement), cette nostalgie contribue à l’impression de solitude (…)."




Le sens de la vie

16 11 2009

 

Il nous faut absolument un sens à la vie pour vivre. J’entends par cela un sens ultime. Parce qu’il y a des sens, plusieurs petits sens, car presque tout fait sens chez l’être humain, ce n’est pas tout à fait suffisant. Globalement, l’ensemble des valeurs, qui, pris une à une, crée un sens particulier, doit converger en définitive vers un sens englobant et définitif, qui vient apporter une réponse à la question du pourquoi il faut lutter et vivre. S’il faut lutter pour la paix, pour que justice soit faite, pour que tous aient le minimum pour subsister et se développer harmonieusement, pour changer nos rapports entre homme et femme, ect, il n’en demeure pas moins que, si tout cela est noble et indispensable, ce n’est pas encore suffisant pour donner un sens à la vie. La raison en est que nous ne parviendrons jamais à instaurer la paix, qui est un idéal utopique. Mais il nous faut persévérer. Et, justement, persévérer au nom de quoi, pour quelle raison? Parce qu’il y a fondamentalement un sens à la vie. Malheureusement, ce sens n’est pas rationnel. C’est-à-dire que lorsqu’on est athée, la vie n’a plus aucun sens. Les religions étaient justement ce qui nous indiquait un sens. Leurs messages, l’amour, la béatitude, la vie après la mort, étaient véritablement efficaces et concluants. Mais il nous faut admettre qu’elles s’adressaient à des gens qui n’étaient pas tout à fait matures, qu’ils ne pensaient pas par eux-mêmes. C’était une forme d’infantilisme. Il nous faut donc penser la vie après la foi et la disparition des religions. Plusieurs penseurs ont trouvé des réponses, et c’est avec eux que nous cheminerons.

La disparition du sens

Fin 19ième , un philosophe allemand méconnu, à l’époque, proclame la mort de Dieu. Ce que l’on appellera le nihilisme commence. Ce qui contaminera aussi la littérature russe. On se demande alors, si la vie n’a plus de sens, qu’est-ce qui étanchera notre soif d’absolu? Plus près de nous, Albert Camus mentionne, dans Le mythe de Sisyphe, que la vie est absurde, étant donné qu’elle n’a pas de sens rationnel. Environ à la même époque, le philosophe analytique Moore, de tradition anglo-saxonne, affirmera, que, concernant la morale, on ne peut pas donner une définition rigoureusement rationnelle de ce qu’est le bien. Influencé par l’utilitarisme, il préféra se rabattre sur les activités fondamentales dans la vie des hommes. Justement, quelles sont-elles? Dans l’ordre, ce serait, premièrement, d’aimer une personne, d’amour et d’amitié. Vient ensuite le respect et l’amour des belles choses, aux sens culturels et artistiques. Et, finalement, la recherche de la vérité. Cette dernière vient rejoindre ce que proposait Aristote avec l’activité théorique, la pensée. On en vient donc au même constat : de la difficulté à trouver un sens qui soit rationnel.

La dictature et l’emprise de l’objet

C’est ici qu’entre en ligne de compte le véritable sens de la vie. Soit la joie sans condition. Mais il nous faut tout de même faire une distinction entre la joie et les petites joies. Donnons un exemple. Lorsqu’un ami nous appelle pour nous dire qu’il viendra souper et passer la soirée avec nous, nous passons la journée joyeusement en anticipant les beaux moments que nous allons vivre. Mais notre ami a un imprévu et ne peut plus venir, alors nous ressentons de la déception et une forme de tristesse passagère. Ce qui nous amène à dire que les petites joies dépendent des événements extérieurs. Ce n’est ainsi pas ce que l’on entend par la joie.

Définissons-là par ses opposés, par la négative. Il semble évident que les deux plus grands ennemis de la joi soient la tristesse et l’ennui. Si la tristesse est la plupart du temps passagère, il n’en est rien de l’ennui. Quand plus rien ne nous captive et ne nous intéresse, l’ennui s’installe insidieusement. Sur ce phénomène particulier, il faut lire les pages pénétrantes de Schopenauer dans Le Monde comme volonté et comme représentation. Il dit, en autre, que les prisonniers ne souffrent pas tant de la perte de la liberté, mais que la plupart du temps ils se suicident par ennuis. Il me semble donc que pour s’immuniser de l’ennui il nous faut beaucoup de champ d’intérêt et des activités variées pour combattre l’effet de saturation mentale qu’entraîne sous certaines conditions le cerveau, qui nous amène à devenir blasé.

La joie chez Spinoza

Pour Spinoza, si on veut vivre véritablement, il faut se débarrasser de nos illusions pour être lucide. Et la plus grande de ses illusions, et la plus néfaste, est la croyance en l’immortalité de l’âme. Néfaste, parce qu’elle nous porte à différer notre vie pour un soi-disant avenir meilleur dans un au-delà, où il n’y aurait plus de cruauté et de souffrance : le paradis. Il nous faut donc cesser d’imaginer notre vie.

Mais il existe tout de même deux choses qui sont éternelles. Non pas la matière, évidemment, mais plutôt l’étendue qui contient la matière. Et ensuite la Pensée. Non pas nos pensées, mais la possibilité de la Pensée. Cela implique que lorsque nous pensons correctement, justement et adéquatement nous nous hissons, en quelque sorte dans l’éternité. Et il y a aussi la joie présente qui nous procure un gain ontologique, nous fait exister davantage. Tout ceci fait de Spinoza le philosophe par excellence de l’affirmation.

Pour ce grand penseur, les êtres, et a fortiori, les êtres vivants, par nature, persévèrent dans leur être (conatus), c’est-à-dire augmente leur puissance d’exister. Il en va de soi qu’en évitant la tristesse nous en venons à augmenter notre volonté de puissance. Donc, augmentation de ma puissance d'exister. "L'éthique de Spinoza ne propose rien de moins que de donner accès à une joie éternelle et continuelle de vivre. Comment ? Par la connaissance de soi et de sa relation essentielle avec la nature. En examinant cela, Spinoza fait d'une pierre deux coups, il détruit les préjugés et construit les moyens d'une existence sereine et active. Renoncer à l'illusion n'est pas renoncer à la joie de vivre, si l'on se donne les moyens d'une joie sûre, fondée non sur les vains désirs issus de l'imagination, mais sur le désir essentiel d'exister qui se comprend à la fois rationnellement et intuitivement."

Le but de la philosophie revient nécessairement à établir une éthique du bonheur, en conciliant le déterminisme et la liberté. Ce que proposait, à une certaine époque, le stoïcisme. "La liberté consiste ainsi dans la connaissance des causes de l'action. Plus on connaît le monde, plus on connaît Dieu, par conséquent plus on est joyeux." Il nous faut, pour se faire, utiliser notre entendement (éternel) plutôt que notre imagination qui crée nos passions, qui, elles, peuvent être rationalisées et se transformer en action.

L’Ethique de Spinoza nous propose donc, comme couronnement de notre puissance d’agir, la joie. Et celle-ci vient donner un sens à notre vie.




L’estime de soi (suite)

09 11 2009

 

À côté des grandes énigmes de la vie, il y a les petites énigmes qui peuvent être résolues, si on s’y prend bien. C’est parfois le cas en psychologie. Nul besoin d’entrer dans les grandes théories. Un peu de bon sens suffit. L’exemple suivant va nous en donner une idée.

Il nous est tous arrivé de rencontrer des personnes ordinaires, même banales, sans réel talent, sans qualité hors du commun. Disons, même médiocre. Mais d’une insignifiance et d’une médiocrité qui s’ignore. Ce sont un peu des espèces d’idiots heureux. Fières d’eux-mêmes et satisfaits de leur sort. C’est ici que commence l’énigme : comment peut-on se sentir si bon et bien, et être si peu? L’énigme se poursuit et se corse, si on considère la situation opposée. C’est-à-dire, comment se fait-il que des gens très bien, qui possèdent de grandes qualités, et bien du talent, en viennent-ils à ce trouver mauvais, à être insatisfait? Et le terme est juste. C’est vraiment d’insatisfaction qu’il s’agit. Car, "Ernest Hemingway, prix Nobel de littérature au faîte de sa renommée, déclarait ainsi, peu avant son suicide : "L’important n’est pas ce que j’ai écrit, mais ce que j’aurais pu écrire.""

Pour répondre simplement à cette problématique, il nous faut avoir recours à l’équation de William James (1842-1910). Un des fondateurs de la psychologie moderne scientifique et l’un des tout premiers à avoir abordé la question de l’estime de soi. "Ce médecin et philosophe américain avait été frappé par l’absence de lien direct entre les qualités objectives d’une personne et le degré de satisfaction qu’elle a d’elle-même : "Ainsi, écrit-il, tel homme de moyens extrêmement limités peut être doués d’une suffisance inébranlable, tandis que tel autre, cependant assuré de réussir dans la vie et jouissant de l’estime universelle, sera atteint d’une incurable défiance de ses propres forces.""

La réponse est donc dans cette équation :

estime de soi = succès

                         -----------------

                         prétentions

On comprend ainsi que ce n’est pas l’ampleur de nos réussites, de nos succès qui comptent, mais plutôt le fait qu’ils coïncident avec nos prétentions. Et il en va de soit que des prétentions élevées peuvent constituer un problème pour obtenir et conserver une bonne estime. Résultat : il faut savoir gérer ses aspirations.




Léconomie comportementale

29 10 2009

 

Un des dogmes, sans contredit, de l’économie, le plus biaisé et néfaste, est le laissez-faire, qui repose sur le postulat que l’homme est dans son activité courante un homo oeconomicus (rationnel). Ce qui implique que dans la presque totalité des décisions, l’homme ordinaire saura maximiser ses espérances d’utilité. Ses choix étant supposément constamment judicieux. Mais c’est trop simplificateur, car on ne prend pas en compte la complexité psychologique de l’agent économique. "L’approche classique de la théorie économique consiste à postuler la rationalité des acteurs. Mais la psychologie expérimentale des décisions a généré, depuis les années 1960, un courant d’études, l’économie comportementale, qui montre la pluralité des normes qui guident nos choix." D’autant plus que pour Keynes, même si les décisions prisent sous l’intérêt personnel seraient toujours rationnelles –ce qui n’est pas le cas- "il n'est pas correct de déduire des principes de l'économie que l'intérêt personnel éclairé oeuvre toujours à l'intérêt public." Ceci nous semblant une véritable évidence, on se demande pourquoi tant de gens, qui se prétendent économiste, nous vantent les vertus du laissez-faire. On pourrait même réduire l’économie à deux courants antagonistes : ceux qui font preuvent d’une malhonnêteté intellectuelle sidérante et ceux qui acceptent de réviser les dogmes à la lumière de l’expérimentation et des découvertes en psychologie, qui ont lieu à partir de mise en situation et de jeux pertinents. "Pour Keynes, l'économie est une science morale, fondée sur les anticipations et les états d'âme d'individus qui n'ont rien à voir avec l'agent rationnel des manuels d'économie. La psychologie y joue un rôle fondamental. L'amour de l'argent, moteur du capitalisme, est ainsi "une passion morbide plutôt répugnante, une de ces inclinations à moitié criminelles, à moitié pathologiques, dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies mentales" ".

L’utilité et la maximisation

"L’utilité désigne en économie la valeur qu’un sujet accorde à un bien, et l’espérance d’utilité tient compte de la probabilité pour ce sujet (compte tenu de ce qu’il sait) d’obtenir ce bien. Selon la théorie classique, tout sujet rationnel maximise ses espérances d’utilité." Ce qui est d’une fausseté accablante. On a qu’à penser à tous nos achats qui semblaient, à prime abord, rationnels et justifiés, mais qui s’avèrent être d’une magistrale inutilité, après coup. Les biens de luxe et de divertissement en font évidemment partie. Mais il y a aussi les comportements néfastes, comme faire quelques kilomètres en voiture pour économiser presque rien. Dans tout cela, rien de très rationnel.

"Le grand sujet de préoccupation de l’économie expérimentale est en effet la psychologie de la décision. En 1967, D. Kahneman rencontre A. Tversky, et les deux hommes collaborent étroitement à concevoir et interpréter des expériences qui font état des anomalies de comportement des agents économiques".

Une psychologie des décisions économiques

"Ainsi, les deux chercheurs mettent le doigt sur de nombreux "biais de jugement" courants, qui ne relèvent pas d’un calcul exact, ni de l’application d’un principe de maximisation des profits.

Par exemple, ils montrent, à de nombreuses reprises, que leurs "cobayes" sont de mauvais évaluateurs de probabilités, ou bien encore se laissent influencer par des valeurs saillantes ou des calculs qui ne correspondant pas à des espérances optimales. Ainsi, par exemple, beaucoup de gens vont juger qu’une augmentation de salaire annuel de 1500 dollars associée à une inflation de 5% est préférable à une augmentation de 600 dollars sans inflation (le salaire de départ est de 30000 dollars annuels). Evidemment, c’est le contraire qui est "rationnel". A. Tversky et D. Kahneman font également état des discontinuités qui affectent les jugements humains: si l’on vous propose de tirer à pile ou face la perte de 1000 euros contre un gain de 1050 euros, vous direz non. Mais si l’on met en jeu 10000 euros contre la moitié de la fortune de Bill Gates, alors beaucoup de gens disent oui. Pourtant, le risque existe de perdre beaucoup plus.

Tous ces biais, qui induisent à autant d’anomalies de calcul, D. Kahneman et A. Tversky en ont fait l’expérience, relevant à quel point les décisions ne se passent pas comme le voudrait la bonne économie. Sans les expliquer pour autant, ils ont tenté de les caractériser psychologiquement: ces biais résultent de ce qu’ils appellent des "heuristiques", c’est-à-dire des raisonnements que nous appliquons de manière routinière, aux situations quotidiennes, sans chercher à vérifier leur pertinence. D’autres chercheurs, après eux, s’efforceront de montrer qu’il ne s’agit pas de simples artifices expérimentaux: les biais de jugement (et de comportement) expliquent par exemple que beaucoup de gens se laissent entraîner à contracter des assurances sans véritable intérêt, effectuent des déplacements coûteux sous le prétexte de "faire des économies", et n’arrivent pas à ajuster leurs dépenses à leurs revenus."

Tout cela nous démontre abondemment que la théorie économique n’aurait jamais pu prévoir de telles nuances, et que c’est au contact de l’expérimentation qu’elle peut prétendre être une science. Dans le cas contraire, ce n’est qu’affabulation et préjugés.

Les deux types d’économie vs les deux types d’hommes

Nous avons mentionné qu’il y avait, en gros, deux types d’économie. La première, classique, qui postule toute une série de prémisses invérifiées, qui par la suite deviennent des dogmes biaisés, car ils ne prennent pas en compte nos biais subjectifs qui orientent notre réflexion. La deuxième type d’économie, iconoclaste, qui tente, prioritairement, de pulvériser le corpus, en testant les principes admis par la doctrine idéologique économique, en introduisant une réflexion morale et des données expérimentales psychologiques, est beaucoup plus vraisemblable et opérationnelle.

Incidemment, le premier type classique est défendu et devient la doctrine officielle du type d’homme orgueilleux et égoïste. Celui-ci ne veut pas faire partager le fruit de son travail. Ou, s’il le veut, c’est avec sa famille et ses proches. La société étant un organe trop abstrait, il refuse de lui céder quoi que ce soit. Ce sont en général des personnes qui réussissent bien, qui se trouve facilement des emplois assez rémunérateurs, qui ont souvent aussi eut la chance de choisir le bon métier, la bonne profession, savent vendre leurs compétences et ont une grande capacité à rebondir, d’autant plus qu’elles ont connu peu d’échec. Donc, ces gens ne veulent payer aucun impôt et aucune taxe. Pour eux, c’est du vol. Ils ont aussi l’immaturité à pousser la prétention que l’État ne possède pas le monopôle de la violence légitime (Weber). Autrement dit, ils seraient restés, dans leur développement de l’enfance, bloqué au stade où il nous faut comprendre que l’on ne peut violenter un autre individu, sous peine que la violence légitime de l’adulte doit punir. Par la suite, ils ne comprendront pas que l’État emprisonne légitimement les êtres asociaux, car pour eux ce devrait être plutôt la vengeance et la mort, d’où l’idée de se protéger avec une arme à feu. Ce n’est évidemment pas une question d’intelligence. Prenons le cas de la secte Le Québecois libre, et d’un certain gourou, Martin Masse, brillant, mais avec de grandes failles, puisqu’il considère que l’État soutire par le vol et la violence l’impôt des contribuables. Pour lui l’État à le monopôle de la violence, mais elle n’est pas légitime. Très grosse erreur qui vient complètement toute fausser son argumentation et ses supposées idées. Car il croit qu’il propage des idées sur son site. Malheureusement, les idées demandent un peu plus de maturité et d’honnêteté. Ce sont davantage de très gros préjugés que des notions scientifiques. Que sont les notions au juste? Bien, des propositions qui utilisent le raisonnement logique et qui passent l’épreuve du test. Dans le cas des économistes de droite, leurs divagations sont vraisemblables, sans plus. Et surtout d’une inculture crasse. Manque de sociologie, manque d’anthropologie, manque de psychologie. Bref, d’une ignorance qui s’ignore, mais qui se croit très brillante. Pour terminer sur ces êtres incontestamment contestables, disons qu’ils ont la prétention de s’être créés eux-mêmes, sans l’aide de la société. Et qu’ils ont une forte estime de soi, un peu déplacée.

Le deuxième type d’homme, qui correspond à celui qui teste les dogmes et qui demande des preuves tangibles de ces assertions, est beaucoup plus serein, parce que plus modeste. Il sait ce qu’il doit à la société. Il connaît bien les mécanismes de l’apprentissage : il admet que ce n’est pas lui qui pense en solitaire, mais que ce sont les livres gratuits qui lui ont permis d’avancer, grâce aux prédécesseurs et aux ouvrages phares. Mais ces livres gratuits, il n’aurait pas pu les payer, c’est en ce sens un véritable cadeau de la société, inestimable, qui a plus de valeur que toutes les richesses monétaires du monde. Lui seul aura compris que l’effort que le gouvernement lui demande en retour (une partie de son salaire) n’est que le principe même de la véritable justice. Mais il y a aussi les gens qui ne lisent pas. Mais eux ont tout compris cela instinctivement, parce qu’ils ont des valeurs hautement humaines.




Après l’Empire

09 10 2009

 

Suite à la Deuxième Guerre, l’Amérique commença son règne, qui s’explique par la supériorité de son armée et de ses armes, mais aussi, et surtout, par son ascendance sur les esprits, "par le prestige de ses valeurs, de ses institutions et de sa culture". Mais ce n’est plus autant le cas aujourd’hui. Certes, elle demeure la première armée, mais elle ne réussit pas à s’imposer dans les opérations terrestres. Pour ce qui en est de ses institutions, elles semblent s’être transformées en une parodie de la démocratie. Et sa culture, son cinéma, surtout, trop violent, avec des thèmes souvent morbides, produit trop de films sans réel intérêt.

Mais ce qui nous intéresse ici, avec l’ouvrage d’Emmanuel Todd, c’est l’attitude souvent incompréhensible des États-Unis envers des pays peu menaçants et pacifiques. "La Russie, la Chine et l’Iran, trois nations dont la priorité absolue est le développement économique, n’ont plus qu’une préoccupation stratégique : résister aux provocations de l’Amérique, ne rien faire; mieux en un renversement qui aurait paru inconcevable il y a dix ans, militer pour la stabilité et l’ordre du monde." Parmi ces trois pays, la priorité semble être l’Iran, étant donné ses assez faibles capacités à se défendre devant des armes technologiques. Pour la Russie, qui va redevenir une grande puissance, et la Chine, qui augmente son arsenal de manière non négligente, le problème est beaucoup plus complexe et délicat. Pour l’instant, l’objectif paraît être d’instrumentaliser les foyers de tension au Proche-Orient. "Tout se passe comme si les Etats-Unis recherchaient, pour une raison obscure, le maintient d’un certain niveau de tension internationale, une situation de guerre limitée mais endémique." À long terme, par contre, le véritable défit américain sera, selon un géopoliticien, de retarder que le centre du monde passe en Eurasie unifié. Donc l’Europe, la Russie et ses anciennes républiques, ainsi que la Chine. Pour nous aider à comprendre les enjeux du 21ième siècle, il nous faudrait consulter Paul Kennedy et Robert Gilpin pour la dimension économique, Samuel Huntington pour la dimension culturelle et religieuse et Zbigniew Brzezinski ou Henry Kissinger pour ce qui a trait à la diplomatie et au côté militaire.

Il nous faut en quelque sorte tenter de découvrir pourquoi l’Amérique est devenue si malveillante, hypocrite et unilatérale. On pourrait penser que c’est parce qu’elle est une incarnation du mal et qu’elle doit contrôler les ressources qui vont finir par devenir rares. Ressources dont elle a besoin pour assouvir son énorme appétit de consommation. C’est en partie vrai, mais je crois qu’il faut plutôt insister sur la dimention psychologique de l’attitude américaine. "Une trajectoire (américaine) stratégique erratique et agressive, bref la démarche d’ivrogne de la superpuissance solitaire, ne peut être expliquée de façon satisfaisante que par la mise à nu de contradictions non résolues ou insolubles, et des sentiments d’insuffisance et de peur qui en découlent."

La fin de l’histoire

Francis Fukuyama reprend dans La fin de l’histoire et le dernier homme la thèse de Hegel selon laquelle la Raison se serait incarnée dans les institutions et dans le mode de fonctionnement des individus pour faire en sorte que le développement de l’histoire serait achevé et définitif. "L’histoire aurait un sens et son point d’aboutissement serait l’universalisation de la démocratie libérale." Et chose assez surprenante, les démocraties ne se font pas la guerre entre elles. "(…) on doit admettre que ce sont l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, où le gouvernement n’était, en pratique, pas responsable devant le Parlement, qui ont entraîné l’Europe dans la Première Guerre mondiale." Mais de quelle façon les démocraties libérales pluralistes adviennent-elles? En premier lieu, il y a le respect des droits de l’homme et la stabilisation démographique. Vient ensuite la démocratisation de l’enseignement laïc, qui relève le niveau d’instruction et donne la possibilité aux citoyens de lire les journaux diversifiés, les différents points de vu. Ce qui permet de s’affranchir des médiats radiophoniques et télévisuels qui sont très souvent, au début, affaire d’État. Autrement dit, la population va pouvoir surveiller le travail des politiques. Et vient finalement l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce qui permet à ces dernières de pouvoir travailler et d’ainsi stimuler la consommation.

"Mais si la démocratie triomphe partout, nous aboutissons à ce paradoxe terminal que les Etats-Unis deviennent, en tant que puissance militaire, inutile au monde et vont devoir se résigner à n’être qu’une démocratie parmi d’autres." Mentionnons aussi le fait qu’avant, pendant et après la Deuxième Guerre, l’Amérique est devenue progressivement le centre du monde et la locomotive de l’économie mondiale. Ce qui attend les Etats-Unis, c’est qu’inéxorablement ils passeront au second rang, bientôt, et que sensiblement ils ne seront plus essentielles et si utiles. Nous comprenons ainsi que ce qui explique l’attitude américaine, globalement, c’est la peur de devenir inutile.

"Cette inutilité de l’Amérique est l’une des deux angoisses fondamentales de Washington, et l’une des clefs qui permettent de comprendre la politique étrangère des États-Unis. La formalisation de cette peur nouvelle par les chefs de la diplomatie a pris le plus souvent, comme il est fréquent, la forme d’une affirmation inverse : " cette Amérique clame, aujourd’hui, à qui veut bien l’entendre, son indispensabilité. "Cette peur de devnir inutile, et de l’isolement qui pourrait en résulter, est pour les Etats-Unis plus qu’un phénomène nouveau : une véritable inversion de leur posture historique, La séparation d’avec l’Ancien Monde corrompu fut l’un des mythes fondateurs de l’Amérique, peut-être le principal. Terre de liberté, d’abondance et de perfectionnement moral, ils choisirent de se développer indépendamment de l’Europe, sans se mêler aux conflits dégradants des nations cyniques du Vieux Continent." Arrive la fin du 19ième siècle, leur économie étant autosuffisante -la balance commerciale étant positive-, le pays de l’Oncle Sam n’a plus besoin du monde. Elle pourra alors faire des choix dans son unique intérêt. Commence alors le machiavélisme. Comme l’Europe demeure son principal concurrent et que la Russie débute sa sortie d’une économie quasi-féodal, il est providentiel que l’Allemagne se mette à déchirer l’Europe. Mieux, à cette époque, on comprenait bien qu’un conflit assez long et généralisé, détounant de la production civile, entrainerait un retard de cette industrie sur le plan international. Ce qui rendrait l’Amérique plus compétitive. Pire encore, la Deuxième Guerre, au potentiel cataclysmique, détruirait les économies du Vieux Continent pour plusieurs décennies. Je demeure persuader que la diplomatie américaine à donner son consentement à Hitler pour ses projets hégémoniques, du moins l’assurance qu’ils n’interviendraient pas. Mais comme l’Allemagne et le Japon manquaient de sources énergétiques, la première voulue se rendre jusqu’aux puits de pétrole russe (que les Russes on fait explosés avant leur arrivée), et le second, voulant sécuriser ses approvisionnements tenta d’éloigner la flotte américaine, tous deux commirent une grave erreur. On découvre, par ailleurs, aujourd’hui, qu’il y a eu des investissements banquaires qui ont été fait de la part des États-Unis sur le territoire allemand. Comme la vente d’appareils IBM. Ces machines à poinçonner des fiches, qui ont servi à recenser les diverses catégories de personnes indésirables pour le régime sanguinaire allemand. Dans tout ceci, il appert que Hitler et Hussein furent les personnes dirigeantes les plus bernées par la stratégie américaine. Mais ceci est une autre époque.

Ce qui ressort, en définitive, c’est que si les Etats-Unis ont peur d’être devenu inutile, maintenant ils ont des besoins. "L’Amérique s’aperçoit qu’elle ne peut plus se passer du monde."

Mais est-ce que le monde à maintenent besoin de l’Amérique?




L’estime de soi (suite)

03 10 2009

 

Que sait-on encore à propos de l’estime de soi? En autre chose qu’elle peut être variable ou constante. Comme mentionné précédemment, il n’y a pas trop de problème à avoir une basse estime de soi, car dans certaines situations, cela permet de mieux s’ajuster et de mieux s’intégrer dans un collectif. Ce qui nous donne une haute estime constante/ variable et une basse estime constante/ variable. Si on veut établir un ordre, c’est la haute estime variable qui est la plus embêtante. Les personnes concernées auront toujours le désir d’arriver premier. Et lorsque ce ne sera pas le cas, ils seront mauvais perdant et chercheront constamment à se justifier. Ce qui fait d’eux des individus désagréables et pénibles. Vient ensuite la basse estime variable. Dans ce cas-ci la modestie alternera avec les plaintes qui mentionnent que l’on est bon à rien. Et la dernière combinaison, celle qui est la plus souhaitable est la basse estime stable et la haute estime stable. Tous deux peuvent être mis sur un même pied d’égalité.

L’école et les fondements de l’estime

La socialisation des enfants se fait présentement en très bas âge, et c’est tant mieux. Mais de quelle façon se forme l’estime de soi. C’est évidemment par les résultats scolaires académiques. Par le parascolaire: les sports, la musique ou le théâtre. Par la considération des enseignants. Ce n’est pas nécessaire d’être un des premiers de classe, il suffit de faire des efforts, ce donner des objectifs, et de s’améliorer. Et puis, finalement, la popularité. On peut être dans la moyenne dans les trois premiers facteurs, mais être très populaire. Ce qui est amplement suffisant. Mais pourquoi la popularité serait si importante, et peut-être même la clef de l’estime de soi à l’adolescence. Prenons deux exemples probants. Le premier concerne la tuerie de Columbine. Il est admis que les deux tueurs fous étaient ce qu’on peut appeler des parias. Ils étaient tout ce qui a de moins populaire auprès de filles et des sportifs qui, eux, avaient la cote. Ils n’avaient sûrement pas confiance en eux, et l’image que l’environnement scolaire leur renvoyait était très négative. Le deuxième exemple est celui d’une écrivaine qui s’est suicidée, malgré son succès notable. Dans son cas, à l’adolescence, elle ne se trouvait pas belle, et n’avait donc pas de succès de popularité auprès des garçons. Par la suite, l’âge aidant, elle est devenue beaucoup plus belle et désirable. Mais comme ce qui nous a manqué à l’adolescence, il arrive souvent que par la suite on tente de le retrouver. Et c’est ce qui est arrivé. Elle était obsédée par l’image qu’elle projetait physiquement sur les hommes. Elle était en quelque sorte devenue prisonnière du désir masculin. Cet obscur objet de désir, elle le vivait très mal, à ce qui semble, d’après ce qu’elle en disait. Le phénomène était si important qu’elle en a même fait un texte.

Si la popularité est si importante pour la formation de l’estime de soi c’est bien dommage, parce que l’on se retrouve dépendant de notre milieu dans une trop lourde proportion.

 




27 09 2009

Avec le prochain texte, le jeune Dagerman se situe dans le courant existentialiste. C’est une réflexion d’une grande valeur littéraire et philosophique.

 

STIG DAGERMAN (1923 - 1954)

NOTRE BESOIN DE CONSOLATION EST IMPOSSIBLE A RASSASIER

Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l'athée. Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n'était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m'atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connait l'être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. (Partout où je crois l'apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n'atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d'un souffle de vent dans la cime d'un arbre, je me dépêche de m'emparer de ma victime.

Qu'ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l'effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un coeur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent –fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance -seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude - méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort - alors tranche !

Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l'autre par l'amertume de l'avarice qui se nourrit d'elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l'orgie et l'ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n'est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d'une excuse : le pardon. L'idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu'elle n'est que l'image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n'est qu'une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n'est qu'une trêve entre deux jours.

Mais l'humanité n'a que faire d'une consolation en forme de mot d'esprit : elle a besoin d'une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c'est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu'il y parvient.

Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n'est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l'obscurité et les jours par les nuits, c'est un voyage imprévisible entre des lieux qui n'existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout coup le défi effroyable que l'éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n'est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure -et quelle misérable consolation, qui n'enrichit que les Suisses !

Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m'entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l'eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n'est une consolation pour le fait que la mort est ce qu'il y a de plus proche de la vie -et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu'elle veut nous faire oublier !

Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Étant donné que je cherche à m'assurer que ma vie n'est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l'offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au prgrès de la littérature -je ne désire que ce que je n'aurai confirmation de ce que mes mots ont touché le coeur du monde. Que devient alors mon talent si ce n'est une consolation pour le fait que je suis seul -mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !

Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n'aie pas peur des lois ! Mais qu'est-ce que ce bon conseil si ce n'est une consolation pour le fait que la liberté n'existe pas -et quelle impitoyable consolation pour celui qui s'avise que l'être humain doit mettre des millions d'années à devenir un lézard !

Pour finir, je peux m'apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l'effet d'une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l'eau ou l'oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu'accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n'existe pour moi qu'une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l'intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l'esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l'indépendance. On dirait que j'ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d'être un homme libre, et c'est certainement vrai. À la lumière de mes actes, je m'aperçois que toute ma vie semble n'avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m'apporter la liberté m'apporte l'esclavage et les pierres en guise de pain.

Les autres hommes ont d'autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l'employer, de peur de l'avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j'ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l'oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l'esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

Mais, venant d'une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s'approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l'heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? * Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n'a le droit d'énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s'étioler. Car si ce désir n'existe pas, qu'est-ce qui peut alors exister ?

Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n'a le droit d'exiger de la mer qu'elle porte tous les bateaux, ou du vent qu'il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n'a le droit d'exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n'est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l'on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.

Ce n'est qu'en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux recnnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l'éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l'éternité ? Ma vie n'est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j'aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n'est pas l'étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n'atteint que les ouvrages avancés de ma vie.

Mais tout ce qui m'arrive d'important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l'on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l'espace d'une seconde ou l'espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.

Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l'on exige de moi. Ma vie n'est pas quelque chose que l'on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n'est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n'accomplit pas de performance : ce qui est parfait oeuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait -mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l'homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L'important est qu'il fasse ce qu'il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.

Je peux même m'affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l'idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu'elle constitue en me dispensant d'accrocher ma vie à des points d'appui aussi précaires que le temps et la gloire.

Par contre, il n'est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l'oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de recnnaître, c'est que l'homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l'homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C'est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson pssède le sien, de même que l'oiseau et que l'animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden -mais où est maintenant la forêt où l'être humain puisse prouver qu'il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société 6

Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l'instant que je le fasse à l'intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. À son pouvoir je n'ai rien à opposer que moi-même -mais, d'un autre côté, c'est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je ouis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s'exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne cnnaîtra plus de bornes le jour où je n'aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.

Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu'une consolation et plus grande qu'une philosophie, c'est-à-dire une raison de vivre.




L’estime de soi (suite)

15 09 2009

 

Une question qui se pose concernant l’estime de soi est de savoir si une forte estime de soi est une bonne estime. De prime abord, on pourrait penser que oui, il est préférable d’avoir une forte estime de soi. Mais c’est un peu plus compliqué. Car il y a des bienfaits à avoir une basse estime de soi. Bien sûr il faut qu’elle soit modérément basse, parce qu’une très basse estime de soi est la preuve que nous sommes malades. Comme dans le cas de la dépression aiguë. Avant de parler de ces bienfaits, mentionnons un fait important.

Dans bon nombre de religion et de philosophie comme le bouddhisme ou le stoïcisme, l’orgueil est ce qu’il faut combattre. Prenons l’exemple du christianisme et des péchés capitaux qui sont l’orgueil, l’envie, la colère, l’acédie, l’avarice, la gourmandise et la luxure. Dans tous ces cas, ce qui est problématique c’est la présence d’une forte estime de soi. Par ailleurs, un homme célèbre de par ses maximes a réfléchi à l’estime de soi, et il fut un précurseur de cette psychologie : La Rochefoucauld. Il faut dire qu’il avait sous les yeux de brillants exemples de la vanité et de l’orgueil, ce qu’il appelait l’amour propre. Soit les nobles qui gravitait à la cour de Louis XIV. Il écrit ceci : "La vertu n’irait pas si loin, si la vanité ne lui tenait pas compagnie." "Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu’en proportion de notre amour-propre." "On aurait guère de plaisir, si on ne se flattait jamais." "Si la vanité ne renverse pas entièrement toutes les vertus, du moins elle les ébranle toutes." Ce que La Rochefoucauld dénonce ce sont nos désirs inconscients "et notre tendance à nous les" cacher.

Il existe bien des activités et des domaines où l’on constate qu’une forte estime de soi est néfaste. La guerre en est une évidente. Combien de conflits se sont terminés suite à des mauvaises décisions stratégiques qui ont été poursuivies par obstination, et où il aurait été plus judicieux de suivre les conseils plus modestes et plus rationnels venant d’individus plus portés à l’autocritique. Il y a aussi le cas des grandes entreprises qui ont failli disparaître parce qu’elles avaient une trop grande confiance en leurs méthodes de mise en marché. En leur publicité prétentieuse et en la négligence de la nouvelle présence des concurrents plus petits, mais plus adaptés à tenir compte des consommateurs. Pensons aussi, ce qui est très actuel, aux traders, aux banquiers, aux conseillers financiers et même aux politiciens, qui ont laissé faire, à cette crise économique financière qui est avant tout une crise de vanité et de prétention. Il faut dire que les soi-disant grandes écoles qui forment cette élite leur inculquent tout sauf la modestie. On leur dit qu’ils doivent être des gagnants, et les perdants ce sont les "tâcherons " ouvriers.

Donc, "d’une manière générale, une estime de soi élevée peut rendre hermétique à des informations importantes : nous savons que les personnes à haute estime de soi supportent mieux les échecs, en partie parce qu’elles ont tendance à les externaliser, c’est-à-dire à en attribuer les raisons à des causes étrangères à elles-mêmes. Mais en procédant systématiquement ainsi, elles évitent des remises en question parfois salutaires. On sait que les hommes de pouvoir aiment s’entourer de courtisans et de flatteurs, ce qui les conduit parfois à perdre le contact avec la réalité."

Passons aux bienfaits d’une basse estime de soi. L’objectif premier de ces sujets est de se faire accepter par autrui. Il faut dire que ce sont souvent des accommodateurs. En ce sens, ils font beaucoup de concessions pour ne pas nuire ou rentrer en conflit avec les intérêts des autres. Ils sont aussi plus à l’écoute, et souvent plus apprécié. Comme ils ne se croient pas investis de capacité hors du commun, ils tiennent "compte des conseils et des points de vue différents" des leurs. La modestie (qui observe la mesure, modérée, tempérée) est donc "la cousine laïque de l’humilité".

Disons finalement que tout dépend de l’environnement où l’on opère, pour ce qui en est de déterminer ce qui vaut mieux; une basse ou une haute estime. "En fait, le rôle du milieu paraît déterminant : peut-être est-il surtout important d’avoir une estime de soi en accord avec les valeurs des gens qui nous entourent? Si vous rêvez de devenir un patron médiatique ou un explorateur de l’extrême, mieux vaut posséder une haute estime de soi; mais, si votre idéal est d’être l’un des membres appréciés d’une équipe au service d’une œuvre commune (sociale ou altruiste), une estime de soi modeste pourra mieux vous servir." (Christophe André, François Lelord)




La domination masculine (suite)

02 09 2009

 

Qu’est-ce qui explique au juste que la domination féminine, et partant toute forme de domination, puisse être si facilement acceptée et subite? On pourrait répondre que c’est que "la force de l’ordre masculin se voit au fait qu’il se passe de justification ". On a vu que l’ordre culturel tente de se faire passer pour un fait de nature. Tout comme la théorie économique en vigueur le fait aussi en se prétendant être une loi naturelle, alors qu’elle est, d’une certaine manière, fabriquée et artificielle. D’autant plus que sous ces théories se cache un impératif de domination et d’assujettissement du travailleur auquel lui manque la possibilité de posséder ses moyens de production.

 

On ne le répétera jamais assez. "C’est la division sexuelle du travail, distribution très stricte des activités imparties à chacun des deux sexes, de leur lieu, leur moment, leurs instruments; c’est la structure de l’espace, avec l’opposition entre le lieu d’assemblée ou le marché, réservés aux hommes, et la maison, réservée aux femmes" qui crée la hiérarchie et la domination. Et finalement, il y a aussi l’ordre au sein de l’acte sexuel. "Si le rapport sexuel apparaît comme un rapport social de domination, c’est qu’il construit (cette domination) à travers le principe de division fondamentale entre le masculin, actif, et le féminin, passif, et que ce principe crée, organise, exprime et dirige le désir masculin, comme désir de possession, comme domination érotisée, et le désir féminin comme le désir de la domination masculine, comme subordination érotisée, ou même, à la limite, reconnaissance érotisée de la domination."




La domination masculine

17 08 2009

 

Dans cet ouvrage, Pierre Bourdieu reprend, en quelque sorte, les résultats de sa recherche qu’il a publiée dans la première des trois études d’ethnologie kabyle. On y découvre que le discours, qui au début est fait sous forme de cosmologie et de mythologie, puis ensuite de récits concrets, bref la manière de caractériser les genres, produit des dualités qui considèrent que les qualificatifs reliés aux femmes sont négatifs et discriminants. Ce sont des qualificatifs qui donnent toujours au sexe féminin le mauvais rôle et qui sont bien davantage des défauts qui permettent d’inférioriser et d’infantiliser la femme. À force de répéter cette vision qui est androcentrique (centré sur l’homme), on devine que les dominées, les femmes, en viennent à intérioriser et à accepter cette vision négative d’elles-mêmes. Le discours n’est jamais innocent. Il produit ce qu’on appelle de la violence symbolique. Car le fait de caractériser le sexe "faible" comme étant tordu ou pervers entraîne des conséquences qui produisent un état d’infériorisation qui, s’il n’est pas produit par une violence physique, demeure tout de même de la violence infligée par la persuasion sur une psyché qui retransmettra cet état de chose sur le corps. Donc, cette violence est bien réelle. Ceci dit, étant donné la complexité de l’exposé, j’utiliserai quelques citations pour donner une idée de ce dont il s’agit.

 

Commençons dans l’ordre. Bourdieu s’étonne du paradoxe de la doxa. Mais qu’est-ce que la doxa? Habituellement, c’est une idée que l’on se fait sous forme d’opinion. C’est-à-dire que, n’ayant pas toutes les données du problème, nous sommes obligés de survoler rapidement et superficiellement le fonctionnement des diverses situations que nous vivons ou que nous constatons. S’il se produit un événement, il faut donc s’en faire une première idée, même si on risque d’être embrouillé. Mais il semble que, dans ce contexte précis, le paradoxe de la doxa soit, en fait, l’ensemble de nos habitudes que nous ne questionnons pas, mais qui ont été intériorisées sous forme de règles ou de normes du comportement. Autrement dit, ce qui va de soi ne va pas de soi. Le paradoxe est aussi "(…) le fait que l’ordre du monde tel qu’il est, avec ses sens uniques et ses sens interdits, au sens propre ou au sens figuré, ses obligations et ses sanctions, soit grosso modo respecté, qu’il n’y ait pas davantage de transgressions ou de subversions, de délits et de folies." Pour donner un exemple, il suffit de penser à la circulation et aux règles qui doivent être respectées. Mais il y a autre chose de déterminant. C’est qu’il est paradoxal "que les conditions d’existence les plus intolérables puissent si souvent apparaître comme acceptables et même naturelles." La raison à cette soumission et à cette tolérance, à ce qui est intolérable, vient du fait que la domination est incorporée. Qu’elle se trouve intériorisée de manière inconsciente. Ainsi, Bourdieu mentionne qu’il a "toujours vu dans la domination masculine, et la manière dont elle est imposée et subie, l’exemple par excellence de cette soumission paradoxale, effet de ce que j’appelle la violence symbolique, violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes, qui s’exerce pour l’essentiel par les voies purement symboliques de la communication et de la connaissance ou, plus précisément, de la méconnaissance, de la reconnaissance ou, à la limite, du sentiment.

Finalement, si nous voulons sortir de cet état de domination-soumission, il nous faut "démonter les processus qui sont responsables de la transformation de l’histoire en nature, de l’arbitraire culturelle en naturelle." Donc, si nous apposons des qualitatifs invalidant les facultés et le caractère des femmes, on se doit de s’avouer que c’est arbitrairement que nous le faisons, que ce sont des postulats difficiles à vérifier, que c’est un fait de culture plutôt que de nature.




Le libéralisme

30 07 2009

 

Le libéralisme pourrait être appelé le système qui promeut la liberté et la primauté de l’individu. Et cette liberté fonctionne grâce à la tolérance envers les valeurs d’autrui. Pierre Bayle a justement écrit un commentaire philosophique appelé De la tolérance (1686), que malheureusement on ne lit plus, au moment où faisait rage les conflits interreligieux, en Europe. "Il fut un des auteurs les plus lus de son temps : Calviniste convertit au catholicisme, puis revenu à la foi protestante, il a bataillé toute sa vie contre les dogmes traditionnels et les idées reçues. Critiquant le principe d’autorité (c’est justement contre l’absolutisme politique que les libéraux proposeront leurs valeurs et leur système) et prônant le libre examen et la tolérance religieuse, sa pensée eut un retentissement considérable au Siècle des lumières (…)" Pour être plus précis et conclusif, avant terme, disons que "le libéralisme c'est d'abord une morale individuelle, ensuite une philosophie de la vie en société dérivée de cette morale, enfin seulement, une doctrine économique qui se déduit logiquement de cette morale et de cette philosophie."

Les courants

Les deux courants les plus importants sont le libéralisme politique et le libéralisme économique. Commençons par le libéralisme politique. Il postule "la primauté de la liberté individuelle sur toutes les formes de pouvoir." Outre Bayle, ses plus grands représentants sont John Locke, David Hume, Adam Smith et Montesquieu. En gros ces auteurs disent que l’État, à l’époque pratiquant le mercantilisme, ne doit aucunement intervenir (sauf pour la justice et les forces de l’ordre), que l’autorité en politique a des limites, et que ces limites sont restreintes par la promotion des droits, des libertés et de la responsabilité.

Au niveau de l’économie, l’idée principale est le fait inaliénable de la propriété privée individuelle. Il y a aussi la question du jeu de la concurrence, soit la libre possibilité de pouvoir entrer sur le marché sans entrave de l’état. Le libéralisme devient donc l’ennemi de l’étatisme. En bon libérale, ce que l’on dit moins souvent, il s’ensuit, avec le développement de l’économie moderne, qu’il est tout aussi répréhensible de constituer des monopôles de production ou de distribution. Concrètement, ce courant de pensée insiste sur la liberté d’entreprendre, de choisir son travail et la possibilité d’avoir un vaste choix de consommation.

Par ailleurs, il y a deux courants importants en économie. Le premier, que l’on nomme classique, prétend qu’il faut appliquer les principes fondateurs à l’économie : propriété, responsabilité et liberté d’action (entreprendre). Que l’on a pas assez d’informations pour parvenir à décider ce qui doit être fabriqué et vendu. Ceci est le lot de la liberté d’entreprendre, car chaque agent, avec essai et erreur, parvient à tester le marché. Le second, néoclassique, avec son plus grand représentant Hayek, parle d’état d’équilibre entre les actions économiques des agents, le fameux équilibre général, qui se produit, un peu de manières naturelles. À leur décharge, on doit dire qu’ils prennent quand même en compte l’idée de la défaillance du marché. Ce qui est une amélioration par rapport à leurs devanciers. Il faut toutefois avoir à l’esprit que dans La route de la servitude, Hayek semble être d’accord avec l’idée d’un minimum de revenu pour pouvoir être minimalement libre, donc, on peut, à juste titre, prétendre qu’il aurait été d’accord avec l’idée d’un revenu minimal garanti, de citoyenneté. Pour plus de détail, je vous renvoie à mon texte précédent : La route de la servitude.

Voyons maintenant ce qu’une vision idéaliste du libéralisme nous propose.

"La philosophie libérale est profondément humaniste et optimiste, elle croit au potentiel de l’individu et aux bienfaits de la conjonction des actions humaines. Plus que jamais, elle est aussi sceptique face à de quelconques principes directeurs qu’il faut imposer – que ceux-ci viennent de préceptes moraux religieux ou de préceptes socialistes. Le libéralisme est ancré dans la tolérance, tolérance envers les valeurs de l’autre. Le libéralisme est l’antithèse de l’impérialisme, c’est l’humilité de se dire qu’on n’est pas parfait et que l'on n’a pas à imposer ses valeurs, même celles qui ont trait à la démocratie, aux autres. Le libéralisme croit à une coercition minimale de l’État tant économiquement que socialement. "(…)le libéral ne croit pas aux solutions collectivistes autant de "droite" que de "gauche". Même si moralement, le libéral peut ne pas être attiré par certaines valeurs, il ne se permet pas d’interdire ce qu’il croit moralement mauvais. Il n’impose tout simplement pas ses valeurs aux autres. (Jonathan Hamel)

Tout cela est peut-être un peu utopique, car il y a des limites au laisser-faire, à ne pas interdire ce qui est immoral, pervers ou nuisible. Par exemple, il est ni morale ou immorale que chacun ait sa propre voiture, c’est une question d’utilité. Par contre, la somme totale des véhicules sur la route représente un fardeau pour la qualité de l’air, pour l’empreinte écologique. Les libéraux vous diront que l’on ne doit pas interdire que quelqu’un possède une voiture. Soit. Mais aujourd’hui nous prenons conscience qu’il y à des limites. Et c’est justement dans ce déni des limites à la liberté que le libéralisme s’enfonce. Donc, le libéralisme est une forme de "philosophie" qui est datée et doit être dépassée. Prétendre le contraire est ridicule et inconscient.

Pour finir, un dernier bijou d’idéalisme.

"On reproche au libéralisme d'être matérialiste, de prôner la poursuite exclusive de la richesse aux dépens de toute autre valeur, alors qu'il n'a d'autre aspiration que de permettre l'épanouissement des êtres humains et la réalisation de leurs objectifs, spirituels, affectifs ou esthétiques autant que matériels. On lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation (?)."




La prédation

11 07 2009

 

Les prédateurs ont un rôle, une utilité et une fonction dans le règne animal. Mais ce n’est certainement pas le cas au niveau socio-économique. Pour Veblen, "les institutions de l'économie sont traversées par deux instincts de base, l'instinct artisan et l'instinct prédateur." Le premier est bénéfique puisqu’il crée de la richesse et des biens de consommation. Le second est néfaste parce qu’il jouit des richesses des autres sans véritablement travailler et construire. 

"La prédation est une relation où l’une des deux parties est en mesure d’imposer à l’autre une transaction sans contrepartie." Et que fait le prédateur au juste? Il s’accapare un patrimoine non, ou mal, surveillé. Il réussit, en trompant et en contournant les règles légales, à s’approprier les biens, la fortune d’autrui. On peut considérer que la prédation est une très vieille activité. Chez les anciennes peuplades, le chef, le roi, les guerriers et les sorciers sont le prototype même du prédateur. Ils vivent en soutirant le fruit du travail des autres classes de la société. On doit dire aussi qu’avec les nouveaux systèmes informatisés et la globalisation, la prédation s’est considérablement développée. Ce qu’on appelle l’économie casino, où il est possible de s’enrichir considérablement en une seule journée, permet aussi que des parasites viennent occuper des postes clé, comme celui de président d’une firme multinationale. Ceux-ci imposent des économies en délocalisant et, par le fait même, s’allouent des primes au rendement, des stocks options qui se chiffrent en plusieurs millions de dollars. Ce qui s’apparente à du vol.  

 

"La prédation, où l’une des deux parties peut imposer une transaction à l’autre, était la relation économique typique de la féodalité qui la compensait par la charité. L’échange équilibré, où les deux parties ont le même pouvoir d’accepter ou refuser une transaction, s’est imposé à partir du xviiie siècle avec l’industrialisation. La prédation n’a pas disparu alors – l’économie industrielle a engendré l’impérialisme et la guerre – mais l’échange équilibré fondait cette économie sur un principe pacifique."




Masculin, féminin

03 07 2009

Dans la première des trois études d’ethnologie kabyle, qui porte le nom du Sens de l’honneur, Pierre Bourdieu anticipe sur un ouvrage qu’il publiera par la suite : La domination masculine. C’est-à-dire que les matériaux qu’il exposa dans cette étude lui serviront pour écrire La domination.

Pour commencer, demandons-nous en quoi il y a domination masculine. On s’en doute, la domination est, de prime abord, une domination symbolique. Symbolique, parce que dans le discours mythiquo-social, l’homme invente des couples de termes duaux, en opposition, qui permettent de caractériser et les hommes et les femmes, en discriminant ces dernières, en invalidant leur personne, pour mieux les dominer et les assujettir. Voyons quels qualitatifs caractérisent les sexes. Pour la femme : (sacré gauche) féminin, femme détentrice de puissances maléfiques et impures, gauche, tordue, vulnérabilité, nudité, (dedans) domaine des femmes, maison, jardin, monde clos et secret de la vie intime, alimentation, sexualité (humide, eau). Pour les hommes il suffit de renverser les termes : honneur (sacré droit) masculin, virilité, homme détenteur de la puissance bénéfique et protectrice, droit, protection, clôture, vêtement (dehors) domaine des hommes, assemblée, mosquée, champs, marché, monde ouvert de la vie publique, activités sociales et politiques, échanges (sec, feu).

Ce qui est intéressant avec ces couples antithétiques, c’est qu’ils se retrouvent au sein d’une multitude de populations, pour ne pas dire de civilisations, mais avec quelques nuances. Il n’en demeure pas moins que ce sont toujours les mêmes paramètres qui invalident les femmes. Même que pour nous, en Occident, jusqu’à tout récemment, on éduquait les jeunes filles en leur apposant des qualificatifs dans lesquels elles se retrouvaient moins aptes et infériorisées par rapport à leurs frères.

Voyons ce que nous apprennent certaines citations :

"Le sacré gauche (la femme), la partie faible par où le groupe donne prise. "Opposition entre la magie, affaire exclusive des femmes, dissimulée aux hommes, et la religion essentiellement masculin; opposition entre la sexualité féminine, coupable et honteuse, et la virilité, symbole de force et de prestige." "D’un côté, la vie des sens et des sentiments, de l’autre, la vie des relations d’homme à homme, du dialogue et des échanges."

Dans cette logique, il est naturel que la morale de la femme, sise au cœur du monde clos, soit faite essentiellement d’impératifs négatifs. La femme doit fidélité à son mari; son ménage doit être bien tenu; elle doit veiller à la bonne éducation des enfants. Mais surtout, elle doit préserver le secret de l’intimité familiale; elle ne doit jamais rabaisser son mari ou lui faire honte, ni dans l’intimité ni devant les étrangers. Elle doit se montrer satisfaite, même si, par exemple, son mari, trop pauvre, ne rapporte rien du marché; elle ne doit pas se mêler aux discussions entre les hommes.

Voici encore quelques citations relevées :

"Elle doit faire confiance à son mari, se garder de douter de lui ou de chercher des preuves contre lui." "L’intimité, c’est en premier lieu l’épouse que l’on ne nomme jamais ainsi et moins encore par son prénom, mais toujours par des périphrases telles que la fille d’Untel, la mère de mes enfants ou encore ma maison." "Il est déshonorant pour un homme de transporter du fumier, cette tâche incombant aux femmes." "La précocité du mariage se comprend si l’on songe que la femme, de nature mauvaise, doit être placée le plus tôt qu’il se peut sous la protection bénéfique de l’homme." "Les Arabes d’Algérie appellent parfois les femmes les vaches de Satan ou les filets du démon, signifiant par là que l’initiative du mal leur appartient. La plus droite, dit un proverbe, est tordue comme une faucille."

"Pareille à une pousse qui tend vers la gauche, la femme ne peut être droite, mais seulement redressée par la protection bénéfique de l’homme." "Non seulement les règles imposées aux hommes diffèrent des règles imposées aux femmes et les devoirs envers les hommes des devoirs envers les femmes(…)" "Ce qu’il y a de pire, c’est de passer inaperçu : ainsi, ne pas saluer quelqu’un, c’est le traiter comme une chose, un animal ou une femme." "C’est là que les femmes échangent les nouvelles et tiennent leurs bavardages qui roulent essentiellement sur toutes les affaires intimes dont les hommes ne sauraient parler entre eux sans déshonneur et dont ils ne sont informés que par leur intermédiaire." "L’homme respectable doit se donner à voir, se montrer, se placer sans cesse sous le regard des autres, faire face." "L’homme ignore beaucoup de ce qui se passe à la maison."

Heureusement, aujourd’hui, on ne traite plus les femmes de cette manière. Ou, si on tente de le faire, il y a une certaine réprobation. Les jeunes filles qui réussissent mieux que les garçons, à l’école, se forgent une bonne estime de soi, ce qui leur permet de revendiquer l’égalité au sein des emplois et face à leurs conjoints.

Je ne suis pas vraiment entré dans le sujet de cette étude sur le sens de l’honneur. Aussi je terminerais sur la spécificité des économies précapitalistes. Dans ces sociétés, l’échange marchand est tenu par d’autres règles que celles que nous appliquons, nous, modernes. Si on entre dans la question du don, on comprend qu’il est en relation avec le prestige et l’honneur. Ce qui est bien loin du calcul rationnel. Les dons servent ainsi à dissimuler ou faire disparaître l’intérêt. En ethnologie, on constate que le groupe, le clan et la famille élargie passent bien souvent avant l’intérêt personnel. Et ce qui est maximisé, ce n’est pas le profit économique, mais c’est le profit symbolique.

Ainsi "les rapports économiques ne sont pas davantage saisis et constitués en tant que tels, c’est-à-dire comme régie par la loi de l’intérêt, et demeurent toujours comme dissimulés sous le voile des relations de prestige et d’honneur. Tout se passe comme si cette société se refusait à regarder en face la réalité économique, à la saisir comme régie par des lois différentes de celles qui règlent les relations familiales. (…) "La logique du don n’est-elle pas une façon de surmonter ou de dissimuler les calculs d’intérêt?" Et "l’échange généreux ne tend-il pas à voiler la transaction intéressée?".

On comprend donc, avec le profit symbolique, que l’échange fait sous le rapport de l’honneur interdit que l’on conçoive les relations selon un calcul économique de rentabilité et de profit. Bref, il ne peut y avoir de capitalisme, d’économie de marché.

 




La violence moderne

27 06 2009

La modernité, comme les périodes qui l’ont précédée, c’est penser en formulant un grand récit sur elle-même. Ce récit s’articule à partir des valeurs et idéaux suivants : la liberté, la responsabilité, l’égalité, la raison et ses progrès vers plus de justice et plus de confort matériel, sans oublier le développement de la science. Mais tout n’est pas si simple, puisqu’il existe tout de même des contradictions qui font naître des conflits d’où ressort la violence de ceux qui ne peuvent partager complètement ces objectifs idéaux.

Dans cette société, parce que nous partageons tous les mêmes projets, la violence est d’abord politique : violence contre les hommes politiques sous forme d’assassinats, violence contre les forces de l’ordre, contre les représentants de la justice ou contre l’État, plus abstraitement. La violence y a pratiquement toujours un sens. Le terrorisme est là pour en témoigner. Il vise toujours des politiques gouvernementales qui s’appliquent à certains groupes sociaux ou ethniques, pour ne pas dire religieux.

Ceux qui commettent des actes de violence appartiennent au même monde que ceux qui en sont la cible. Nous partageons quand même les mêmes idéaux. "Il y a dans la violence un espoir et, paradoxalement, les signes d'une appartenance au monde." Il y a l’espoir de renverser le pouvoir pour instaurer un état plus juste et plus équitable. En ce sens, la violence est porteuse de sens, puisqu’elle veut changer les choses pour le mieux.

Mais il existe une forme de violence postmoderne qui nie les anciens idéaux de la période antérieure. Le vingtième siècle a été si meurtrier que nous en sommes venus à rejeter les idéaux et aspirations de la modernité. Les trois dictatures modernes nous font comprendre que les hommes ont accepté, passivement la plupart du temps, de voir réduire leurs libertés. On le constate aussi aujourd’hui. Ce n’est pas tant la liberté qui est au centre des préoccupations des individus, mais plutôt la sécurité. Que si l’homme a des aspirations, la liberté n’est pas si essentielle que cela; c’est davantage la sécurité d’emploi, la sécurité financière et celle au sein de nos foyers qui nous importent. La liberté n’est plus un des grands idéaux.

Dans la tête des protagonistes des dernières tueries dans des écoles ou des lieux publics, ce n’est pas le pouvoir qui est visé, encore moins selon la logique d’un renversement d’un état de fait injuste. Non, ceux qui perdent la tête et tuent n’importe qui, agissent ainsi, car ils sentent que le monde leur est étranger et qu’ils y sont aussi, eux, étranger.

Qu’est-il arrivé au juste? Ce pourrait-il que la société ne fasse plus sens et n’en propose plus, sinon un relativiste des valeurs et un individualisme stérile.

"Pouvons-nous alors qualifier de postmoderne une violence sans autre objet que la société elle-même en tant qu'elle est là devant l'individu dans son absolu non-sens, fermée à toute possibilité de changement ? Cette expérience est celle du monde comme altérité radicale. La violence qu'elle engendre se déploie dans une société dépolitisée, sans passé ni avenir, privée d'utopies et sans projet pour elle-même. Elle s'exprime simplement comme refus du monde. "




L’anthropologie appliquée

07 06 2009

 

L’anthropologie ne sert pas uniquement à étudier le comportement individuel et collectif dans les anciennes sociétés. Elle a des applications réelles et concrètes, hic et nunc (ici et maintenant). "Julie Delalande, anthropologue, nous raconte et analyse ce qui se passe dans une cour d’école. Ce lieu, constitué de coins et de cachettes, est l’un des premiers cadres d’apprentissage de la vie en société." Malheureusement, certains jeunes déviants acquièrent une grande influence sur certains autres enfants que l’on dit "suiveux". C’est donc très tôt que les comportements délinquants se forment et trouvent leurs origines. Certains diront qu’il y a toujours la famille qui permet une socialisation des enfants et des jeunes en général. Mais il semblerait que le rôle de la famille a évolué :

"Le rapport des familles à l’institution éducative a considérablement changé." "La famille-institution classique telle qu’elle subsiste encore de manière quasiment résiduelle dans nos sociétés, en tant que rouage de l’ordre social," première cellule de la société", prenait très au sérieux cette mission. Elle avait une vocation éducative dans un sens fondamental. Il s’agissait d’apprendre aux enfants l’existence en société. C’est quelque chose qui va très loin et qui ne se réduit pas aux règles élémentaires de coexistence avec ses semblables : cela consiste à se penser comme quelqu’un qui a une place dans la société avec un rôle à jouer et des devoirs y afférant.

La famille "désinstitutionnalisée" d’aujourd’hui, réduite à sa sphère privée, ne comprend même plus ce que cette tâche voulait dire. Les gens ne sont pas fous et mesurent très bien qu’il faut que leur enfant l’acquière, mais ils pensent que c’est à l’école et non à eux de le faire." (Marcel Gauchet)

Mais l’éducation au sein des familles a-t-elle vraiment changée? Il semblerait que oui. Il ne faut pas généraliser, mais autrefois, les classes populaires étaient très peu permissives, et mentionnaient à l’enfant que la vie était difficile. Par contre, les bourgeois étaient plus permissifs et moins sévères. Alors qu’aujourd’hui les bourgeois veulent contrôler l’écoute de la télévision par leurs enfants, ce n’est plus le cas des classes populaires ou des immigrants qui acceptent que leurs enfants passent beaucoup de temps devant le téléviseur, au détriment des travaux scolaires.

Finalement, quel est le véritable problème avec la transmission des savoirs et l’éducation?

"La famille, la tradition et l’autorité : le délitement de ces vecteurs essentiels de la transmission sociale et de la reproduction de la société seraient au principe d’une sorte d’impossibilité d’éduquer les jeunes générations."




James Connolly

22 05 2009

 

J’aurais aimé trouver des textes et des essais de James Connolly, en français, sur internet, mais il semble qu’il n’y en a pas. Il y a tout de même cette adresse qui contient des articles en anglais :

http://www.marxists.org/archive/connolly/

"Marxiste, révolutionnaire, syndicaliste et Irlandais. C’est ainsi que l’on peut définir James Connolly (1868-1916). S’il fut un infatigable rédacteur d’articles et auteur d’essais, il fut aussi un militant proche des ouvriers dont il défendait la cause que ce soit en Écosse, aux États-Unis ou en Irlande."

Comparé à plusieurs auteurs socialistes, Connelly est celui qui m’apparaît être le plus concret et le plus accessible. Il prétend, entre autres choses, que l’indépendance politique ne serait exister sans l’indépendance économique. Et que cette indépendance économique doit s’affranchir de la finance qui retire trop de richesse de l’économie réelle. La finance, tel qu’elle se développe dans une économie capitaliste, sert certains intérêts, mais nuit au développement d’une économie saine. L’économie, débarrassée des banquiers et des bourses, pourrait fonctionner sur des bases coopératives et socialistes tout en intégrant l’innovation. Pourquoi l’innovation ? Parce que c’est le principal argument des libéraux. À savoir que s’il n’y a pas exclusivement l’entreprenariat, la propriété privée des moyens de production, l’innovation ne pourra pas s’effectuer. Ce qui est proposé dans ce cas-ci ce n’est pas ce qu’a conduit l’expérience soviétique. La petite propriété ne disparaîtra pas. Il faut donner une raison à certaines personnes de travailler, comme le fait de se sentir être son propre patron, de prendre des décisions au quotidien. Pour d’autres personnes, cette expérience importante (d’être patron) peut aussi se vivre collectivement sous forme de coopératives.

Donnons un exemple probant. Les résidences pour personnes âgées sont en majorité privée. Elles rapportent bien aux propriétaires, et trop souvent ceux-ci coupent sur les dépenses pour maximiser les profits, au détriment des résidents. Par ailleurs, l’embauche du personnel est problématique. Les salaires étant légèrement trop bas, la motivation des jeunes travailleuses est faible. La solution serait de transformer, dans un premier temps, une partie des résidences en coopératives. Il n’y aurait plus de profits, mais un fond de roulement pour payer toutes les dépenses, ce qui permettrait d’augmenter les salaires, afin d’attirer et surtout de retenir une équipe qualifiée et motivée. Cette équipe, débarrassée de l’obsession du profit, pourrait faire mieux au niveau de l’animation et des activités qui pourraient stimuler les personnes du troisième âge. Toutes les décisions seraient prises selon la majorité. Si l’expérience s’avère viable et bénéfique alors toutes les autres résidences deviendraient des coopératives. Évidemment, ceux qui voudront évoquer l’innovation et la compétitivité pour assurer la rentabilité n’auront plus de munitions avec leurs argumentations, car on ne risque pas de voir délocaliser ces emplois.

Bien d’autres secteurs de l’économie peuvent très bien fonctionner ainsi. Entre le capitalisme néolibéral et le communisme il y a un juste milieu, et celui-ci peut, entre autres, être le système coopératif.

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Socialism and nationalism

(…) "Non pas une république comme celle des Etats-Unis où le pouvoir de la bourse a établi une nouvelle tyrannie sous les dehors de la liberté; où cent ans après que la présence des dernières tuniques rouges britanniques ait cessé de souiller les rues de Boston, les propriétaires et les financiers britanniques imposent aux citoyens américains une servitude auprès de laquelle le fardeau qu’ils devaient supporter avant la Révolution n’était qu’une bagatelle.

Non! La République que je voudrais voir mes compatriotes prendre pour idéal devrait être d’une telle étoffe que son simple nom serait un phare pour les opprimés de tous les pays, la promesse sans cesse renouvelée de la liberté et de l’abondance pour prix de leurs efforts.

Pour le fermier, broyé entre l’avidité des propriétaires et la concurrence américaine comme entre deux meules; pour les salariés des villes qui souffrent des exactions du capitaliste esclavagiste; pour l’ouvrier agricole qui s’use à la tâche pour un salaire assurant à peine sa survie; en fait, pour chacun de ces millions d’ouvriers dont la misère sert de support à l’édifice si séduisant d’apparence qu’est norte civilisation moderne; pour tous ceux-ci, l’évocation de la République irlandaise pourrait devenir un point de ralliement pour le rebelle, un havre pour l’opprimé, un point de départ pour le socialiste prompt à s’enthousismer pour la cause de la liberté humaine."(…)

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"En Irlande, Connolly reste une figure emblématique du mouvement républicain. Aujourd’hui, encore dans la lutte pour la réunification de l’Irlande, les militants de l’Irish Republican Army (IRA — Armée républicaine irlandaise), se veulent les héritiers de Connolly et de 1916 en poursuivant la résistance à l’impérialisme britannique sur les mêmes bases socialistes et patriotiques."




L’action Humaine

16 05 2009

 

Je dois maintenant revenir sur le volumineux livre de Von Mises, L’action humaine. J’ai mentionné que la première partie, la praéxologie, était sans aucune valeur réelle. Ce n’est pas le cas de la deuxième partie. On y découvre de grandes vérités sur l’individu et sur la société. Mais il y a aussi des erreurs qui nuisent grandement à la compréhension de l’essence de la société. Commençons par la plus évidente et la plus néfaste. "Selon les doctrines (…) du holisme, du collectivisme, et de certains représentants de la psychologie structuraliste, la société est une entité qui vit de sa vie propre, indépendante et séparée des vies des divers individus, agissant pour son propre compte, visant à ses fins à elle qui sont différentes des fins poursuivies par les individus." Cette assertion, Von Mises la conteste. Pour lui la société n’existe pas indépendamment des individus, donc, les buts de la société sont les mêmes que ceux de l’individu. Ce qui est grandement contestable. Il n’est pas non plus d’accord avec le fait qu’"afin de sauvegarder l'épanouissement et le développement futur de la société, il devient nécessaire de maîtriser l'égoïsme des individus, de les obliger à sacrifier leurs desseins égoïstes au bénéfice de la société". Pour qu’elle raison il n’est pas en accord avec cela vient du fait que l’école Autrichienne d’économie refuse que le gouvernement, principal acteur des buts de la société, n’intervient pour corriger les externalités qu’engendre l’économie de marché par ses représentants : la grande entreprise. Avec ironie et sarcasme, notre auteur dit que "toutes les doctrines globalistes (…)doivent admettre que la Providence, par ses prophètes, apôtres et chefs charismatiques forcent les hommes — qui sont mauvais dans leur nature, c'est-à-dire enclins à poursuivre leurs propres fins — à marcher dans les voies de droiture où le Seigneur, le Weltgeist (l’esprit du monde), ou l'Histoire, veut qu'ils cheminent. Ceux qui croient que l’individu doit primer sur la société sont enclins à ridiculiser leurs adversaires qui, socialistes ou autres, croient que la société doit imposer des règles, des freins à l’individu qui a, malheureusement, tendance à ne penser qu’à lui. Les tenants de l’économisme disent ainsi que les conceptions collectivistes ont le fâcheux défaut d’infantiliser les individus en prétendant qu’ils ne font pas toujours des choix rationnels. Et c’est ici que la faiblesse de l’analyse est évidente. Testons les faits avec la doctrine des libéraux.

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, les femmes sont entrées sur le marché du travail, en participant à la production industrielle. Par la suite, ayant aimé leur degré d’autonomie avec leur salaire non négligeable, elles ont tenu à continuer à travailler. Le résultat est probant. L’économie fonctionna assez bien durant les Trentes glorieuses (1950-1980) du fait de la consommation de masse, à laquelle les femmes participaient. Le résultat aujourd’hui est que 75% du budget des familles est directement contrôlé par la femme. Malheureusement, il y a trop de vêtements et de produits de beauté inutiles achetés. On peut dire que l’homme, le mari, consomme lui aussi de manière insensée. Trop d’outils achetés qui ne servent pas, sinon que quelques fois. Des voitures trop coûteuses et trop souvent changées. Je ne crois pas que les décisions de consommation soient toujours rationnelles. Au contraire. Et c’est là qu’apparaît la faiblesse des conceptions des apôtres de l’individualisme. Non, le consommateur n’est pas guidé uniquement par des choix rationnels. Et la publicité est justement là pour inciter à des dépenses incongrues et aveugles, voire irrationnelles.

Pour cette raison et pour bien d’autres, la société est au-dessus de l’individu. Je le répète : elle se doit de réguler les décisions néfastes. Sinon, ce sera l’enfer écologique, à plus ou moins long terme. Et cela les libéraux et les économistes de toutes tendances le refusent. Et c’est bien dommage et contre-productif.

J’ai quand même mentionné que certaines considérations de Von Mises étaient intelligentes et justes. Donnons-lui la chance de nous le démontrer.

La plus grande découverte dans l’histoire de l’humanité, vecteur d’immense progrès, est la division du travail. C’est aussi ce qui a amené et généré la plus-value ou la valeur ajoutée, en d’autres mots. Et c’est ici que le bas blesse. Le capitaliste s’accapare la plus-value sans jamais véritablement travailler. Certes, il amène l’investissement et court des risques, mais ce profit pourrait être administré par les travailleurs, avec l’aide de spécialistes, et être réaloué dans l’investissement et dans des salaires plus élevés pour les coopérants. Il faut préciser que cette façon de faire, qui a démontré sa faisabilité, est loin d’être du communisme.

Mais pourquoi la division du travail est si importante?

Pour plusieurs raisons. Mais mentionnons les principales. La coopération. La solidarité. Je dois compter et apprécier le travail qui a été fait avant le mien. Je suis responsable de mon travail qui doit être bien fait pour que celui qui poursuit arrive à bien faire le sien. Etc. Le plus important est sans nul doute la sympathie. Le fait de me sentir lié à autrui. "Dans le cadre de la coopération sociale, peuvent émerger entre les membres de la société des sentiments de sympathie et d'amitié, un sentiment de commune appartenance. Ces sentiments sont la source, pour l'homme, de ses expériences les plus exquises et les plus sublimes ; ils sont les ornements les plus précieux de la vie, ils élèvent l'animal humain aux hauteurs de l'existence réellement humaine."

"La société, c'est l'action concertée, la coopération. Les actions qui ont fait apparaître la coopération sociale et qui la font réapparaître quotidiennement ne visent à rien d'autre que la coopération et l'entraide avec d'autres pour l'obtention de résultats définis (…). Le complexe entier des relations mutuelles créées par de telles actions concertées est appelé société. Il substitue la collaboration à l'existence isolée — au moins concevable — des individus. La société est division du travail et combinaison du travail. Dans sa fonction d'animal agissant, l'homme devient un animal social. L'individu humain naît dans un environnement socialement organisé. En ce sens seul nous pouvons accepter la formule courante, que la société est — logiquement et historiquement — antécédente à l'individu. La société n'est rien d'autre que la combinaison d'individus pour l'effort en coopération." Suit immédiatement après un commentaire qui me semble faux : "Toutefois ces sentiments ne sont pas, quoi qu'en ait cru certains, les agents qui ont engendré les relations sociales. Ils sont le fruit de la coopération sociale, ils ne s'épanouissent que dans son cadre ; ils n'ont pas précédé l'établissement des relations sociales (…)." Nous avons déjà mentionné que les animaux supérieurs ressentaient de la sympathie, pourtant il ne forme pas encore une société. Parce qu’"il ne faut jamais oublier que le trait caractéristique de la société humaine est la coopération intentionnelle (…). La société humaine est un phénomène spirituel et intellectuel". Étant donné qu’il y a pas de véritable société (coopération intentionnelle) chez les animaux, mais que la sympathie est présente, nous sommes obligés de conclure que la société n’engendre pas de la sympathie (elle l’encourage), c’est donc la sympathie qui vient avant la société. J’ai dit qu’il fallait donner la chance à cet économiste de nous prouver qu’il avait des choses précieuses à nous dire, mais malheureusement il se trompe aussi souvent qu’il a raison.

"Se demander si c'est l'individu ou la société qui doit être tenu pour la fin suprême, et si les intérêts de la société devraient être subordonnés à ceux des individus ou les intérêts des individus à ceux de la société, est sans fruit possible. L'action est toujours action d'hommes individuels." Au contraire, se questionner à ce sujet permet d’établir des ordres de priorité. Dans certaines situations, les intérêts des individus doivent être subordonnés à ceux de la société. Les penseurs qui sont contre l’interventionnisme oublient un détail. C’est que le droit protège très bien les individus contre l’abus des gouvernements liberticides. Les diverses chartes des droits individuels permettent de freiner les abus collectivistes. En cela les gouvernants ne sont pas tout puissants et aveugles. Ils ont des limites à ne pas franchir. Les pays où le rôle du citoyen n’est pas reconnu sont des pays qui n’ont pas de charte des droits. Ce n’est pas le cas au sein des gouvernements occidentaux. Les individus sont très bien protégés. Les appréhensions indues et la peur, dans ce cas, relèvent de la paranoïa et du délire de persécution. Les pays dits à gauche, avec gouvernements socialistes et interventionnistes sont les endroits où les citoyens se sentent le plus libre et protégé, excepté la question des impôts. Sous ces régimes, certains diront que les travailleurs sont spolier du fruit de leur travail par le prélèvement d’impôts élevés, mais, en fait, ceux-ci bénéficient largement de services qui compensent en retour.

Donnons à notre auteur le mot de la fin. "(…) Le travail effectué au sein de la division du travail est plus productif que le travail solitaire, et la raison humaine est capable de reconnaître cette vérité. Sans ces faits-là, les hommes seraient restés pour toujours des ennemis mortels les uns pour les autres, des rivaux irréconciliables dans leur effort pour s'assurer une part des trop rares ressources que la nature fournit comme moyens de subsistance. Chaque homme aurait été forcé de regarder tous les autres comme ses ennemis ; son désir intense de satisfaire ses appétits à lui l'aurait conduit à un conflit implacable avec tous ses voisins. Nulle sympathie ne pourrait se développer dans une situation pareille. (…) Dans un monde hypothétique où la division du travail n'augmenterait pas la productivité, il n'y aurait point de société. Il n'y aurait pas de sentiments de bienveillance et de bon vouloir. Le principe de la division du travail est l'un des grands principes de base du devenir cosmique et du changement évolutif."




13 05 2009

La peur de la grippe porcine

Michel Chossudovsky

 

"Soutenue par la désinformation des médias, une atmosphère de peur et d'intimidation s'est propagée. Des situations " d'urgence " sanitaires ont été déclarées dans différentes régions des États-Unis.

Les médicaments les plus recherchés contre la grippe sont le Tamiflu et le Relenza. La course aux traitements a été déclenchée par le gouvernement des États-Unis en rendant disponibles ses réserves nationales " pour s'assurer que les fournisseurs de soins de santé soient prêts à toute éventuelle intensification. "

Le Tamiflu est fabriqué par la géante société pharmaceutique suisse Hoffman-La Roche pour le compte d'une entreprise de biotechnologie basée aux États-Unis, Gilead Sciences Inc. Alors que le médicament est fabriqué par Roche, il a été développé par Gilead Sciences Inc qui en détient les droits de propriété intellectuelle.

L’ancien secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, était l'un des principaux actionnaires de Gilead Sciences Inc. En 1997, Rumsfeld a été nommé président de Gilead Sciences Inc, un poste qu'il a occupé jusqu’à ce qu’il devienne secrétaire de la Défense dans l'administration Bush en 2001. Rumsfeld était membre du conseil d'administration de Gilead en 1987.

Dans un reportage publié au plus fort de la crise de la grippe aviaire en 2005, Fortune Magazine a décrit Gilead comme l'une des entreprises les plus politiquement connectées dans le secteur de l'industrie biotechnologique. Les intérêts et/ou les avoirs de Rumsfeld dans Gilead à la suite de sa démission en 2006, ne sont pas connus.

Le prix de l'action de Gilead sur le New York Stock Exchange (NYSE) a augmenté considérablement depuis l'annonce de l'épidémie de grippe porcine au Mexique."




La misère du monde

07 05 2009

 

Certains livres nous font du bien et nous aide à mettre en perspective notre propre situation. C’est le cas de l’ouvrage collective sous la direction de Pierre Bourdieu, La misère du monde. À prime abord, on peut penser qu’il sera question de la misère du tiers monde, mais ce n’est pas le cas. Il s’agit plutôt de la misère au sein des sociétés opulentes. Parce qu’effectivement cela existe. Il faut parler, dans ce cas, de petites misères récurentes et quotidiennes, mais qui n’en sont pas moins réelles. Comment la caractériser? Bourdieu emploie le terme de position, la misère de position. Mais il n’en dit rien ou, sinon, si peu. C’est au fil de la lecture des témoignages-interviews que l’on parvient à se faire une idée de cette forme de misère qui est somme toute assez fréquente.

Citons quelques exemples. Prenons le cas d’une institutrice qui enseigne au secondaire, disons de 12 à 17 ans. Au début de sa carrière, ses tâches de travail correspondait assez avec l’idée qu’elle se faisait de sa profession, avant d’y entrer. Dix ans plus tard les choses ont très mal tourné. Les enfants ne sont plus aussi disposés à recevoir l’enseignement. Ils sont turbulents, indisciplinés et ils ne comprennent plus que l’école est le tremplin vers le futur. Un futur où ils auront un bon travail qu’ils auront choisi et une vie sociale adaptée et épanouie. Pour ce qui est des parents de ces élèves, inutiles de les convoquer, ils ont abdiqué et ne s’occupent pas vraiment de l’éducation de leurs enfants. Ce qui place l’enseignante dans une position très inconfortable. On connaît la suite : perte de valorisation du métier d’enseignant, fatigue, dépression et malaise morale et psychologique. Ce qui nous donne une idée de la misère de position. Ce que cela signifie. La position que l’on occupe est devenue problématique puisque nos attentes sont frustrées et que nous vivons sur le registre de la déception. Certains diront que ce n’est pas une très grande et grave misère, mais n’empêche qu’elle est quotidienne donc obsédante. Donnons d’autres exemples.

Évidemment, impossible d’éviter de parler des logements sociaux, les HLM. Commencons par les gardiens suveillants de ces immeubles. Comme on s’en doute ils sont mal perçus par la jeunesse qui se compose assez souvent d’enfants d’immigrés, qui refusent de s’intégrer à la société dans son ensemble. Bien sûr ils voient la société de consommation et toute l’opulence, mais comme il s’imagine, quelquefois avec raison, que ceux qui profitent le plus de la richesse ne sont pas les plus honnêtes ils comprennent que d’aller en classe pour obtenir un travail ordinaire ne leur permettra pas de vivre dans le luxe. Il faut comprendre que les modèles de la télévision (vidéoclips) et de l’industrie de la musique rap font miroiter à la jeunesse que l’on peut sècher les cours et réussir amplement dans la vie. En cela ils sont des modèles négatifs. Ils démontrent que l’effort quotidien à l’école peut très bien être éviter. Mais laissons cette question. Revenons aux gardiens de HLM. Son travail consiste à assurer la sécurité des lieux pour l’ensemble des résidents qui ont droit à la tranquilité. Pour les jeunes qui restent tard dans les entrées et qui font du grabuge, les gardiens représentent une forme de police. Ceux-ci se font insulter et les adolescents et les jeunes adultes ne les respectent pas, quand ce n’est pas qu’ils se font menacer ou agresser. On comprend bien que ce travail de surveillance n’est pas idéal. Et il est fort à parier que ces travailleurs ne s’étaient pas imaginés gagner leur vie dans ces conditions. Il y a là encore une misère de position.

Inutile de continuer à énumérer les cas que l’on retrouve dans La misère du monde. Terminons plutôt sur un texte que l’on retrouve dans La distinction. Celui-ci nous indique qu’est-ce qui se produit pour les gens qui vivent cette forme de misère. Ils s’adaptent en revoyant à la baisse leurs exigences de jeunesse pour retrouver un certain bien-être et une paix de l’esprit.

"Le vieillissement social n’est pas autre chose que ce lent travail de deuil ou, si l’on préfère, de désinvestissement (socialement assisté et encouragé) qui porte les agents à ajuster leurs aspirations à leurs chances objectives, les conduisant ainsi à épouser leur condition, à devenir ce qu’ils sont, à se contenter de ce qu’ils ont, fût-ce en travaillant à se tromper eux-mêmes sur ce qu’ils sont et sur ce qu’ils ont, avec la complicité collective, à faire leur deuil de tous possibles latéraux, peu à peu abandonnés sur le chemin, et de toutes les espérances reconnues comme irréalisables à force d’être restées irréalisées."




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